Moscou: Catholiques et orthodoxes russes contre le Rapport américain sur les libertés

Ils rejettent l’accusation de «discrimination religieuse» en Russie

Moscou, 17 novembre 2005 (Apic) Après la publication, le 8 novembre dernier, du Rapport du département d’Etat américain dénonçant l’absence de respect de liberté religieuse en Russie, un représentant catholique russe a déclaré publiquement son désaccord, en date du 15 novembre.

Le Père Igor Kovalevsky, secrétaire général de la Conférence épiscopale des évêques catholiques de Russie défend le gouvernement russe. Suite au rapport du département d’Etat américain critiquant le manque de liberté religieuse en Russie, le prélat a affirmé que «le pouvoir russe ne procède à aucune discrimination contre la liberté des minorités religieuses».

Selon le Rapport américain sur la liberté religieuse passant en revue 197 pays, présenté mardi dernier à Washington par le secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice, la Russie est montrée du doigt. Pour les experts américains, le pouvoir et l’Eglise orthodoxe russe, tout comme le Service fédéral de sécurité (l’ex KGB), limitent la liberté des minorités religieuses.

Une question interne l’Eglise

Dans une interview téléphonique pour la radio «L’Echo de Moscou», le Père Kovalevsky a affirmé qu’il n’existe pas de politique contre l’Eglise catholique de la part des organes du pouvoir russe. Selon lui, l’Eglise catholique entretient certes des relations difficiles avec l’Eglise orthodoxe russe, mais les difficultés sont très spécifiques et constituent une question interne à l’Eglise.» Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur les progrès réalisés dans les relations avec l’Eglise orthodoxe russe», a-t-il observé. Toutefois, on ne peut pas dire que l’Eglise orthodoxe russe mène une politique visant à expulser l’Eglise catholique du territoire russe.

Le Rapport du département d’Etat signale également que l’Eglise orthodoxe russe a une position privilégiée parmi toutes les religions et confessions du pays. Le patriarcat de Moscou, souligne le document, est en contact étroit avec les organes gouvernementaux, ce qui permet aux orthodoxes de s’introduire dans les secteurs de l’éducation et de l’armée.

Protocole révélateur

Il est fait référence à titre d’exemple, au dernier message annuel prononcé par le président Vladimir Poutine à l’Assemblée fédérale, au cours duquel le patriarche orthodoxe russe, Alexis II était assis au premier rang aux cotés du premier ministre. Les autres dirigeants religieux étant assis derrière lui.

Des représentants officiels de l’Eglise orthodoxe ont considéré comme normal le fait qu’il y est une prédominance d’une religion sur une autre. «Effectivement il ne devrait pas y avoir de discrimination des citoyens pour des raisons religieuses; toutefois, donner un avantage à l’une ou l’autre organisation religieuse n’est pas synonyme de discrimination», a affirmé l’archiprêtre Vsevolod Chaplin, fonctionnaire du département pour les Relations religieuses extérieures du patriarcat de Moscou.

«Il est surprenant que les experts américains cherchent des déviations du modèle américain dans les relations Eglise-Etat qui ne nous concernent pas. Dans le même temps, ils ne parlent pas des différences importantes qui existent par rapport à leur modèle en Angleterre, en Espagne et dans d’autres pays qui sont leurs alliés», a conclu l’archiprêtre.

Ordre constitutionnel transgressé en Russie

Le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde souligne également de quelle manière le pouvoir russe, aussi bien au niveau fédéral qu’au niveau régional, viole souvent les droits des minorités religieuses, transgressant l’ordre constitutionnel qui garantit l’égalité de toutes les religions et la séparation entre l’Eglise et l’Etat.

Le Rapport mentionne également le fait que le Service fédéral de Sécurité considère comme dangereux pour la sécurité du pays certains dirigeants religieux de minorités, et dénonce le fait que l’on en arrive à refuser des visas d’entrée aux prêtres catholiques. (apic/zenit/vb)

17 novembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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