Moscou: Difficile dialogue œcuménique entre Moscou et Rome
«Un œcuménisme de façade», selon le Père orthodoxe Alfeyev
Rome, 15 mars 1998 (APIC) Le dialogue oecuménique «officiel» entre les Eglises catholique et orthodoxe n’apporte que de maigres résultats: Il s’agit d’un «oecuménisme de façade», au moins du côté orthodoxe, avoue le Père Ilarion Alfeyev, adjoint du métropolite russe Kirill du patriarcat de Moscou.
Lors d’une interview accordée en fin de semaine dernière au quotidien catholique italien «L’Avvenire», le Père Alfeyev souhaite pourtant sortir de cette impasse. Il prône des relations directes entre les diocèses catholiques et orthodoxes, en citant en particulier l’exemple des diocèses catholiques de Milan et de Vienne. Quant à une rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou, il ne pense pas qu’elle pourra avoir lieu tant que le problème uniate en Ukraine subsistera. «Je suis désolé de le dire, mais ces dernières années, le dialogue entre l’Eglise orthodoxe et le Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens n’a pas donné de grands résultats», a-t-il encore déclaré à «L’Avvenire».
Le Père. Alfeyev, ancien secrétaire pour les rapports avec les autres Eglises au Patriarcat de Moscou, estime qu’au début des années 90, «nous avons été très proches de la rupture, ajoutant aussitôt: «Le climat ne s’améliorera pas tant que les gréco-catholiques d’Ukraine occidentale maintiendront un comportement violent vis-à-vis des orthodoxes. Plus de 1000 églises sont passées dans les mains des uniates et les trois diocèses orthodoxes de Lviv, Ternopol et Ivano-Frankovsk ont été pratiquement détruits».
Divergences plus évidentes
Dans l’Eglise orthodoxe, on pratique souvent un «oecuménisme de façade», déplore encore le Père Alfeyev. A l’époque soviétique, rappelle-t-il, «la grande masse des croyants ne connaissait que peu ou rien des contacts oecuméniques entretenus par leurs représentants officiels. Avec la fin de l’ère communiste et une fois la liberté religieuse retrouvée, les divergences entre les Eglises sont devenues beaucoup plus évidentes. Aujourd’hui, le problème du dialogue de notre Eglise avec les autres confessions doit être examiné publiquement. Pensons aux faits concrets du dialogue qui implique le peuple de Dieu et pas seulement les rencontres au sommet. Pour sortir d’un statu-quo totalement insatisfaisant, il est capital de développer des contacts directs entre les différents diocèses de nos Eglises».
Prosélytisme catholique
Revenant à la question ukrainienne, le Père Ilarion Alfeyev reconnaît la «grande injustice» commise contre l’Eglise gréco-catholique en 1946, quand Staline décida de la supprimer. «Mais on ne peut pas rétablir la vérité historique par une autre injustice et par l’occupation violente des lieux de culte. Peut-être aurait-il fallu commencer des négociations de restitutions pacifiques des églises à l’époque de Gorbatchev? Mais les uniates ont choisi une autre voie. Le dialogue officiel avec le Vatican risque dès lors d’être un non-sens. Nous voulons continuer ce dialogue, mais il faut que l’autre partie ait la ferme volonté d’en finir avec l’agressivité des uniates», conclut le Père Ilarion Alfeyev. (apic/cip/imed/ba)




