Le cavalier seul de Moscou provoque la déception au Vatican

Moscou: L’Eglise orthodoxe russe anticipe la publication du document final de Ravenne

Rome, 26 octobre 2007 (Apic) L’Eglise orthodoxe russe a anticipé la publication du document final de la dernière rencontre de la Commission de dialogue théologique entre Eglises catholique et orthodoxes, rassemblée du 8 au 15 octobre 2007 à Ravenne (Italie). Déception au Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. On ne cache pas que cette méthode puisse compromettre le dialogue en cours.

Le patriarcat de Moscou, qui a quitté la table des négociations dès le deuxième jour de la rencontre, a publié ce document dans lequel orthodoxes et catholiques commencent à s’accorder sur la délicate question de la primauté du pape. Le chemin est encore long.

A Ravenne, du 8 au 15 octobre, la 10e assemblée plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes a abouti à un document dont l’élaboration avait commencé dès 1980 et intitulé: «Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Eglise – Conciliarité et synodalité dans l’Eglise».

Le document, dont les différents signataires s’étaient accordés pour qu’il soit officiellement publié le 15 novembre prochain, vient d’être rendu public sur le site Internet de la Représentation de l’Eglise orthodoxe russe auprès des institutions européennes (http://orthodoxeurope.org). Dans une note adjointe au document publié sur Internet, la délégation du patriarcat de Moscou indique que ce texte a été adopté en son absence et qu’elle publiera prochainement un commentaire sur les conclusions de la rencontre de Ravenne. La publication anticipée du document a provoqué «surprise» et «déception» au Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, où l’on ne cache pas que cette méthode semble vouloir compromettre le dialogue en cours.

En effet, au lendemain de l’ouverture de l’assemblée de Ravenne, la délégation du patriarcat orthodoxe de Moscou avait quitté la table des négociations «à cause d’un désaccord avec le patriarcat de Constantinople» qui avait invité à la rencontre une délégation de l’Eglise apostolique estonienne qui relève de son autorité. Cette dernière n’est pas reconnue par Moscou. Sur son site Internet européen, l’Eglise orthodoxe russe précise encore que des Eglises dépendant de son autorité, comme celle des Etats-Unis ou du Japon, n’avaient d’ailleurs pas été invitées à participer aux discussions organisées à Ravenne.

La Commission mixte de dialogue théologique, canal de dialogue officiel entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes, a travaillé dès sa création, fin 1979, sur la question délicate de la primauté du pape. Mais les rencontres se sont interrompues entre 2000 et 2006, pour des différends entre catholiques et orthodoxes.

Des points de désaccord

Le consensus obtenu au terme de la réunion de Ravenne, s’il est loin de résoudre la question de la primauté du pape, marque cependant «un grand pas en avant», a confié à I.Media un haut responsable du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, car «les orthodoxes ont accepté qu’il existe un primat, et que celui-ci revient à l’évêque de Rome». «C’est une base solide acceptée par les deux parties pour travailler maintenant autour de l’exercice même de la primauté pétrinienne», explique-t-on encore.

Ainsi, dans le document, catholiques et orthodoxes «conviennent avoir identifié un taxis (ordre, ndlr) canonique». «De plus, ils conviennent que Rome, comme Eglise qui «préside dans l’amour», selon l’expression de saint Ignace d’Antioche, occupe la première place dans ce taxis (ordre canonique, ndlr), et que l’évêque de Rome est donc le protos (tout premier, ndlr) parmi les patriarches».

Mais, catholiques et orthodoxes «sont cependant en désaccord sur l’interprétation de l’évidence historique de notre époque concernant les prérogatives de l’évêque de Rome en tant que protos». En bref, les orthodoxes signataires acceptent la primauté du pape, mais pas la façon dont il entend l’exercer.

Ainsi, le document, qui aborde la question de l’interaction entre «conciliarité et synodalité» à trois niveaux différents – local, régional et universel – affirme que «la primauté est une pratique fermement fondée dans la tradition canonique de l’Eglise à tous les niveaux». Il précise cependant une nouvelle fois que, «tandis que le fait de la primauté au niveau universel est accepté par l’Orient et l’Occident, il y a des différences de compréhension en ce qui concerne la façon dont elle doit être exercée, et également en ce qui concerne ses bases scripturaires et théologiques».

Lors d’une prochaine réunion, assurent les auteurs du document, catholiques et orthodoxes devront «étudier plus en détail la question du rôle de l’évêque de Rome dans la communion de toutes les Eglises». Ils entendent aussi voir comment l’enseignement sur la primauté des conciles catholiques Vatican I et Vatican II doit être «compris et vécu à la lumière de la pratique ecclésiale du premier millénaire». Il s’agit, peut-on lire dans le document, «de questions cruciales pour notre dialogue et notre espoir de restaurer la pleine communion entre nous». (apic/imedia/ami/pr)

26 octobre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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