Pour trouver les moyens de sortir de la crise

Moscou: L’Eglise orthodoxe russe convoque une rencontre de haut niveau

Moscou, le 14 octobre 1998 (APIC) L’Eglise orthodoxe russe n’a pas l’intention de prescrire des «recommandations» politiques au gouvernement, mais elle ne peut ignorer la crise politique et économique qui secoue le pays. Pour tenter de trouver les moyens de sortir de la crise, l’Eglise orthodoxe russe a convoqué le 9 octobre une rencontre de haut niveau, avec des hommes politiques et des responsables d’Eglise, a indiqué le primat de l’Eglise, le patriarche Alexis II, lors d’une rencontre de politiciens et de responsables d’Eglise.

Placée sous le thème «Russie: le chemin qui conduit au salut», la rencontre a été convoquée pour débattre des moyens de mettre fin à la crise. Présidée par le patriarche Alexis, cette «réunion de Sobor» s’est déroulée à la résidence officielle du patriarche, au monastère Saint-Daniel, à Moscou.

Portant le nom de «Sobor», cette rencontre n’était pas sans évoquer ces conseils convoqués en temps de crise sous le régime des tsars, qui réunissaient les membres de la famille impériale, des évêques, des nobles et des représentants des classes possédantes.

Mais cette fois-ci, la grande salle accueillait les politiciens du pays, de tous les horizons politiques, des représentants de l’armée et de la police, des personnalités du milieu artistique, et des responsables d’autres religions: islam, judaïsme et bouddhisme. Rien n’indique la présence de représentants catholiques et protestants.

Parmi les personnes présentes figuraient le président de la Douma (chambre basse du Parlement russe), Gennady Selznyov; le premier vice-Premier ministre de la Fédération, Vadim Gustov; le maire de Moscou, Yuri Luzhkov; l’assistant du président Eltsine, Andrei Loginov; le président de la Cour constitutionnelle, Marat Baglai; les leaders de grandes factions de la Douma, Gennady Zyuganov (communiste) et Vladimir Zhirinovsky (nationaliste) et les anciens premiers ministres Nikolai Ryzhkov et Viktor Chernomyrdin.

En ouvrant la rencontre, le patriarche Alexis a rappelé que des millions de Russes s’adressaient à l’Eglise pour évoquer leurs problèmes, provoqués souvent par la crise économique en Russie qui a vu la valeur du rouble s’effondrer et la panique gagner tout le pays.

Mise en place d’une plate-forme commune

La réunion a eu lieu deux jours après que des dizaines de millions de Russes à travers le pays eurent déclenché une grève et manifesté pour demander la démission du président Boris Eltsine et le paiement de leurs salaires. Certains travailleurs n’ont pas reçu de salaire depuis un sinon deux ans et plus plus. Le patriarche a invité les participants à mettre en place une sorte de plate-forme commune, et à trouver une sorte de voie commune qui nous permette d’oeuvrer ensemble à la renaissance du payse, au bien de tous ses habitants.

Si l’Eglise a convoqué cette réunion, a expliqué le patriarche Alexis, c’est parce que sa mission est d’être l’artisan de la paix dans une société profondément divisée selon des lignes politiques. «L’existence de la Russie en tant qu’Etat indépendant est mise en question», a déclaré le président de la Douma, G.Selznyov, en réclamant à nouveau des changements en matière de politique économique et des amendements constitutionnels, qui priveraient la présidence de certains pouvoirs. D’autres orateurs ont proposé qu’une «assemblée constitutionnelle» soit chargée de préparer une nouvelle constitution.

Un pacte de réconciliation nationale ?

De l’avis du chef syndicaliste Mikhail Shmakov, ce forum convoqué par l’Eglise pourrait inciter la Russie à mettre un place un pacte de réconciliation nationale. Mais une grande partie de la réunion a porté sur la dimension spirituelle de la crise et la nécessité d’un dialogue et de la réconciliation entre les différentes forces politiques.

«Nous récoltons les fruits d’une conduite impie» a déploré le réalisateur de films Nikita Mikhalkov, que certains considèrent comme un éventuel candidat à la présidence de Russie. «Ce n’est qu’en donnant aux jeunes une éducation conforme à l’esprit de la religion et de la culture que la Russie pourra résoudre ses problèmes».

Avant la réunion, des membres du Département des relations extérieures de l’Eglise et des représentants des participants avaient consacré trois semaines à la préparation de différentes versions d’un document final. Mais, à l’issue de la réunion, le métropolite Kirill, chef de ce département, n’a proposé qu’une «déclaration» concise soulignant qu’en dépit de leurs grandes divergences d’opinions, les participants étaient disposés à rechercher ensemble une politique commune pour lutter contre la crise. A cette fin, un «groupe de travail» devrait être mis sur pied. Le document a été adopté sans vote par les participants. (apic/eni/ab/pr)

14 octobre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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