Moscou: Le patriarche orthodoxe Alexis II très fâché avec le Vatican

«Certains fidèles catholiques sont plus clairvoyants que le Vatican»

Rome, 13 mai 2002 (APIC) Le patriarche orthodoxe de Moscou Alexis II lance une nouvelle attaque en direction du Vatican. Non seulement l’érection des récents diocèses n’arrangent pas l’organisation d’un voyage du pape à Moscou, mais encore, estime-t-il, que certains catholiques sont «plus clairvoyants que le Vatican».

Pour Alexis II, le patriarche orthodoxe de Moscou, la création récente des diocèses en Russie ne favorisera en effet pas l’organisation éventuelle d’un voyage de Jean Paul II. Ce geste est au contraire, dit-il, un signe de prosélitysme. Le patriarche a souligné que les relations entre l’Eglise orthodoxe russe et certains groupes catholiques clairvoyants pouvaient être «bonnes et pleines de respect chrétien».

De son côté, Mgr Tadeuz Kondrusiewicz, président de la Conférence épiscopale russe, se dit «préoccupé» par le silence des autorités de la Fédération de Russie après l’expulsion récente du territoire d’un prêtre et d’un évêque, mais aussi suite aux attaques anti-catholiques menées par des orthodoxes et «entretenues» par des mouvements politiques ultra nationalistes.

Dans une interview publiée dans le dernier numéro du mensuel italien «Trenta Giorni», Alexis II a affirmé que «les actions récentes du Saint- Siège n’auront pas une influence positive sur la réalisation d’un voyage à Moscou du Pontife romain». Selon lui, «les pressions exercées par certains politiciens ou journalistes pour assouplir les positions du patriarcat sont des tendances qui, par chance, ne sont pas dominantes dans l’opinion publique». «Dans l’ensemble, a-t-il constaté, la société est globalement insatisfaite et condamne la manière dont le Vatican entretient ses relations avec l’Eglise orthodoxe russe».

«Cependant, poursuit-il, nos relations avec les catholiques ne se limitent pas au niveau du dialogue interconfesionnel avec les officialités du Vatican», a précisé Alexis II en soulignant les relations qualitatives entretenues avec «les frères catholiques d’Italie, de France et d’Allemagne».

Arguments romains rejetés

Alexis II a ainsi expliqué avoir reçu «de nombreuses lettres de prêtres, de fidèles catholiques de ces pays qui appuient la position de l’Eglise orthodoxe russe dans le conflit qui s’est ouvert». Pour lui, «tout cela laisse espérer que la position de ces catholiques clairvoyants, fondée sur la sympathie, la responsabilité et le respect réciproque, puisse s’affirmer».

Auparavant, le patriarche orthodoxe avait rejeté les arguments du Vatican sur l’existence de diocèses orthodoxes russes dans des pays traditionnellement catholiques. «Les paroisses et les diocèses orthodoxes russes à l’étranger n’ont été créés que pour le soin pastoral des compatriotes de notre même foi qui, par la volonté du destin, se sont retrouvés au-delà des confins de la patrie», a-t-il en effet affirmé. Selon lui, «les activités et les motivations des structures catholiques sur le territoire canonique de l’Eglise orthodoxe russe sont tournées vers des personnes qui, culturellement et historiquement, sont enracinées dans l’orthodoxie et pour cette raison, elles acquièrent une dimension directement prosélyte».

Il a par ailleurs rejeté les affirmations du Saint-Siège selon lesquelles les personnes accueillies au sein de l’Eglise catholique en Russie vivent dans un milieu loin de toute religion. Selon Alexis II, «ces personnes appartiennent à la tradition culturelle nationale orthodoxe». Le patriarche a alors condamné «les méthodes de ces conversions qui, souvent, se basent sur l’ignorance des gens concernant les questions religieuses et les relations interchrétiennes ainsi que sur des difficultés matérielles et financières».

Jeu dangereux

De son côté, Mgr Tadeuz Kondrusiewicz, président de la Conférence épiscopale russe, se dit «préoccupé par le fait que les autorités maintiennent leur silence». «De plus, les forces ultra nationalistes cherchent à tirer des bénéfices de cette situation et jettent de l’huile sur le feu. Ce qui est extrêmement dangereux», a-t-il prévenu lors d’un entretien avec le quotidien italien «Corriere della Sera» en date du 11 mai.

«Nos oeuvres de charité elles-même deviennent une forme de prosélitysme», a poursuivi l’évêque du diocèse catholique de la mère de Dieu à Moscou en se demandant si l’Eglise catholique qui aide quelques uns des millions d’enfants abandonnés «ferait mieux de les laisser dans la rue dans un état de dégradation et de délinquence».

Pour Mgr Kondrusiewicz, l’Eglise catholique en Russie «paye aujourd’hui le prix d’un faux oecuménisme, fait de sourires, de serrements de mains et de réunions conviviales alors qu’elle a besoin d’un véritable oecuménisme fondé sur l’amour et avec cela, sur la vérité». (apic/imed/pr)

13 mai 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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