Canonisations, œcuménisme et Eglise catholique en débat

Moscou: Les évêques orthodoxes débattent de l’avenir de l’Eglise russe

Moscou, 13 août 2000 (APIC) Les célébrations marquant le millénaire en Russie ont atteint leur point culminant dimanche 13 août. Plus de 150 évêques orthodoxes de l’ancienne Union soviétique se rendront à Moscou pour débattre de l’avenir de l’Eglise orthodoxe russe. Canonisations, œcuménisme et relations avec l’Eglise catholique seront en débat. Plusieurs documents sont attendus.

Le Conseil des évêques orthodoxes du Jubilé, qui a commencé le 13 août à Moscou, devrait prendre trois décisions, s’agissant des changements intervenus depuis la chute du communisme et de la politique de l’Eglise pour le nouveau siècle. La dernière réunion du Conseil des évêques orthodoxes a eu lieu en 1997.

Le patriarche Alexis II de Moscou, primat de l’Eglise orthodoxe russe en Russie, a ouvert les célébrations. Le Concile se tiendra en la cathédrale du Christ Sauveur, récemment reconstruite. Dimanche matin, le patriarche, entouré des évêques convoqués au Concile, a présidé la Liturgie dans la cathédrale de la Dormition au Kremlin.

Le Concile se tiendra jusqu’au 16 août. Le premier jour, le patriarche Alexis II présentera un rapport sur la vie de l’Eglise orthodoxe russe au cours du XXe siècle. Il portera une attention spéciale au travail accompli par l’Eglise au cours des trois années qui ont préparé ce Concile. Les participants discuteront ensuite des questions soulevées dans le rapport du patriarche.

On s’attend à ce que ce Concile adopte un nouveau Statut de l’Eglise orthodoxe russe. Le vendredi 18 août, un grand rassemblement aura lieu en l’Eglise du Christ Sauveur pour célébrer les 2000 ans de la naissance du Christ. Le soir, le patriarche Alexis présidera une veillée dans la même cathédrale et le lendemain, entouré de nombreux représentants du clergé, il procédera à la consécration solennelle de la cathédrale.

Dans la matinée du dimanche 20 août enfin, le patriarche Alexis II, entouré de plusieurs évêques, présidera la Divine Liturgie au cours de laquelle seront proclamés saints les nouveaux martyrs et confesseurs de l’Eglise orthodoxe russe.

Décision historique?

Le Synode permanent (12 membres) de l’Eglise orthodoxe, tenu le mois dernier, avait mis trois sujets à l’ordre du jour – une décision sur la canonisation de plusieurs centaines de chrétiens, et notamment celle du tsar Nicolas II et de sa famille, assassinés en juillet 1918 par les bolcheviks -; l’adoption de deux documents sur «doctrine sociale» de l’Eglise et des lignes directrices concernant les relations avec les Eglises non orthodoxes.

Le processus de la canonisation des «nouveaux martyrs de la Russie» a commencé il y a plusieurs années, et certains martyrs orthodoxes sous le régime soviétique ont déjà été déclarés saints. Mais la décision du Conseil sera historique, en particulier en raison du nombre de martyrs concernés. La canonisation des membres de la famille impériale est une

question particulièrement controversée en raison des divergences de vues. Elle pourrait bien diviser davantage encore la société russe et l’Eglise orthodoxe.

Les document sur la doctrine sociale et les relations avec d’autres Eglises ont été tenus secrets et devraient susciter des controverses. Un des prélats les plus influents de l’Eglise, le métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad, qui dirige le Département des affaires extérieures de l’Eglise et présidait la commission ayant rédigé le document sur la doctrine sociale, a donné quelques explications lors d’une interview publiée dans le journal ^»NG-Religii» de Moscou.

Conflit avec la société moderne

Il ressort de cette interview que le document sur la doctrine sociale montrera que l’Eglise russe accepte à contrecoeur la société moderne et pluraliste dont elle fait partie, et le développement rapide de la technologie. Mais l’Eglise continue de proclamer les valeurs traditionnelles, conservatrices en cette période de constante évolution.

Un document de 20 pages sur les relations de l’Eglise russe avec les Eglises protestantes et catholique romaine, «Le fondement de l’attitude de l’Eglise orthodoxe russe envers l’hétérodoxie», devrait susciter un vif intérêt en Russie et à l’étranger. Le document a été rédigé par la Commission théologique de l’Eglise et approuvé par le Synode.

Le prêtre orthodoxe Hilarion Alfeyev, chargé des relations avec les Eglises non orthodoxes auprès du patriarcat de Moscou, a déclaré à l’Agence œcuménique ENI que ce document était nécessaire parce que les relations oecuméniques étaient devenues une question controversée dans les années 90. «Le sujet des relations entre chrétiens est agité par différents groupes (au sein de l’Eglise) comme un épouvantail dans des conflits partisans», a-t-il dit. «En particulier, il est utilisé pour critiquer les responsables d’Eglise qui, et c’est bien connu, participent à des activités oecuméniques depuis de nombreuses années».

Thème de l’œcuménisme mal exploité

L’oecuménisme a été aussi exploité par des groupes dissidents, comme l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières et d’autres groupes, pour saper la confiance des gens en l’Eglise, a-t-il poursuivi. Aussi était-il nécessaire d’avoir «un document clair qui souligne le fondement théologique de l’attitude de l’Eglise orthodoxe russe envers l’hétérodoxie, et pose la question de savoir si nous devons avoir un dialogue avec les confessions non orthodoxes, et si tel est le cas, quelle devrait être la forme de ce dialogue».

Le Conseil des évêques orthodoxes se réunira dans l’imposante cathédrale du Christ-Sauveur, dans le centre de Moscou, dont la consécration, prévue pour le 19 août, sera le point d’orgue des rencontres et célébrations de ce mois d’août à Moscou. (apic/eni/cip/pr)

13 août 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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