Vives réactions du Vatican: Moscou a violé l’accord de la CSCE

Moscou: Nouvelle tension entre la Russie et le Vatican, après l’expulsion de Mgr Mazur

Moscou/Rome, 21 avril 2002 (APIC) La tension entre la Russie et le Vatican est montée d’un cran samedi, le Saint-Siège qualifiant de violation grave de la liberté de conscience l’expulsion par Moscou, vendredi, de l’évêque catholique romain Jerzy Mazur. Les observateurs voient dans cet acte une réponse de Moscou et l’influence d’Alexis II, patriarche orthodoxe, après l’érection de quatre nouveaux diocèses en Russie, en février dernier. Le Vatican a vivement réagi en qualifiant cet acte de «violation grave» de la liberté de conscience. Pour Joaquin Navarro-Valls, Moscou a clairement violé le traité de 1989 de la CSCE qui garantit la liberté religieuse.

L’évêque, de nationalité polonaise, était le chef du diocèse de Sibérie dont le siège est à Irkoutsk. Il n’a pu regagner vendredi la Russie après un séjour privé dans son pays natal, les autorités russes ayant décidé d’annuler son visa de séjour à son arrivée à Moscou.

Le nom de Mgr Mazur figurait étrangement sur la «liste noire» des personnes interdites d’accès sur le territoire de la Fédération Russe. Arrivé hier à 15 heures locales d’une semaine de repos en Pologne, Mgr Mazur a assisté à l’annulation de son visa d’entrée dans le pays. Des sources religieuses contactées par l’agence Misna à Moscou réfèrent que la nonciature s’est immédiatement mise en contact avec le ministère des Affaires étrangères à Moscou, alors que le Secrétariat d’Etat du Vatican convoquait l’ambassadeur près le Saint-Siège Vitaly Litvin pour lui demander des explications.

Pendant ce temps, Mgr Mazur est resté à l’aéroport. Pas même l’intervention de l’ambassade de Pologne à Moscou est parvenue à débloquer cette situation. A 21 heures locales, le prélat est reparti à bord d’un avion à destination de la Pologne. Mgr Mazur dirige la communauté catholique d’Irkutsk (environ 70 kilomètres du lac Baikal, moins de 200 kilomètres de la frontière qui sépare le pays de la Mongolie).

Créée avec la fonction d’administration apostolique de la Sibérie orientale en 1999, elle a été transformée en diocèse de Saint-Joseph le 11 février dernier et est la plus vaste du monde en terme d’extension territoriale: presque 10 millions de kilomètres carrés (5 fuseaux horaires), 15 millions d’habitants dont environ 50’000 catholiques. Les relations avec les autorités civiles locales ont toujours été très bonnes et le prélat n’avait jamais eu de problèmes avec les autorités de la fédération par le passé. Bien au contraire, en janvier, à l’occasion de son déplacement en Corée, le ministère des Affaires étrangères russe facilita l’obtention du visa de l’évêque ainsi que les formalités nécessaires.

Pourquoi Mgr Mazur a-t-il donc fini sur la «liste noire» des personnes «importunes» à Moscou? «Personne n’a donné d’explications à ce sujet» observe une source religieuse, «mais on ne peut s’empêcher d’observer un net changement d’attitude envers l’Eglise catholique». Il y a tout juste une semaine, les autorités russes ont retiré son visa à l’Italien don Stefano Caprio, curé de Vladimir (environ 200 kilomètres de Moscou).

«Le plus grand diocèse du monde laissé sans pasteur»

Samedi, l’agence de presse vaticane Fides, a estimé que cette annulation de visa était «une violation des droits constitutionnels à la liberté de conscience des citoyens russes et des accords internationaux» et a regretté que «le plus grand diocèse catholique du monde» soit ainsi «laissé sans son pasteur».

Quant au chef de l’Eglise catholique romaine en Russie, l’archevêque Tadeusz Kondrusiewicz, qui se trouvait à Lugano, en Suisse, il a déclaré à la radio l’Echo de Moscou que cette expulsion faisait partie d’une «campagne organisée» et a ajouté que d’autres événements semblables avaient visé ces derniers temps l’Eglise catholique.

L’archevêque faisait allusion à l’expulsion, le 5 avril, d’un prêtre catholique, Stefano Caprio, après la confiscation de son visa par Moscou.

Le Vatican inquiet

Ces expulsions ne manquent pas d’inquiéter le Vatican qui s’estime ainsi mis à l’index par l’Eglise russe orthodoxe, qui lui reproche son prosélytisme et notamment la création, début février, de quatre diocèses en Russie.

Ces revers, souligne-t-on à Rome, mettent en lumière la grande faiblesse de l’Eglise de Rome qui n’a pratiquement que des étrangers comme représentants en Russie. L’Eglise est donc particulièrement vulnérable aux pressions de certains députés russes qui poussent les autorités à leur refuser des visas.

Cette situation s’explique notamment par le fait que les séminaires catholiques étaient interdits du temps de l’Union soviétique, ce qui a amené le Vatican à désigner des prêtres étrangers, dont beaucoup de Polonais, d’Allemands, d’Ukrainiens ou de Baltes, pour servir les 500’000 catholiques que compte la Russie, un pays dont les 145 millions d’habitants sont presque tous orthodoxes.

L’expulsion de l’évêque Jerzy Mazur semble enlever tout espoir au rêve du pape Jean Paul II de pouvoir se rendre en Russie, alors que le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe, Alexis II, ne veut manifestement pas de ce voyage.

Le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, a rappelé que la Russie devait accepter et défendre les libertés religieuses «qui sont les bases de toutes les formes de coexistences civiles». Et à Moscou, un prêtre catholique a déclaré qu’il refusait d’envisager que l’Etat Russe puisse partager l’hostilité du patriarcat orthodoxe vis-à-vis de l’Eglise de Rome.

Pour Mgr Kondrusiewicz, président de la Conférence des évêques de Russie, «les événements survenus dans les derniers mois montrent l’existence d’une campagne organisée contre l’Eglise catholique en Russie». «Ces actions des représentants de l’Etat sont dirigées contre les citoyens russes de foi catholique qui restent sans pasteur et maintenant sans évêque», a poursuivi Mgr Kondrusiewicz avant de se demander «qui sera le prochain? Combien de temps durera tout cela? sont-ils revenus les temps de la persécution de la foi?» Il se demande enfin si les citoyens catholiques doivent être considérés «comme des citoyens de seconde zone» et si «les garanties constitutionnelles sur la liberté de conscience s’appliquent aussi à eux».

Mgr Kondrusiewicz a enfin particulièrement regretté le «silence de la part des organisations russes et internationales pour la défense des droits de l’homme, appelées à défendre les droits des minorités religieuses». Exception faite, a-t-il précisé, de «l’Association internationale pour la liberté de conscience». (apic/ag/mna/fs/imed/pr)

21 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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