Contre une vendetta ethnique
Moscou Un responsable orthodoxe russe met en garde contre le sentiment anti-géorgien
Moscou, le 26 août (Apic) Un missionnaire de l’Eglise orthodoxe russe a pris la défense du patriarche orthodoxe géorgien Elie II contre des accusations taxant ce dernier de nationaliste géorgien. D’autres responsables religieux russes ont averti que la guerre entre leur pays et la Géorgie ne devait pas se transformer en vendetta ethnique.
Le diacre Andrei Kurayev, célèbre pour ses ouvrages, son site web et ses voyages missionnaires aux quatre coins de la Russie et de l’Ukraine, a affirmé que les efforts de certains médias russes visant à faire passer le patriarche Elie II pour un fasciste anti-russe se fondent sur de mauvaises traductions des déclarations qu’il avait faites au début des années 90, lorsque la Géorgie était en proie à une guerre civile.
Le patriarche Elie II aurait déclaré que l’abomination s’abattrait sur toute personne tuant un Géorgien, mais le diacre Kurayev a expliqué au service religion de l’agence de presse russe Interfax le 19 août qu’il avait en fait dit : «Tout Géorgien tuant une autre personne apporte la honte à son pays.» Il a ajouté que tant le patriarche Elie II que le patriarche orthodoxe russe Alexis II faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour que la guerre ne se transforme pas en «guerre du peuple, une guerre sainte».
Réactions unanimes des responsables d’Eglises
Tout comme le diacre Kurayev, d’autres représentants de l’Eglise orthodoxe russe ont mis en garde contre un cycle de haine ethnique et de revanche pouvant découler des violences ayant lieu en Ossétie du Sud, une enclave prorusse de Géorgie. Le diacre Kurayev a qualifié le pillage de maisons géorgiennes par des Ossètes de honte «qui ne saurait trouver de justification».
Le père Vsevolod Tchapline, président adjoint du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou de l’Eglise orthodoxe russe, a déclaré à la chaîne de télévision de l’Eglise orthodoxe Soyuz : «Aujourd’hui, seul un fou affirmerait que tous les Géorgiens sont des ennemis, attisant le sentiment anti-géorgien dans le pays.» En outre, selon le père Tchapline et le père Dmitry Smirnov, qui est en charge du département des relations militaires du Patriarcat de Moscou, la Géorgie devrait être reconnaissante envers la Russie pour l’aide qu’elle lui a apportée au cours des siècles.» «Je pense que le moment est venu de rappeler au gouvernement géorgien et à son peuple ce que la Russie a fait pour ce pays», a déclaré le père Smirnov dans le numéro du 20 août de l’hebdomadaire national Argumenty i Fakty. «A un moment, la Géorgie a demandé à faire partie de la Russie, afin de ne pas être détruite et asservie par la Turquie.»
Le site web du Patriarcat de Moscou, «patriarhia.ru», indique que le patriarche Alexis II a béni l’usage d’une nouvelle prière «pour la paix dans le Caucase».
Par ailleurs, lors d’une veillée organisée le jour précédant la fête de la Transfiguration, célébrée par l’Eglise orthodoxe russe le 19 août, l’archevêque Théophane de Stavropol et de Vladikavkaz, deux régions russes situées près de la zone de conflits en Ossétie du Sud, a recommandé aux fidèles de se maîtriser. «Maintenant, aussi difficile que cela soit pour nous, nous ne devons céder à nos émotions sous aucune circonstance», a-t-il déclaré. «Nous ne devons pas répercuter notre colère sur les Géorgiens, qui vivent souvent parmi nous. Car là est le pouvoir de notre christianisme : ne pas être comme ceux qui ont brandi les armes contre de paisibles citoyens.»
Le 22 août, les autorités géorgiennes ont indiqué que les forces russes avaient commencé à se retirer de Gori, ville clé du centre de la Géorgie et lieu de naissance du dictateur soviétique Joseph Staline.
Le patriarche Elie II s’est rendu à Gori les 15 et 18 août, sous la protection des forces russes. Cette visite a eu lieu après qu’il se fut entretenu avec le métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad, qui dirige le département des relations extérieures de l’Eglise. Le métropolite Kirill a transmis des lettres du patriarche Elie II au président russe Dmitri Medvedev et au Premier ministre Vladimir Poutine. (apic/eni/js)



