Les chrétiens poussés à partir et à laisser leurs biens sur place

Mossoul: Témoignage d’un prêtre irakien

Mossoul, 12 octobre 2004 (Apic) Un témoignage, reçu par l’agence catholique Fides, alerte l’opinion sur la situation des chrétiens en Irak. Selon le Père Nizar Semaan, prêtre irakien: «Il y a une grande peur chez les chrétiens, menacés par des groupes fondamentalistes islamiques, sous l’impuisance de la police locale». Ces mouvements détruisent la société et la cohabitation pacifique entre les chrétiens et les musulmans, précise-t- il.

Selon le témoignage du Père Nizar Semaan, parvenu à l’agence catholique Fides, proche du Vatican, «iI y a une grande peur, chez les chrétiens surtout, qui sont menacés par des groupes radicaux agissant à la lumière du jour. Personne jusqu’à présent n’est en mesure de les arrêter. La police locale n’en a pas la force et ne peut rien faire. Ces mouvements détruisent la société et la cohabitation pacifique entre les chrétiens et les musulmans.

«Ces dernières semaines, à Mossoul», poursuit le Père Semaan, «des groupes sunnites (wahhabites) ont menacé les prêtres, les dominicains, et toute la population chrétienne, en leur ordonnant de quitter la ville et de laisser tous leurs biens. Les quelques chrétiens qui veulent vendre leurs activités à Mossoul ne parviennent pas à trouver d’acquéreurs».

Les étudiantes chrétiennes sortent voilées

Dans les rues, explique encore ce témoin «on n’en peut plus de supporter les offenses et les attitudes des extrémistes, en particulier contre les jeunes filles chrétiennes. Les étudiantes universitaires sont obligées de mettre le voile pour rentrer à l’Université».

Qui nous protège ? se demande-t-il. «Si nous nous adressons aux Américains, nous serons accusés d’être des collaborateurs et des traîtres méritant ainsi la mort. Si nous nous adressons aux Kurdes et demandons leur protection, on nous accuse de travailler contre l’unité de l’Irak. De nombreux musulmans de Mossoul, des hommes de bonne volonté, n’acceptent pas ces menaces, mais ils n’ont pas le courage de condamner ce qui se passe, parce qu’ils craignent pour leur vie».

Le maire de la ville aurait mis en garde avec force ces groupes radicaux et les chrétiens espèrent que quelque chose changera avant que le contrôle de la situation s’effondre. «Ces jours derniers», poursuit le témoin, «un médecin musulman bien connu a été assassiné. En signe de protestation, les médecins et le personnel hospitalier a décidé une grève de trois jours. Plusieurs chrétiens, même des gens aisés de Bagdad, quittent la ville pour aller en Syrie ou en Jordanie, ou au Nord, où ils trouvent la protection des Kurdes».

Un exode de cerveaux est en cours

De nombreux médecins, ingénieurs et professeurs d’université auraient quitté l’Irak à cause des menaces reçues. Ceux qui ont décidé de rester sont soumis à des chantages continus : s’ils veulent rester en vie, ils doivent payer de fortes sommes d’argent, selon lel témoin cité. «C’est une guerre ouverte contre ceux qui travaillent pour améliorer la situation du pays». Pour le Père Nizar Semaan, les extrémistes cherchent à vider l’Irak des personnes de culture et des entrepreneurs, pour faire en sorte que les terroristes soient les seuls à rester sur le terrain.

Les mêmes problèmes se rencontrent aussi dans les petits villages, «où les chrétiens sont la plus grande partie des habitants. Ces villages sont entourés par de petits centres musulmans où les gens sont armés jusqu’aux dents, parce qu’ils ont récupéré les armes de l’armée de Saddam».

Le Père Nizar Semaan lance un appel «à la société civile internationale et à tous les gens de bonne volonté», pour éviter «un véritable massacre». En outre, conclut-il, «la présence des chrétiens ici est un élément solide pour construire la démocratie». (apic/fides/vb)

12 octobre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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