Mouvement Chrétien des Retraités: un nouvel élan à 50 ans

Lausanne, 15 mai 2015 «Nous allons sortir de nos murs, aller à la rencontre de l’autre». A 50 ans, le Mouvement Chrétien des Retraités (MCR), ancienne Vie Montante, veut se donner un nouvel élan. Sa présidente récemment élue, Josy Lambiel, confie à Cath.ch ses réflexions et celles du comité romand pour faire évoluer l’offre du MCR pour ses membres et attirer des jeunes retraités actifs.

«Il faut profiter de ce jubilé pour donner un nouvel essor au mouvement». Il n’y a pas d’affolement dans le propos de Josy Lambiel, la présidente du comité romand depuis ce mois de janvier. Le constat est lucide : les membres ont vieilli et le mouvement peine à attirer des jeunes retraités. Ces derniers sont plus en forme que leurs aînés autrefois et ont plus de moyens financiers pour profiter de leur temps libre. Passée la porte de l’entreprise, ils n’ont plus l’envie de prendre d’engagements. La société de consommation est passée par là et il est difficile pour le mouvement de régater avec l’offre pléthorique de loisirs destinés aux séniors: voyages organisés, culture. «Nous devons aussi lutter pour garder nos membres» souligne Josy Lambiel. Comptant actuellement 1790 personnes, le mouvement n’est pas en chute libre mais subit une érosion continue depuis 25 ans et qui concerne tous les cantons.

Adapter le mouvement

Avec une  moyenne d’âge de 75 ans et des membres qui atteignent maintenant les 90 ans, le mouvement compte des membres du 3e et du 4e âge. «Nous avons entamé une réflexion pour adapter les activités à ces deux catégories qui sont apparues au fil du temps» indique la présidente. «Et tout comme le pape l’a dit, nous allons nous aussi sortir de nos murs pour aller à la rencontre de l’autre». Cela signifie que le concept de la réunion en groupes de réflexion va évoluer et s’élargir. D’où l’idée d’aller dans les homes pour garder le contact avec des membres qui ne sont plus autonomes et qui souhaitent rester au sein du mouvement. «Je pense à une autre façon d’aborder la foi en proposant par exemple de baser une discussion sur des lectures, des films documentaire sur l’actualité ou en utilisant le photo-langage». Quant aux jeunes, il faudra aller les chercher sur leur terrain et «sortir» avec eux. Le principe de marches avec des pauses-prière suivies d’échanges est envisagé. «Le principe semble séduire puisque, c’est une première, une marche est organisée à Porrentruy prochainement avec des jeunes retraités non membres du mouvement. Le bouche à oreille a fonctionné, nous tenons là une bonne piste. A l’avenir, nous devrons venir vers les gens avec des projets concrets et bien ficelés». La réflexion est lancée mais le comité romand s’attellera à la tâche dès la rentrée, une fois passées les festivités de ce cinquantenaire.

Œcuménisme romand

Le mouvement qui s’est appelé «Vie Montante» jusqu’en 1974, est laïc, animé par des laïcs, et œcuménique. Composé pour les deux-tiers par des catholiques et du tiers restant par des protestants, il connaît une réalité diverse. Le MCR a calqué sa structure sur la géographie des cantons romands. La  faible présence du mouvement en Suisse alémanique va s’éteindre avec le groupe de Lucerne. Les cantons «locomotive» sont le Jura (570 membres), Fribourg (380 membres) et le canton de Vaud (330 membres). Suivent le Valais (280 membres), Neuchâtel (120 membres) et Genève (110 membres). A la connaissance de Josy Lambiel, il n’y pas de personnes athées ni de confession musulmane. La présence d’un conseiller spirituel aux réunions n’est pas systématique. Des pasteurs et des prêtres apportent un éclairage spirituel lors des réunions. «Jusque-là, en parlant des couples mixtes on désignait un couple catholique-protestant, nous allons devoir penser dorénavant à des couples de religion chrétienne et musulmane».

Aller vers l’autre

Les réunions, 6 par année, s’articulent autour d’un thème traité dans les chapitres d’un livret reçu au début de l’année. Ces rencontres, d’une heure en général, comportent la lecture, l’échange autour du thème, des réflexions et témoignages sous l’éclairage éventuel d’un prêtre ou d’un pasteur. «C’est très ouvert et les personnes peuvent s’exprimer très librement, ce qui donne une grande richesse aux réunions». La présidente souhaite amarrer le mouvement à la réalité de la société contemporaine. Dont acte: «Le thème retenu cette année, ‘Baptisé et envoyé vers…’, basé sur des textes de l’Ancien Testament, trop complexe et trop éloigné de la réalité de nos membres ne leur a pas plu, nous avons dû en tenir compte. Le livret comportant le thème de l’année prochaine ‘Les défis des aînés d’aujourd’hui’ est sous presse, confie la présidente. Toujours avec l’idée «d’aller vers l’autre», il est question d’aborder l’islam à la rentrée 2016. «L’actualité de ces derniers mois a suscité beaucoup d’interrogations de la part de nos membres. Envisageant un chapitre sur le multiculturalisme, nous avons le projet d’aller à la rencontre de représentants de l’islam. Je vais donc entrer en contact avec le centre culturel bosniaque de Cernier et voir de quelle manière nous pourrions entamer le dialogue». Le comité romand se penchera ensuite sur la question lors de la session d’automne.

Se positionner

Le souci du comité romand est de positionner le mouvement au mieux dans un monde en pleine mutation où les repères familiaux, sociaux et religieux ont volé en éclat. Le défi est de taille: aller chercher des membres hors des frontières de l’Eglise, d’où ils venaient traditionnellement, sans perdre l’identité laïque et spirituelle du mouvement. Ce qui n’a pas l’air d’affoler Josy Lambiel qui affiche une belle sérénité: «Je garde un regard positif sur le mouvement, à nous d’aller à la rencontre de ceux que nous ne connaissons pas. Cela passera par des propositions concrètes et bien ficelées. Nous devrons aussi donner une autre image du mouvement, perçu par beaucoup comme vieillot».


Encadré

Le mouvement Vie Montante, actuel MCR, est né en 1962, à Paris. Vie Montante s’implante en Suisse de façon informelle à Genève, Lausanne et Sion. Certaines paroisses y organisent à l’intention des aînés des réunions de préparation à l’occasion des grandes fêtes liturgiques. C’est à Lausanne que le MCR s’implante en Suisse romande officiellement. Son secrétaire français, André d’Humières, assiste à la création du premier groupe en l’église du Saint Rédempteur à Lausanne le 3 novembre 1966. D’autres groupes seront créés en valais, en 1967 à Genève, dès 1968 dans le canton de Fribourg et dans le Jura. Depuis 1970, la Vie Montante fait partie de la Communauté Romande de l’Apostolat des Laïcs (CRAL). En 1976, création d’un comité et d’un secrétariat romands chargés de la direction et du développement du Mouvement, ainsi que de la liaison avec le comité directeur de Vie Montante France. En 1987, la Vie Montante confirme ses structures par des statuts. En 1990, elle crée son propre journal et fête le 25e anniversaire de sa fondation.

Vie Montante Internationale

En 1985, sous l’impulsion de René Tardy, et avec les encouragements du président d’alors du Conseil pontifical pour les laïcs, le cardinal Eudardo Francisco Pironio, Vie Montante Internationale est fondée à Rome, pour favoriser l’expansion de l’association sur tous les continents. Reconnue par le Saint-Siège comme organisation internationale catholique, la VMI est membre de la Conférence des OIC et, en tant qu’ONG, possède un statut consultatif auprès de l’ECOSOC. Le 25 mars 1996, le Conseil pontifical pour les laïcs décrète la reconnaissance de la Vie Montante Internationale comme association internationale de fidèles de droit pontifical. (apic/bh)

 

Josy Lambiel, présidente du Mouvement Chrétien des Retraités.
15 mai 2015 | 17:16
par Bernard Hallet
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