Les colons torturent et intimident, la police israélienne laisse faire
Moyen-Orient: Tijl Declercq, coordinateur de Pax Christi, rentre des territoires occupés
Inès A. Chittilappilly, pour l’APIC
Genève, 26 mars 2001 (APIC) Une délégation de Pax Christi s’est rendu au Moyen Orient pour exprimer sa solidarité avec les victimes de la violence, tant du côté palestinien qu’israélien. Elle en revient avec un constat effrayant: les colons s’organisent en milices armées. Ils tuent, torturent et intimident en toute impunité. L’armée et la police israéliennes laissent faire. De plus, Israël mène une stratégie méticuleuse d’asphyxie de l’appareil économique palestinien.
Ancien membre du Parlement belge et du Conseil de l’Europe, coordinateur du groupe de travail sur le Moyen-Orient au sein de Pax Christi en Flandre et ancien membre du Comité Directeur de Pax Christi International, Tijl Declercq a fait un état des lieux dans les territoires occupés, lors de la 57e session de la Commission des Droits de l’Homme, jeudi 22 mars, à Genève. Les colons deviennent de plus en plus agressifs, selon lui, et s’accaparent le terrain. Ils abattent les arbres fruitiers, – quelque 52’000 arbres ont été déjà été détruits depuis le début des heurts – et intimident la population palestinienne, dénonce le membre de la délégation de Pax Christi, qui rentre d’un voyage au Moyen-Orient.
Stratégie de l’asphyxie économique
On parle de cas de torture, de mises à mort. La police et l’armée israélienne laissent faire alors que les colons sont armés et qu’ils s’organisent en milices, dominant la région et harcelant les voisins. Il existe une certaine connivence entre les colons, l’armée et la police israélienne, déplore Tijl Declercq.
La dégradation économique et sociale dans les territoires occupés est catastrophique. Les quelque 120’000 Palestiniens qui travaillaient en Israël n’ont plus aucun revenu avec la fermeture des territoires. L’Autorité palestinienne est privée de sa part des taxes à l’exportation: 500 millions de dollars lui ont été confisqués. Les fonctionnaires publics palestiniens n’ont plus salaire L’anarchie s’installe, à mesure que s’effondre le contrôle de l’Autorité sur la structure sociale. On se trouve en présence d’une stratégie d’asphyxie de l’économie et de la société palestinienne, analyse l’ancien député belge.
Le ticket d’entrée d’Israël dans le monde arabe
«En terre sainte, les religions ont une responsabilité. S’il y a un lieu où l’on doit tenter un dialogue inter-religieux, c’est bien à Jérusalem et si Israël veut avoir une chance réelle d’être accepté dans la région, il doit faire la paix. Et pas seulement avec les Etats arabes mais avec les Palestiniens également.» Les porte-parole religieux, rencontrés du côté juif, du côté palestinien ou du côté musulman par la délégation de Pax Christi, affirment qu’il ne s’agit pas d’un conflit religieux mais d’un conflit politique.
«Nous parlons d’un territoire très exigu, rappelle Tijl Declercq. Le Mandat britannique s’étend sur 26’000 km2 et les Territoires occupés sur une surface entre 5’000 et 6’000 km2. C’est la grandeur du Luxembourg. Cela ne constituerait une menace pour personne si la Palestine n’était une plaque tournante. La reconnaissance du droit des Palestiniens à un Etat, c’est le ticket d’entrée d’Israël dans le monde arabe», déclare encore le coordinateur de Pax Christi.
Pax Christi demande une enquête sérieuse de la part des Nations Unies. L’Europe doit prendre une part plus active dans la médiation et ne pas se contenter de laisser agir les Etats-Unis, surtout depuis le changement d’administration. Les armes juridiques existent et il faut en faire usage, souligne encore Tijl Declercq, qui plaide pour une intervention européenne. (apic/ines/mjp)



