Les Eglises doivent accroître leurs efforts en faveur de l’étranger
Munich: le CCEE se penche sur le problème des migrations (131293)
«A situations nouvelles, des réponses nouvelles»
Munich, 13décembre(APIC) Les migrations ont partout augmenté ces dix dernières années. Ce qui n’empêche pas que les gouvernements adoptent de plus
en plus des politiques restrictives faites de contrôles renforcés à l’intérieur et de refoulement aux frontières. C’est en substance ce que constate
le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), dans une déclaration publiée au terme d’une rencontre organisée à Munich du 9 au 12 décembre. Déclaration qui souligne entre autres la nécessité d’agir dans la perspective de l’oecuménisme et du dialogue interreligieux.
Face à ce problème, les Eglises doivent accroître leurs efforts, relèvent dans leur déclaration de Munich les 48 responsables de la pastorale
des migrants, dont 18 évêques, de 17 pays d’Europe, ainsi que des experts
de grandes organisations internationales telles que le Conseil de l’Europe,
le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations Unies, Caritas-Europe.
Le Saint-Siège étant pour sa part représenté par Mgr Giovanni Cheli, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants, et la Conférence
des Eglises européennes (KEK) par Martin Schindehütte.
A l’appui de leur affirmation, les participants citent les estimations
de l’ONU: en 1988 50 millions de personnes vivaient dans un autre pays que
le leur; en 1992, elles étaient 100 millions, dont 17 millions de réfugiés.
Le même phénomène est observé en Europe occidentale: 15 millions d’étrangers en 1988, 16,5 millions en 1991 (+12%).
Surmonter les peurs
Presque la moitié des migrants internationaux sont des femmes, constatet-on. La migration des travailleurs qualifiés augmente d’une façon générale. Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, plus
de 2,5 millions d’étrangers se trouvaient en Europe en 1991 en situation
irrégulière ou clandestine. «Une telle situation engendre chez une partie
importante de la population européenne des réactions de défense, de peur,
de repli sur soi et de xénophobie croissante». Quant aux gouvernement, ils
adoptent des politiques de plus en plus restrictives. «Parce qu’il recouvre
des situations de plus en plus floues, le droit d’asile est remis en cause.
Il y a danger que la politique des Etats soit moins basée sur le principe
éthique de respect des droits de l’homme que sur la défence de leurs intérêts nationaux, politiques et économiques», souligne la déclaration du
CCEE.
Cette analyse amène les participants à dire que l’Eglise ne peut rester
passive, «alors qu’une grande partie de la population est l’objet de discriminations intolérables dans les pays européens. Rappelant l’enseignement
social de l’Eglise, en citant la dignité inaliénable de tout homme et de
tous les hommes; le respect de toutes les cultures; l’accueil de l’étranger; le droit de vivre en famille et d’avoir un logement décent; la solidarité avec les peuples du tiers monde, les participants écrivent qu’»en affirmant ces valeurs, l’Eglise joue un rôle d’avocat des faibles et des sans
voix».
Pour le CCEE, il faut se rendre à l’évidence: les collectivités seront
de plus en plus diversifiées et nos sociétés de plus en plus multiculturelles. Pour faire route ensemble, les participants préconisent un effort accru des Eglises, afin notamment de former des attitudes positives à l’égard
des non-nationaux; de mettre en valeur ce qui rassemble plutôt que les différences; de rendre les communautés chrétiennes plus chaleureuses à l’accueil de l’étranger; de mettre en place une pastorale intercommunautaire en
développant les initiatives sociales et humanitaires dans chaque pays en
faveur des réfugiés et demandeurs d’asile; d’agir davantage encore dans la
perspective de l’oecuménisme et du dialogue interreligieux.
Et les participants de conclure en estimant que le véritable défi est de
parvenir en Europe à conjuger l’acceptation ethnique et culturelle avec une
égalité de traitement de tous en matière de devoirs et de droits. (apiccom/pr)



