Maintenir la population dans la peur

Myanmar: La torture est devenue une véritable institution

Londres/Lausanne, 11 décembre 2000 (APIC) Au Myanmar, la torture est pratiquée de manière régulière dans tout le pays, au point de se transformer en véritable institution. Dans un nouveau rapport, Amnesty International dénonce le fait que les autorités utilisent la torture pour maintenir la population dans la terreur. Le gouvernement militaire nie pourtant que la torture existe.

La police et l’armée continuent d’avoir recours à la torture pour punir, humilier, contrôler la population et la contraindre à lui fournir des informations. Les victimes sont des militants politiques, des prisonniers de droit commun et des membres des minorités ethniques. Les méthodes de torture, bien que régulièrement dénoncées, n’ont pas changé depuis plus de quarante ans.

Le gouvernement militaire nie que la torture existe et souligne qu’elle est interdite par la législation nationale. Amnesty International prie instamment les autorités du Myanmar d’enjoindre les forces de sécurité de respecter la loi et de mettre immédiatement fin au recours à la torture.

C’est au début de leur détention que les prisonniers politiques, au nombre de 1700 environ, risquent le plus d’être torturés. Les membres de la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie), le parti qui avait largement remporté les élections de 1990, sont fréquemment torturés et maltraités. Des centaines de militants de la NLD sont incarcérés et plusieurs dizaines de milliers ont été contraints à quitter cette ligue.

Les militants étudiants qui ont conduit le mouvement en faveur de la démocratie sont eux aussi souvent victimes de la torture durant leur détention. La liberté d’expression et de réunion a pratiquement disparu.

Des prisonniers morts par centaines

Des centaines et peut-être même des milliers de prisonniers de droit commun sont morts dans des camps de travail où ils devaient casser des cailloux et construire des routes dans des conditions s’apparentant à des tortures. Les autorités déclarent ouvertement à ce sujet que «la dette du crime doit être remboursée à la sueur du front».

Dans les zones de conflit, les chan, les karen et les karenni sont interpellés et interrogés sous la torture par ceux qui cherchent à savoir où se trouvent les groupes armés constitués de membres de ces minorités ethniques. Des hommes, des femmes et des enfants risquent aussi d’être torturés lorsqu’ils sont enrôlés comme porteurs par l’armée myanmar et contraints de porter de lourdes charges pendant des jours ou des semaines ou qu’ils sont affectés à la construction de routes, de chemins de fer ou de barrages.

Les femmes, enrôlées pour porter des charges, risquent en plus d’être violées par les soldats. Amnesty International a ainsi appris que Naw Po Thu, une fillette de douze ans, avait été violée et tuée en octobre 1998. Selon les informations disponibles, elle avait réussi à s’enfuir après avoir été violée par un commandant, mais avait été rattrapée, violée de nouveau et tuée d’un coup de feu dans le vagin. Le commandant a indemnisé sa famille en lui donnant un sac de riz, un paquet de sucre, une boîte de lait concentré et une petite somme d’argent. (apic/com/vb)

11 décembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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