Namur: Un prêtre pédophile condamné à 30 ans de prison

Mgr Léonard: «Justice est rendue aux victimes»

Namur, 27 octobre 2000 (APIC) Au lendemain de la condamnation d’un prêtre de son diocèse à 30 ans de prison pour des actes répétés de pédophilie, l’évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard, se dit à la fois scandalisé par la gravité des faits et soulagé par le fait que le procès «a rendu justice aux victimes».

L’abbé Louis André, un prêtre du diocèse de Namur âgé de 62 ans, qui était curé d’Ottré près de Vielsalm, a été condamné le 25 octobre à une peine de 30 ans de prison par la Cour d’assises de Namur pour viols et attentats à la pudeur commis sur 26 enfants.

Après huit jours de procès, la Cour, présidée par Henri-Paul Godin, n’a retenu aucune circonstance atténuante contre ce prêtre, qui a exercé successivement son ministère à Malonne, à Celles, à Houffalize et à Ottré. Le jury a suivi le réquisitoire de l’avocate générale Marianne Lejeune, qui avait mis en relief des circonstances aggravantes: l’abbé André avait autorité sur les victimes et il a abusé de cette autorité en recourant aux violences et aux menaces pour les empêcher de parler.

Les premières réactions de l’évêque

Interrogé par l’agence de presse CIP, à Bruxelles, au lendemain de cette condamnation, Mgr Léonard a déclaré: «Mon premier sentiment est double. D’une part, il y a une immense tristesse devant des faits qui sont d’une extrême gravité et qui sont proprement scandaleux de la part d’un prêtre. D’autre part, je suis soulagé de constater que, grâce au procès, justice a été rendue aux victimes».

«Dès que nous avons eu connaissance des faits graves qui ont été révélés à la Justice en 1996, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, rappelle l’évêque, pour qu’il n’y ait plus d’autre fait semblable lié à la fonction de ce prêtre. Et, lorsqu’il a été relâché après une détention préventive mais que sa liberté n’était assortie d’aucune condition restrictive, nous avons pris immédiatement une mesure de révocation à son égard».

«Révoquer un curé est une sanction assez rare. Nous l’avons prise pour empêcher ce prêtre de continuer à résider dans le presbytère d’Ottré, voire de parader…» souligne Mgr Léonard.

L’abbé André conservera-t-il son état de prêtre? «Le droit canonique permet à l’évêque d’entreprendre une procédure au terme de laquelle le Saint-Siège peut retirer à un prêtre l’état clérical. La mesure est théoriquement envisageable, affirme l’évêque de Namur. Elle s’imposerait surtout s’il n’y a pas d’autre moyen d’empêcher la récidive d’un prêtre. En attendant, ce prêtre condamné par la justice reste un confrère. On a été le voir en prison avant le procès, même si ces visites n’ont pas eu beaucoup de succès. On continuera après. Quoi qu’ait fait un homme, sa dignité personnelle doit être préservée».

Déjà suspecté en 1990

La Justice a seulement été alertée sur les actes de l’abbé André en 1990, suite à des questions que s’est posées une assistante sociale. Celle-ci en a informé l’évêché de Namur dès le 31 août, suspectant des faits de pédophilie. Une enquête judiciaire a débuté fin septembre 1990, puis a été relancée un an plus tard suite aux déclarations des parents d’un enfant, mais elle n’a pas trouvé d’éléments de preuve permettant d’accuser le prêtre.

C’est seulement en octobre 1996, après la tragique découverte des corps sans vie des petites Julie et Mélissa et l’éclatement de l’affaire Dutroux, que les langues ont commencé à se délier. La maman d’un autre enfant abusé a osé confier à la justice une souffrance que la famille portait jusque là en secret. Elle a mis en cause celui qui était depuis 1993 curé d’Ottré. Le 14 décembre 1996, l’abbé Louis André était placé sous mandat d’arrêt.

Tout au long de l’enquête, malgré la précision et la convergence des témoignages, l’abbé André a nié les faits. Une attitude qu’il a répétée durant le procès, allant jusqu’à invoquer le silence des victimes ou leurs «problèmes psychologiques» pour contester les témoignages.

Avant que le jury se retire pour délibérer, le président de la cour a demandé à l’accusé s’il avait quelque chose à ajouter pour sa défense. La réponse de l’abbé André a sidéré une nouvelle fois l’assistance: «Je désire simplement présenter des excuses aux jurés pour avoir été obligés d’entendre des insanités pendant huit jours, des choses que je n’ai jamais entendues, ni vues».

Aux 92 questions qui lui étaient posées sur la culpabilité de l’accusé et sur les faits et circonstances rapportées, le jury a répondu unanimement oui, entraînant du coup la condamnation de l’accusé et l’application de la peine maximale: 30 ans de réclusion. (apic/cip/vb)

27 octobre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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