Entre tension et dialogue
Naples: les chefs religieux du monde entier se rencontrent
Naples, 22 octobre 21007 (Apic) Rencontre interreligieuse de prière pour la paix de Sant’Egidio: Quelque 300 leaders religieux et politique du monde entier sont entrés dans le vif des débats sur la construction d’un «monde sans violence» à Naples, le 22 octobre.
A l’occasion de la Rencontre interreligieuse de prière pour la paix de Sant’Egidio, dans la matinée du 22 octobre, les organisateurs ont tenté de minimiser l’ampleur d’une discussion animée intervenue la veille entre trois participants – un juif, un catholique oriental et un musulman – à la propre table de Benoît XVI.
Au lendemain de la visite du pape sous une pluie quasi ininterrompue, le soleil est revenu sur la ville du sud de la péninsule. Dans les beaux hôtels de la baie de Naples, face à l’île de Capri, et dans l’ombre du Vésuve, dont le sommet est recouvert de neige, cardinaux, rabbins et religieux musulmans ont pris ensemble leur petit-déjeuner, commençant à table un dialogue qui devait se poursuivre pendant deux jours à l’invitation de la communauté Sant’Egidio.
A la table du pape, un déjeuner tendu
La veille, lors de la soirée inaugurale de la rencontre, dans le théâtre historique de Naples ’San Carlo’, le grand rabbin d’Israël, Yona Metzeger, a rapporté la teneur des discussions qui avaient lieu quelques heures plus tôt, à la table du pape. Il a ainsi confié avoir évoqué la question des relations conflictuelles entre Israël et le monde arabe avec son voisin de table, le catholicos des Arméniens, le Libanais Aram Ier. Devant tous les participants, il a alors critiqué ouvertement «ceux qui portent le drapeau de la religion mais sèment la terreur», avant de citer «l’Iran».
L’imam Ezzeddin Ibrahim, conseiller présidentiel des Emirats arabes unis, lui a répondu en expliquant que le cardinal Crescenzio Sepe, archevêque de Naples, avait invité, à table, à éviter les questions conflictuelles. Mais, après avoir affirmé qu’il ne prononcerait pas d’accusations excessives sur les conflits en cours au Proche-Orient, il a cependant dénoncé «le comportement de quelques grandes puissances qui continuent à agir de façon agressive contre d’autres pays en effectuant des occupations militaires avec de faux prétextes».
La presse italienne, le 22 octobre, s’est fait l’écho de cette «dispute». Les responsables de la rencontre se sont ensuite efforcés d’expliquer qu’il s’agissait d’une «conversation tranquille et sereine». «Nous avons parlé d’oecuménisme et de dialogue, il y a eu quelques mots, mais c’est normal», a ainsi confié à l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio, invité à la table du pape. A ses yeux, «ces hommes et leurs territoires sont éloignés, leurs pays sont en guerre, et l’on ne doit pas se scandaliser».
Autre invité à la table de Benoît XVI, l’archevêque anglican de Canterbury, Rowan Williams, a affirmé au partenaire de l’Apic que cette discussion avait un caractère «absolument normal» et que la rencontre interreligieuse de Naples était déjà «très constructive». Interrogé sur l’attitude de Benoît XVI lors de cette discussion, il a préféré ne faire aucun commentaire. Il semble que le pape ne soit pas intervenu.
Dans les rangs de la communauté Sant’Egidio, l’agacement était à son comble en milieu de journée, et de nombreux responsables ont fait valoir que ce type de discussion était marginal face à la démarche de Benoît XVI, la veille, venu à Naples soutenir le dialogue interreligieux. «Il y a 20 ans nous n’aurions jamais pu réunir un imam et un rabbin autour de la même table», a aussi affirmé Mario Marazziti, porte-parole de la communauté italienne.
Les religions ne font pas la guerre, ce sont leurs fidèles.
Dans le même temps, dans la matinée du 22 octobre, sept tables rondes sur le dialogue interreligieux ont été organisées. Dans les couloirs des salles de conférences, les rabbins à chapeaux noirs croisaient les bouddhistes ou les shintoïstes en tenues colorées, les popes orthodoxes en grande tenue se mêlaient aux cardinaux en clergyman.
Plusieurs princes de l’Eglise ont pris la parole, dont le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, qui a précisé que «les religions ne font pas la guerre» mais que «ce sont leurs fidèles». Les hommes de religion ne sont pas «concurrents», mais sont «des partenaires dans la construction de l’humanité», a-t-il encore expliqué avant de soutenir que «le dialogue est plus qu’une conversation, qui est un acte social, occasionnel, fugace. Il est plus qu’une négociation pour résoudre un problème et qui se termine lorsque la question est résolue». Il est en réalité «un pèlerinage et un risque».
Le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a souhaité que la rencontre de Sant’Egidio puisse «tracer les grandes lignes d’une pédagogie de la paix» car «les religions et la violence ne vont jamais ensemble».
Le rôle des écritures saintes entre les religions monothéistes était au coeur d’un autre débat au cours duquel s’est exprimé le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Le cardinal allemand a affirmé que «l’homo religiosus est à l’écoute d’une parole qui ne vient pas de lui et qu’il considère néanmoins, contrairement à ce qui se passe dans la mentalité moderne, comme une clef et une lumière pour l’interprétation de son existence et de la réalité». Intervenant sur l’approche catholique de la question, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux (France), s’est félicité pour sa part du «véritable mouvement de redécouverte des Ecritures» survenu au cours du 20e siècle.
Organisée 21 ans après la rencontre interreligieuse de prière pour la paix d’Assise (Italie) voulue par Jean-Paul II en 1986, la rencontre de Sant’Egidio à Naples se poursuit jusqu’au 23 octobre 2007. Elle se terminera par un temps de prière pour chacune des religions en différents lieux de la ville, suivi d’une procession pour la paix et de la lecture d’un ’appel pour la paix’. (apic/imedia/ami/vb)



