«Ne mêlez plus le pape à vos excuses!», dénonce l'Eglise catholique
Philippines: Le gouvernement a expulsé 250 familles pour préparer la visite du pape
Manille, 14 novembre 2014 (Apic) Le gouvernement philippin vient d’expulser 250 familles de leurs baraquements provisoires sur l’île de Leyte, sous le prétexte de préparer l’arrivée du souverain pontife. L’Eglise catholique dénonce cette mesure et rappelle que «ce sont justement les victimes du typhon Yolanda que le pape François vient voir en priorité».
«Ne mêlez plus le pape à vos excuses», a lancé à l’intention du gouvernement le Père Amadeo Alvero, porte-parole de l’archidiocèse de Palo, un des plus touchés par le typhon. «Il n’y a aucune raison de parler du pape quand il s’agit de justifier le retard pris dans la réinstallation des milliers de déplacés par le typhon Yolanda!», s’est-il indigné dans une prise de position relayée par l’agence «Eglises d’Asie». Un an après le typhon, a-t-il ajouté, la dernière manoeuvre du gouvernement philippin «est aujourd’hui de faire croire que beaucoup de familles vont perdre leur abri à cause du pape François».
Le pape va se rendre le 17 janvier 2015 à Tacloban, sur l’île de Leyte. Il célébrera la messe dans l’aéroport, qui n’est toujours pas opérationnel, avant de bénir la cathédrale de Palo en cours de reconstruction et de déjeuner avec 30 survivants de Yolanda.
Il y a un an, le 8 novembre 2013, le typhon Yolanda (ou Haiyan) frappait les îles Visayas aux Philippines, causant plus de 8’000 morts, affectant près de 12 millions de personnes et occasionnant des dégâts estimés à plus de 10 milliards de dollars.
Toujours 20’000 rescapés dans des abris temporaires
Dès les premières semaines, les sinistrés dénonçaient une «imprévoyance criminelle» et une absence totale de réaction du gouvernement vis-à-vis de la catastrophe. Aujourd’hui, les rescapés du cataclysme attendent toujours les aides financières promises par Manille et quelque 20’000 personnes sont encore entassées dans des abris temporaires ou des dortoirs pour réfugiés dans les provinces de Samar et de Leyte. Quant aux 364 logements construits par l’Etat à Leyte, l’une des régions les plus ravagées, ils font l’objet d’une forte polémique en raison de leur coût, de leur utilité, et surtout des malfaçons notoires de l’ouvrage.
Au cours des dernières semaines, la Conférence des Evêques catholiques des Philippines (CBCP) a installé 1’600 logements en dur pour les déplacés, répartis dans les neuf diocèses frappés par la catastrophe. Plus de 3’700 sont attendus d’ici la fin de l’année (ou début mars tout au plus). Dès le passage de Yolanda, les organisations d’Eglise, essentiellement par le biais des Caritas locales et internationales – avaient rapidement mis en place les secours, puis l’acheminement des vivres et des soins d’urgence pour les rescapés, indique Eglises d’Asie. Alors que les autorités, qui semblaient «dépassées par la catastrophe», tentaient d’évaluer seulement les besoins des grandes villes les mieux desservies, les volontaires des diocèses acheminaient déjà les premiers colis de secours dans les îlots éloignés et ravagés par le typhon, où aucun représentant du gouvernement n’envisageait de se rendre avant plusieurs semaines. (apic/eda/bb)



