«Ne pas avoir peur d’aborder les grands thèmes»
Mgr Markus Büchel, nouveau président de la Conférence des évêques suisses
St-Gall, 7 septembre 2012 (Apic) La Conférence des évêques suisses a élu Mgr Markus Büchel comme nouveau président pour la période 2013-2015. L’évêque de St-Gall espère que le prochain Synode des évêques à Rome, sur la nouvelle évangélisation, commencera «là où le bât blesse» pour les gens. Pour lui, il s’agit en particulier de prendre au sérieux les changements des dernières décennies concernant le mariage et la famille. Le nouveau président, âgé de 63 ans, est évêque de St-Gall depuis 2006.
Apic: Vous avez été élu président de la Conférence des évêques suisses. Comment doit-on se représenter une conférence épiscopale ? Comme un mini parlement ou un forum de discussion style « Zischtigsclub »? (émission de débats de la TV alémanique ndlr)
Markus Büchel: Je place au premier plan les efforts pour nous rencontrer les uns les autres dans une atmosphère ouverte et sincère. Dans une discussion directe avec ses collègues dans l’épiscopat, on voit les choses parfois autrement que lorsqu’on les perçoit de l’extérieur. Les débats eux-mêmes sont menés de manière stricte. Car il y a chaque fois un ordre du jour chargé et un paquet de documents de dix centimètres d’épaisseur.
Apic: Qui propose les tractandas ?
M. B. : Les tractandas sont préparés par chacun des dicastères, comme «Annonce de la foi» Eglise-monde» ou «Dialogue œcuménique». Les divers dicastères disposent de commissions qui s’occupent de l’important travail préparatoire.
Apic: Et ensuite, on discute ou on décide ?
M. B. : Les deux. Il est important pour nous de parvenir à des solutions de consensus. Les décisions tombent ensuite par un vote. Dans ce sens, nous travaillons comme un gouvernement. D’autre part, il appartient à chaque évêque de décider de la manière de mettre en œuvre une décision. L’existence de différences se manifeste par exemple à travers les réactions à l’arrêt du Tribunal fédéral sur les «sorties d’Eglise partielles «.
Apic: Pourquoi les évêques ne peuvent-ils pas être tenus de se conformer aux décisions de la majorité ?
M. B. : Parce que chacun a reçu sa charge «de iuris divini», c’est-à-dire de droit divin. C’est pourquoi, en fin de compte, l’évêque est responsable uniquement envers Dieu et envers sa propre conscience.
Apic: Une des tâches du président est de renforcer la collaboration interne dans l’Eglise. Une autre est de la représenter vers l’extérieur. Laquelle est la plus importante ?
M. B. : Je pense que les deux tâches sont de même importance. Si nous parvenons à encourager la collaboration interne, la confiance envers l’autorité ecclésiale grandit. En outre, il s’agit de trouver un équilibre entre 26 cantons. Dans chacun d’eux, l’Eglise a des conditions générales différentes. Les échanges annuels avec les conférences épiscopales allemande et française sont aussi importants. Ils montrent que des problèmes analogues à ceux de la Suisse existent chez eux.
Apic: Les évêques ne travaillent pas seulement à l’intérieur de l’Eglise. On attend aussi leurs prises de postions sur les problèmes de société actuels. Sur lesquels l’Eglise doit-elle s’exprimer en priorité ?
M. B. : En premier lieu, il s’agit des thèmes traités par la commission «Justice et Paix». Dans ce domaine, les Eglises ont mené un travail de pionnier. Lors du premier rassemblement œcuménique européen à Bâle, en 1989, les préoccupations de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création étaient au premier plan. Un autre domaine de même importance est celui des questions de bioéthique autour de la vie.
Apic: Votre message pour le 1er août sur le thème de l’économie financière a suscité une grande vague de sympathie. Comment expliquez vous cet écho ?
M. B. : Je pense que cela tient au sentiment des gens. Ils se sentent impuissants face aux mécanismes complexes de l’économie. Les marchés financiers ont développé leur propre dynamique qui n’a plus de transparence. Le message correspondait à cet état d’esprit. Il appelait à la responsabilité et tentait d’offrir du courage et de l’espoir. Et surtout il voulait montrer qu’il ne faut pas avoir peur de s’attaquer à d’aussi grands thèmes.
Apic: En Eglise, depuis le Concile Vatican II, toute une série de postulats n’ont pas abouti, qu’il s’agisse des divorcés-remariés, du rôle de la femme dans l’Eglise, du célibat des prêtres et d’autres. Avez-vous en tant qu’évêque les mains totalement liées ?
M. B. : Naturellement que nous sommes liés aux prescriptions de la tradition, du magistère et du pape. Pour les évêques, il s’agit de voir comment les aborder dans la pastorale concrète. J’espère que ces thèmes seront abordés lors du prochain Synode des évêques à Rome. Si l’on veut s’occuper de nouvelle évangélisation, il faut commencer effectivement ’là où le bât blesse’ chez les gens.
Apic: Par exemple ?
M. B. : Nous devons vraiment prendre au sérieux ce qui a changé pour le mariage et la famille au cours des dernières décennies.
Apic: En fin de compte vous devez toujours en référer à Rome. C’est là que les questions décisives doivent être tranchées. N’est-ce pas frustrant ?
M. B. : Selon mon expérience, les gens comprennent assez bien ce qu’un évêque peut faire ou pas. Par mon naturel, je suis une personne qui ne souffre pas des choses qu’elle ne peut pas changer. Cela n’ôte cependant rien au désir de voir changer certaines choses.
Apic: Helmut Krätzl, ancien évêque auxiliaire de Vienne pense que les évêques devraient être beaucoup plus sûrs d’eux-mêmes lorsqu’ils se présentent à Rome. Cela servirait-il à quelque chose ?
M. B. : Je n’ai pas été assez souvent à Rome pour pouvoir répondre. J’attends surtout une telle sûreté de la part du Synode des évêques dont je viens de parler.
Apic : Et les fois où vous étiez au Vatican, avez vous été respecté comme pasteur de l’Eglise locale ou traité comme un simple exécutant ?
M. B. : Lors du premier rapport que j’ai vécu au Vatican avec les évêques suisses, l’ambiance était constructive. Tous les présidents des diverses congrégations vaticanes importantes se sont assis à table avec nous. Ce qui a donné un échange fructueux.
Apic: A fin septembre, le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE) siègera à St-Gall. Au titre de président élu, vous y appartenez également. Qu’est-ce qu’une toute petite conférence des évêques, comme celle de Suisse, peut-elle apporter au dialogue européen ?
M. B. : Nous pouvons montrer comment diverses cultures vivent ensemble sur un très petit territoire. Cela ne concerne pas seulement les quatre régions linguistiques, mais aussi les cantons qui ont tous trouvé leur propre structure ecclésiastique. Nous avons ce système dual qui mélange les structures hiérarchiques et les structures démocratiques. C’est un particularisme qui intéresse autour de nous.
(apic/jo/mp)



