Ne pas demeurer passifs face à «des actes d’une telle barbarie»

Pakistan: Le cardinal Tauran sous le choc après l’assassinat d’un couple de chrétiens

Rome, 6 novembre 2014 (Apic) Le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, s’est dit profondément choqué après qu’un jeune couple de chrétiens accusé de blasphème ait été brûlé vif au Pakistan, le 4 novembre 2014. Interpellé par Radio Vatican deux jours plus tard, le haut prélat français s’est demandé si la communauté internationale pouvait demeurer passive face à «des actes d’une telle barbarie».

«Je suis choqué, on reste évidemment sans paroles devant des actes d’une telle barbarie», a ainsi affirmé le cardinal Jean-Louis Tauran après qu’une foule de musulmans fanatisés ait attaqué un jeune couple chrétien en périphérie de Lahore, dans le Pendjab, avant de jeter les victimes vivantes dans le four à briques sur le lieu où ils travaillaient. «Ce qui est encore plus grave, ajoute le cardinal Tauran, c’est que l’on invoque la religion, or une religion ne peut pas justifier de tels actes, de tels crimes».

«Est-ce que la communauté internationale ne doit pas intervenir ?» s’interroge le cardinal Tauran, assurant qu’il y a «d’un côté des convictions religieuses que l’on doit respecter, mais (…) aussi un minimum de solidarité, d’humanité, qu’il faut sauvegarder». «Je pose la question, insiste-t-il, est-ce que l’on peut rester passifs devant des crimes que l’on légitime par la religion ?»

«Même les animaux ne se comportent pas comme cela»

Le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux explique qu’il n’existe aucune justification pour ce genre de choses et que «c’est l’humanité tout entière qui est humiliée». Dès lors, le haut prélat souhaite que ces exactions soient dénoncées «de manière vigoureuse» par les leaders musulmans. «Il faut reconnaître, ajoute-t-il, que les premières victimes sont en fait les musulmans, car ces méfaits donnent une image de l’islam qui est terrible».

Interpellé sur les violences croissantes à l’égard des minorités infligées par des groupes religieux, le cardinal Tauran assure que l’on est arrivé «au paroxysme», à «ce que saint Paul appelle ›le mystère de l’iniquité’, le mal à l’état pur, car même les animaux ne se comportent pas comme cela».

S’il reconnaît que l’on ne peut pas intervenir dans les affaires intérieures des Etats, le cardinal Tauran assure que l’on doit aider les responsables politiques à trouver des solutions dignes de l’homme et de la civilisation. Dès lors, il juge que c’est la loi sur le blasphème, au Pakistan, qui pose un problème. Le cardinal Jean-Louis Tauran souhaite enfin que «les chrétiens ressentent la solidarité de l’Eglise, qui est leur famille». Il juge en outre que l’Eglise locale est très courageuse.

Shahzad Masih, 26 ans, et sa femme Shama Bibi, 24 ans, ont été séquestrés et retenus en otage le 2 novembre, accusés d’avoir profané le Coran. Deux jours plus tard, ils ont été battus puis brûlés vifs par une foule de musulmans provenant de cinq villages proches de Lahore. Le couple avait 3 enfants et Shama Bibi était enceinte de leur 4e enfant. (apic/imedia/ami/be)

6 novembre 2014 | 17:44
par webmaster@kath.ch
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