France: Burqa, Mgr Santier demande aux catholiques de ne pas se laisser envahir par la peur

Ne pas stigmatiser les croyants musulmans

Paris, 2 février 2010 (Apic) Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux en France, Mgr Michel Santier déplore le fait que la Mission parlementaire chargée de faire des propositions à propos du «voile intégral» n’ait pas cru bon entendre l’avis des responsables religieux chrétiens et juifs, alors qu’elle a reçu d’autres courants de pensée. Il demande de ne pas stigmatiser les croyants musulmans en adoptant une loi interdisant la burqa.

La mission parlementaire française sur le voile islamique intégral a présenté ses conclusions mardi 26 janvier à l’Assemblée nationale à Paris. Le rapport remis au président de l’Assemblée Bernard Accoyer par le rapporteur, le député de la majorité Eric Raoult (UMP/Seine Saint Denis), affirme qu’il est nécessaire de «convaincre, d’éduquer, de protéger». Dans un premier temps, la mission préconise une loi qui interdise le port du voile intégral dans les services publics, écoles, hôpitaux, administration, transports publics, mais pas dans l’entièreté de l’espace public.

Au nom de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, estime dans un communiqué publié lundi qu’il «faut raison garder: le nombre de femmes portant le voile intégral étant très limité, les décisions prises ne doivent pas conduire à stigmatiser les croyants musulmans».

La lettre de Mgr Santier restée sans réponse

Mgr Santier regrette que la lettre qu’il a écrite au président de la Mission «aurait, au moins, mérité une réponse». Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), par la voix de Mohammed Moussaoui, son président, a clairement déclaré que le «voile intégral» n’était pas un signe religieux et que le Coran ne demande pas qu’il soit porté par les femmes.

La proposition d’une résolution qui a l’accord des responsables du culte musulman et, semble-t-il, des différents partis politiques, peut être un acte important. «Mais je suis très réservé sur l’opportunité d’une loi qui ne résoudra pas la question», écrit Mgr Santier.

«Si un texte de loi était adopté, le risque pour les femmes musulmanes portant ce voile intégral est qu’elles ne sortent plus de chez elles et soient encore plus marginalisées. Ainsi le résultat pourrait être contraire à l’effet recherché et conduire, par réaction, à une augmentation du nombre de femmes portant cet habit», poursuit-il. Et de souligner que les citoyens français, et parmi eux les catholiques, ne doivent pas se laisser envahir par la peur et la théorie du choc des civilisations. «Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l’islam, cherche à déstabiliser les démocraties».

«Si nous voulons que les chrétiens en situation de minorité dans les pays à majorité musulmane disposent de tous leurs droits, nous devons dans notre pays respecter les droits de tous les croyants à l’exercice de leur culte. Le dialogue en vérité entre croyants permet de dépasser les méfiances réciproques. Le chemin sera long et exigeant. La voie du respect mutuel permettra d’améliorer le vivre ensemble dans notre pays», conclut le président du Conseil pour les relations interreligieuses de la CEF.

Mgr Le Gall: tolérance et réciprocité

A propos du débat en cours en France sur l’»identité nationale», Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, déclare mardi sur le site internet de La Dépêche à Toulouse (www.ladepeche.fr) : «Nos racines sont chrétiennes mais la mosquée a le droit d’exister».

L’archevêque de Toulouse admet que le débat sur l’identité nationale «a été quelque peu piégé au départ. Nous y réagissons en essayant d’être positifs, l’identité nationale doit se réfléchir ’avec’ et non ’contre’, adopter une position de défense n’est jamais très bon. Notre pays s’est construit à partir d’intégrations successives et massives, nos racines sont chrétiennes mais il faut apprendre à se connaître avec les autres religions, musulmane ou juive. Par exemple, la mosquée sur le périphérique a le droit d’exister. C’est normal que les autres religions aient leur espace de vie. Je suis heureux qu’il y ait une mosquée à Toulouse, mais la France n’est pas un pays totalement musulman. Il doit y avoir réciprocité, aussi, pour les autres religions en pays musulmans». (apic/com/be)

2 février 2010 | 14:53
par webmaster@kath.ch
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