Népal: Les violations des droits humains ont atteint une ampleur sans précédent dénonce AI

Des milliers de morts et des centaines de «disparus»

Londres, 20 décembre 2002 (APIC) Les atteintes aux droits de l’homme au Népal ont atteint une ampleur sans précédent, estime Amnesty International (AI) dans un rapport publié jeudi à Londres.

En une année, plus de 4’366 personnes ont été tuées, parmi lesquelles plus de la moitié sont des civils, sans que les autorités népalaises ne cherchent pour autant à remédier à la situation ni à lutter contre l’impunité dont bénéficient les forces de sécurité. Plus de 200 personnes ont été signalées comme étant «disparues», ce qui place le Népal au 3e rang mondial pour le nombre de «disparitions» au cours de ces quatre dernières années.

Plus de 4’366 personnes ont été tuées dans le cadre du conflit qui déchire le Népal depuis la rupture des négociations entre le Parti communiste népalais (PCN) maoïste et le gouvernement en novembre 2001. Un nouveau rapport publié par Amnesty International révèle que près de la moitié des victimes de la «guerre populaire» sont des civils pris pour cible pour leur soutien réel ou présumé au PCN ; d’autres sont des maoïstes qui ont été tués délibérément après avoir été faits prisonniers ou qui ont été assassinés au lieu d’être arrêtés.

1.1.1.4.1.1 Plus de 200 «disparus»

Ce rapport souligne aussi qu’au moins 66 personnes auraient «disparu» au cours de l’année passée après avoir été arrêtées par les forces de sécurité. Le nombre total de «disparitions» signalées à l’organisation dans le cadre de la «guerre populaire» dépasse les 200, ce qui place le Népal au troisième rang mondial pour le nombre de ” disparitions ” au cours de ces quatre dernières années.

Selon AI, les atteintes aux droits humains ont atteint une ampleur sans précédent depuis que le gouvernement a fait intervenir l’armée et que les forces de sécurité ont reçu de nouveaux pouvoirs. Pour l’organisation internationale, il est clair que «les autorités népalaises n’ont pas la volonté de remédier à la situation ni de s’attaquer à l’impunité, qui est endémique dans le pays».

Dans son rapport – qui sera soumis aux membres de la Commission des droits de l’homme des Nations unies à Genève en 2003 – Amnesty International demande la création d’un bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies au Népal, avec des observateurs internationaux chargés de veiller au respect des droits humains.

Utilisation d’enfants

De leur côté, ajoute enfin AI, les forces maoïstes se sont aussi rendues coupables d’un certain nombre d’atteintes aux droits humains, parmi lesquelles l’assassinat d’environ 800 civils considérés comme des «ennemis de la révolution», l’organisation de prises d’otages pour obtenir des rançons, la torture de prisonniers et l’exécution délibérée de membres des forces de sécurité capturés.

Par ailleurs, Amnesty International dit recevoir régulièrement des informations selon lesquelles les maoïstes recrutent des enfants. Elle dispose de témoignages sur la manière dont ces enfants sont formés à l’utilisation des armes. Une fillette de quatorze ans lui a ainsi expliqué comment elle et ses camarades étaient formés à l’emploi des armes la nuit, à la lueur des lampes de poche, et allaient en classe dans la journée.

Tortures

Des cas de torture perpétrés par l’armée, les forces de sécurité armée (FSA) et la police sont signalés presque quotidiennement. L’armée détient systématiquement les gens les yeux bandés et les poignets menottés pendant des jours, des semaines, voire des mois. Les méthodes de torture utilisées sont, entre autres, le viol, le falanga (coups assenés sur la plante des pieds avec une matraque en bambou), les décharges électriques, le belana (un bambou lesté est roulé sur les cuisses de la victime, causant des lésions musculaires), les passages à tabac au moyen de barres de fer recouvertes de plastique, et les fausses exécutions.

Selon les chiffres officiels publiés en août 2002, 9’900 «maoïstes» ont été arrêtés, et 1’722 d’entre eux sont toujours en détention. Dans la plupart des cas, les arrestations et les premiers temps de la détention se déroulent en dehors de tout cadre juridique, en particulier lorsque les suspects sont détenus par l’armée.

Pour AI, l’impunité est le facteur le plus destructeur pour la situation des droits humains. Les membres des forces de sécurité se sentent totalement protégés de toute surveillance extérieure de leurs actes. La sanction la plus lourde qu’ils risquent est une enquête interne. (apic/com/ai/pr)

20 décembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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