Une situation éprouvante pour l’EREN

Neuchâtel: L’Eglise protestante face à l’érosion importante de la contribution ecclésiastique

Neuchâtel, 2 mai 2006 (Apic) L’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) doit faire face à une érosion importante de la contribution ecclésiastique des personnes physiques, qui dans ce canton, est volontaire. La tendance est plus marquée pour les personnes physiques que pour les personnes morales (entreprises).

Cet état des choses est lié à l’évolution sociodémographique: chaque année, le canton de Neuchâtel compte quelque mille protestants de moins et les personnes qui arrivent dans le canton ne viennent que rarement des pays protestants. La situation économique difficile du canton joue, elle aussi, un rôle, note l’EREN.

Compte tenu de cette situation financière de plus en plus précaire, le Conseil synodal a présenté mardi à Neuchâtel un certain nombre de mesures, soit des retraites anticipées et des diminutions de temps de travail volontaires. Il s’agit d’assurer la viabilité de l’institution, sous réserve des décisions que prendra le Synode le 14 juin prochain.

Le but à atteindre par l’EREN est un budget déjà diminué d’un million au 1er janvier 2007, essentiellement par une réduction des postes et par le report de la deuxième partie de l’augmentation des salaires. Isabelle Ott-Bächler, présidente du Conseil synodal, a qualifié la situation d’»éprouvante». Elle précise que le Conseil compte atteindre cet objectif en misant sur des décisions volontaires qui permettent de tenir compte de situations particulières.

Encouragement à partir à la retraite anticipée

Le Conseil synodal a décidé de favoriser les retraites anticipées ou les diminutions de temps de travail. Il estime que, dans la mesure du possible, la retraite devrait être prise entre 61 et 63 ans. Cette mesure est transitoire et concerne les postes qui permettent de faire des économies. Le Conseil du Fonds de garantie accepte de financer temporairement un pont AVS dès 61 ans. Cette solution est applicable jusqu’au 31 décembre 2009. Le pont AVS et le rachat de la caisse de pension seront financés par l’EREN. Vingt-et-un permanents, c’est-à-dire un sur cinq, ont d’ores et déjà fait ce geste de solidarité.

Soucieux de maintenir une dynamique au sein de l’EREN, le Conseil synodal a aussi décidé que les pasteurs suffragants pourront rester au service de l’EREN à la fin de leur suffragance, sous réserve de l’avis de la Commission de consécration. En revanche, le quota de poste qui leur sera attribué ne dépassera pas 80 %. Les nouvelles mesures d’économies proposées ne seront donc pas portées uniquement par une seule classe d’âge.

L’EREN se trouve en effet dans une situation paradoxale: en effet, les départs à la retraite (même non anticipée) et les départs naturels ne seront pas compensés par l’arrivée de jeunes pasteurs d’ici quelques années. Ainsi, pour pallier la pénurie attendue, le Conseil synodal proposera au Synode d’engager six personnes qui, comme suffragants, terminent leur formation. En outre, le Conseil synodal encourage le Synode à reporter au budget 2009 la deuxième partie de l’augmentation des salaires prévue pour 2007. L’économie ainsi réalisée se monte à quelque 190’000 francs environ.

Des comptes déficitaires

Les comptes 2005 de l’EREN affichent un déficit de 1,47 million. Au vu de ce résultat, les mesures décidées par le Synode en décembre 2005 se révèlent largement insuffisantes. Le Conseil synodal doit aujourd’hui proposer des économies supplémentaires. Certes, l’EREN n’est pas la seule institution à faire face à la problématique de l’érosion des contributions.

Mais le Conseil synodal a choisi de répondre aux difficultés en inscrivant les mesures d’économies envisagées dans une perspective et une réflexion plus globales quant à la mission même de l’Eglise. Le Conseil synodal admet que les diminutions de postes prévues ne permettront plus, à l’avenir, d’assurer la même présence et le même rayonnement de l’EREN. Mais il s’engage à veiller à préserver la cohérence, la coordination et la pertinence de l’activité de l’Eglise dans les paroisses et les centres cantonaux.

Le Conseil synodal doit donc trouver un million, à économiser en diminutions de postes, au budget 2007. Pour y parvenir, il mise sur une politique du personnel qui s’appuie sur des départs ou des diminutions de temps de travail volontaires. Ce choix permet de tenir compte des situations particulières et de maintenir la solidarité au sein de l’EREN.

Autre économie prévue au budget 2007: la Fondation de la Rochelle devrait être absorbée par la création de l’Hôpital cantonal multisite en soins psychiques. La subvention de 54’000 francs disparaît ainsi. Pour augmenter ses recettes, l’EREN est en train de développer plusieurs démarches. Dans ses projets pour revaloriser la contribution ecclésiastique, elle envisage notamment d’aller à la rencontre des particuliers et des entreprises pour les sensibiliser au rôle social joué par l’Eglise. JB

Encadré

Les rentrées de la contribution ecclésiastique baissent d’année en année

Comme le montrent les chiffres, les rentrées de la contribution ecclésiastique baissent d’année en année. L’EREN doit donc s’adapter à des recettes de moins en moins importantes. Selon Georg Schubert, titulaire du département des Finances de l’EREN, si l’Eglise ne réagit pas, les déficits vont rester relativement lourds, à hauteur de 1,7 million de francs. Par ailleurs, la fortune de l’EREN ne peut combler ces trous, même à moyen terme. L’EREN doit donc apprendre à vivre avec des recettes moins importantes. Ainsi, les contributions des personnes physiques sont passées de 6,56 millions de francs suisses en 1998 à 5,56 millions en 2005, soit une érosion constante.

Aujourd’hui, l’Eglise protestante neuchâteloise doit faire deux choses en même temps: s’organiser avec des forces diminuées et essayer de récolter plus de fonds. Elle va ainsi réduire les postes et parallèlement, elle développe des projets pour augmenter les recettes. Les pistes étudiées sont notamment la revalorisation de la contribution ecclésiastique (70 % des protestants ne paient pas la contribution ecclésiastique). L’EREN planifie de contacter un maximum de ces personnes pour présenter le travail des Eglises et pour renouer – si possible – les liens avec elles.

Les personnes morales (les entreprises) peuvent, elles aussi, payer une contribution. L’EREN souhaiterait rencontrer les dirigeants des entreprises neuchâteloises pour leur présenter le rôle des Eglises dans notre société. Il est plus simple de solliciter des gens distancés pour des projets précis que pour une contribution régulière. Mais les services que l’EREN rend à la population ont leur prix. Si ceux qui demandent des services ne contribuent pas, d’autres paieront à leur place. Il est important que les ministres sur le terrain puissent informer les gens des coûts réels d’un mariage ou un baptême. Non pas nécessairement pour exiger des gens qu’ils paient la facture, mais au moins pour les sensibiliser. «Vu la situation dans d’autres pays d’Europe, il serait illusoire de penser que les choses changent rapidement. C’est davantage qu’un orage d’été pendant lequel il suffit de se cacher dans un abri pour une demi-heure. Le temps a changé. Nous devons changer nos habitudes», conclut Georg Schubert. (apic/eren/com/be)

2 mai 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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