Situation financière désastreuse pour un simple enjeu:
Neuchâtel: Les trois Eglises cantonales reconnues battent la campagne
Donner aux Eglises le moyen d’assumer leur mission
Neuchâtel, 8 septembre 1999 (APIC) Chiffres encore et toujours dans le rouge, pour les trois Eglises neuchâteloises reconnues, réformée évangélique (EREN), catholique-romaine et catholique-chrétienne. 1998 ne fait pas exception par rapport aux années précédentes: 437’000 francs de déficit pour l’EREN, 97’000 francs chez les catholiques-romains, et un peu plus de 8’000 francs pour les catholiques-chrétiens. Rien d’affolant, à priori, si ce n’est que derrière cette rouge réalité, les recettes, en constante baisse, ne permettent plus d’assumer pleinement les services que tous fidèles attend pourtant de leur Eglise.
Au désintérêt du citoyen pour s’acquitter de son impôt d’Eglise, est venu s’ajouter cette année le couac de l’Etat neuchâtelois, qui pénalisera un peu plus les Eglises encore: suite aux changements du système de taxation de l’Etat, de nombreux retards se sont produits dans l’envoi des bordereaux. Au point que des contribuables en recevront deux en 1999, celui de 98 et celui de l’année en cours. Une situation qui fait craindre que des personnes ne pourront ou ne voudront pas soutenir financièrement leur Eglise par deux versements contributifs la même année. On s’achemine vers une année 99 encore plus difficile, a-t-on estimé mercredi au cours d’une conférence de presse à Neuchâtel. A noter que l’Etat cantonal fournit une aide totale de 200’000 francs par an pour les trois Eglises. Et que cette aide n’a pas augmenté d’un franc… depuis 1943.
Pour 1998, l’EREN a comptabilisé quelque 9’85 millions de dépenses pour près de 9,41 millions de recettes, alors que les catholiques-romains ont enregistré près de 3,85 millions de revenus contre quelque 3,95 millions de charges. Des chiffres nettement moins importants côté catholique-chrétien: 210’000 francs à la rubrique charges et 202’000 francs au chapitre des recettes.
Dix ans de campagne commune
Pour la dixième année, les trois Eglises neuchâteloises lancent donc leur campagne financière commune pour inciter les gens à s’acquitter de leur contribution ecclésiastique. Volontaire. Ce qui n’arrange rien, pour contrer le mal endémique qui ronge financièrement les Eglises de ce canton. A l’instar de celles de Genève, soumises aux mêmes contraintes.
Imaginé l’an dernier, le nouveau concept de la campagne de contribution ecclésiastique des trois Eglises se poursuit cette année. Avec des moyens limités – 90’000 francs, soit un franc par contribuable potentiel, dépensés en affiches, annonces et lettres adressées aux personnes physiques et morales – elle se développe et s’affine. Pour un objectif toujours identique: sensibiliser le contribuable. 1999 s’inscrit aussi dans la continuité: présenter une série de personnes s’acquittant de leur impôt ecclésiastique et répondant toutes à la même interrogation: «La contribution ecclésiastique?» En l’occurrence 8 sujets ont été retenus, représentatifs de la population neuchâteloise.
Le baptême à 1500 francs?
Les campagnes de sensibilisation, imaginatives, simples voire pathétiques dans leurs appels répétés se suivent, sans pour autant se ressembler dans leur conception. Seule constante: le cercle des contribuables ne s’élargit pas. Et les recettes continuent à chuter. Au point de provoquer l’interrogation des responsables des trois Eglises, sur les moyens qu’il conviendra à l’avenir de se donner pour assumer leurs tâches spirituelles, sociales et éducatives. Protestants et catholiques divergent d’ailleurs sur la question.
Pour l’EREN, dont la situation est jugée dramatique, si rien ne change, il faudra bien un jour envisager de faire payer les services de l’Eglise: un baptême à 1’500 francs, par exemple, un encore mariage ou un enterrement, met en garde Jacques Péter, vice-président du Conseil synodal de l’EREN. Pour tenter de faire face, l’Eglise réformée a même lancé en avril sa «Campagne du million», par la vente de vignettes. Seuls 360’000 francs sont parvenus dans les caisses, sur le million escompté. Le ton est grave. A la mesure de l’appel: après la diminution de postes et de frais de fonctionnement, «nous avons atteint le niveau plancher s’agissant des économies possibles», s’exclame-t-il, avant de s’interroger: «Combien d’années encore pourra-t-on assurer notre service à la population sans rejet et sans discrimination».
Une solution, draconienne certes, mais que n’envisage pourtant pas l’Eglise catholique-romaine, dont le déficit 1998 est de quatre fois et demi inférieur, il est vrai: «La gratuité des services de l’Eglise est incontournable», insiste l’abbé André Duruz, vicaire épiscopal de l’Eglise catholique-romaine en pays neuchâtelois. Pour lui, il y a bien entendu lieu de s’inquiéter de la baisse de la contribution ecclésiastique volontaire. Il se rassure néanmoins en constatant que les fidèles tiennent à leur Eglise. La preuve, commente-t-il, 25% des catholiques payent tout ou en partie leur contribution, alors qu’on peut estimer que 8 à 10% seulement sont pratiquants…
Chiffres encore: 40% de protestants neuchâtelois payent leur contribution, contre 24% chez les catholiques-chrétiens de ce même canton. Il convient toutefois de retenir que 60% d’entre eux ne s’acquittent que partiellement de la somme réclamée.
Modeste, mais solidaire
Jacques Péter attribue la baisse des contribution aux difficultés financières croissantes d’une grande partie de la population, mais aussi à la diminution du sentiment d’appartenir à une Eglise. Autre constat, unanime celui-là: les gens de condition relativement modeste s’acquittent beaucoup plus volontiers de leurs impôts. Leur solidarité est beaucoup plus réelle… A l’image des personnes figurant sur les affiches bientôt placardées aux murs du canton. «Je suis infirmière, témoigne l’une des figurantes, et je sais combien est utile la présence du prêtre ou du pasteur auprès des personnes mourantes, ou auprès des familles en deuil». «Ce qui nous a motivés, mon mari et mes enfants, dit une autre, a été la possibilité de sensibiliser les gens, afin de donner à l’Eglise les moyens d’assurer sa mission». (apic/pr)



