Quatre jours de joie pour tout un peuple
Neuvième voyage du pape Jean Pau II en Pologne
De notre envoyé spécial Antoine Soubrier
Cracovie, 18 août 2002 (APIC) Sous les acclamations de ses compatriotes, le pape Jean Paul II a célébré le 17 août la messe de dédicace du sanctuaire de la Divine Miséricorde, dans la banlieue de Cracovie. Dès son arrivée en Pologne, le 16 août, le pape a prononcé un premier discours axé sur la situation politique de son pays natal et salué une foule de 250’000 personnes. Il a également rencontré samedi le président et le premier ministre polonais. Conformément au démenti du Vatican sur une éventuelle démission, le pape, qui n’a pas manqué de plaisanter sur son âge, sera de retour à Rome lundi soir.
«Je veux solennellement confier le monde à la Divine Miséricorde», a lancé Jean Paul II sous les applaudissements, lors de la messe de dédicace du sanctuaire de la Divine Miséricorde, situé dans la banlieue de Cracovie. Au second jour de sa visite polonaise, le pape est apparu essoufflé, devant quelque 15’000 personnes venues voir leur compatriote.
Au cours de l’homélie, Jean Paul II a particulièrement insisté sur le fait que le monde actuel «a besoin de la miséricorde de Dieu». «La grâce de la miséricorde conduit à calmer les esprits et les coeurs, et à faire jaillir la paix», a-t-il lancé d’une voix forte. «Il faut mettre au monde ce feu de la miséricorde !», a-t-il ajouté, déclenchant de nombreux applaudissements.
Jean Paul II personnellement concerné par ce sanctuaire
L’appel de Jean Paul II a retenti d’autant plus fortement dans le coeur des Polonais qu’il se trouvait à l’endroit même où Soeur Faustine Kowalska (1905- 1938) reçut le «message de la Divine Miséricorde» au début du 20ème siècle. Particulièrement attaché à cette dévotion, le pape l’a béatifiée en 1993, puis canonisée le 30 avril 2000 à Rome. C’est lui qui avait promu la cause de béatification de la sainte polonaise, alors qu’il était encore archevêque de Cracovie. Jeune ouvrier à l’usine Solvay située à une centaine de mètres du sanctuaire et devenue un centre culturel -, Karol Wojtyla avait en outre pris l’habitude de s’arrêter régulièrement dans la petite chapelle de Lagiewniki, transformée aujourd’hui en sanctuaire, pour y prier. Au cours de la messe, une nièce de Soeur Faustine est venue saluer le pape.
4000 personnes parmi lesquelles de nombreux bienfaiteurs ayant aidé financièrement à la construction du sanctuaire, ont pu participer à la cérémonie, de l’intérieur. Des milliers d’autres fidèles s’étaient groupés tout autour du sanctuaire, sous le soleil. La plupart des évêques de Pologne étaient par ailleurs présents, ainsi que certains venant des pays voisins, dont Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, évêque du diocèse de la Mère de Dieu à Moscou.
Après avoir traversé Cracovie en papamobile pour se rendre au sanctuaire depuis l’archevêché, le pape était arrivé sur les lieux, acclamé par des slogans tels que «Longue vie au pape !» ou encore «Cracovie te remercie». Une fois sur place, l’architecte responsable de la construction du sanctuaire de la Divine Miséricorde avait symboliquement remis à Jean Paul II les clés du nouvel édifice.
Pas de démission
Avant son départ, de nombreuses rumeurs avaient circulé concernant une renonciation possible de Jean Paul II en Pologne et sur la retraite qu’il aurait pu prendre dans un monastère du pays. «Le pape sera à Rome lundi à 20h30», a déclaré en ironisant Mgr Renato Boccardo, l’organisateur des voyages pontificaux. Interrogé par les journalistes, il a affirmé qu’»il n’existe aucun fondement à ces rumeurs». Par ailleurs, le prélat a ajouté qu’un déplacement en Croatie, au printemps prochain, était en cours de préparation. Le voyage de Jean Paul II a toutefois dû être raccourci en raison de son âge et de sa fatigue. C’est en particulier son plus court voyage en Pologne, depuis le premier séjour qu’il a passé dans son pays natal en 1979, et la première fois qu’il reste au même endroit.
Rencontre avec les autorités polonaises
Jean Paul II a rencontré le président de la République polonaise, dans l’après-midi du 17 août 2002. Interrogé par les journalistes à l’issu de l’audience privée qui s’est déroulée à l’archevêché, Alexander Kwasniewski a seulement affirmé avoir parlé de la situation politique de la Pologne, ainsi que de son éventuelle intégration au sein de l’Union européenne. «Le pape porte beaucoup d’intérêt à la situation de son pays», a-t-il déclaré, précisant que celui-ci «est très heureux de se retrouver pour quelques jours dans sa Pologne natale». A l’issue, le président polonais a offert au pape un baptistère destiné à être installé dans le nouveau sanctuaire de la Divine Miséricorde.
Après cet entretien d’une vingtaine de minutes, Jean Paul II a rencontré le premier ministre polonais. Ce dernier, interrogé à son tour par la presse, a affirmé avoir invité le pape à revenir en Pologne. «S’il plaît à Dieu», aurait répondu Jean Paul II.
Petite improvisation
Quelques instants après le départ des deux hommes politiques, le pape s’est déplacé jusqu’à la fenêtre de la pièce dans laquelle il se trouvait, afin de s’adresser aux milliers de pèlerins qui l’attendaient sur la ’place des Franciscains’ depuis plusieurs heures, voire depuis la veille pour certains. De nombreux duvets et couvertures étaient étalés sur la place. Le pape a alors plaisanté pendant une dizaine de minutes, visiblement heureux de cette rencontre improvisée avec ses compatriotes. «J’ai vieilli de 23, depuis notre première rencontre en 1979 !», a-t-il lancé. «Mais ceux qui y étaient ont aussi vieilli, et cela, on n’y peut rien !», a ajouté Jean Paul II en déclenchant de nombreux rires dans la foule. Les Polonais ont alors scandé le fameux slogan : «Puisses-tu vivre 100 ans !».
Un pape préoccupé par la situation socio-politique de son pays
«Je sais combien notre patrie a changé depuis ma première visite en 1979», a-t-il déclaré, confiant que ce nouveau pèlerinage dans sa terre natale le neuvième depuis le début de son pontificat – est l’occasion, pour lui, «d’observer comment les Polonais gèrent la reconquête de la liberté» obtenue après la chute du mur de Berlin en 1989. «Je suis convaincu que notre pays se dirige courageusement vers de nouveaux objectifs de développements dans la paix et la prospérité», a-t-il ajouté, faisant explicitement allusion au désir de la Pologne d’entrer au sein de l’Union européenne.
«Je sais que beaucoup d’entre vous observent et évaluent le système avec un regard critique», a ensuite avoué Jean Paul II aux quelques milliers de Polonais réunis sur le tarmac, parmi lesquels le président Alexander Kwasniewski. Déplorant alors lui-même un système qui «prétend gouverner le monde contemporain avec une vision matérialiste de l’homme», le pape a rappelé le soutien de l’Eglise dans la construction de la société, en particulier concernant les domaines de la pauvreté, de l’injustice et de la souffrance. «Je sais que de nombreuses familles polonaises, en particulier les plus grandes, et de nombreux chômeurs et personnes âgées subissent le poids du changement économique et social. Je partage spirituellement leur fardeau et leur sort», a-t-il déclaré. 17% des travailleurs polonais sont actuellement au chômage.
250’000 personnes dans les rue de Cracovie
De nombreux Polonais se sont déplacés en masses à Cracovie pour saluer le pape. Près de 250 000 d’entre eux étaient postés le long du parcours qu’il a effectué en papamobile de l’aéroport jusqu’à l’évêché où il devait passer la nuit. Là, des milliers de personnes l’attendaient depuis plusieurs heures, sur la place située devant le bâtiment, espérant vivement que Jean Paul II apparaisse à sa fenêtre dans la soirée, comme il le fait traditionnellement à chaque visite.
Une grande agitation, dès neuf heures du soir, a chauffé la foule. Et lorsque le pape est apparu, vers 9h30, l’excitation était à son comble. «Cracovie veut le pape !», «On ne va pas te laisser dormir !», scandaient les Polonais entre deux chants traditionnels. Visiblement heureux de retrouver les siens, Jean Paul II n’a pas manqué de plaisanter avec eux. (sh)
Encadré
Les liens de Jean Paul II avec Cracovie.
La visite de Jean Paul II sera limitée à la région de Cracovie, où il arriva à l’âge de 18 ans et qu’il quitta quarante ans après comme archevêque pour prendre ses fonctions à Rome. C’est la septième fois que Jean Paul II se rend à Cracovie, depuis le début de son pontificat. Outre les enjeux politique et spirituel d’une telle visite, 13 ans après la chute du communisme, celle-ci revêt un caractère particulièrement personnel pour ce vieux pape âgé de 82 ans qui y a laissé plus de 40 ans de souvenirs.
C’est en effet dans cette ville que Karol Wojtyla s’est installé avec son père, alors qu’il avait 18 ans. Ses études de philologie ont toutefois dû être interrompues en 1939, suite à l’invasion de la Pologne par les Allemands. Il fut alors embauché comme ouvrier à l’usine chimique Solvay, pour éviter d’être envoyé en Allemagne aux travaux forcés. Durant cette période, il a approfondi sa foi, avant d’entrer au séminaire clandestin de Cracovie, installé d’abord dans l’usine Solvay, puis dans les caves de l’archevêché.
Ordonné prêtre, il fut ensuite nommé dans une paroisse du centre de Cracovie, en 1946. Douze ans plus tard, il fut nommé évêque auxiliaire de la ville, puis archevêque, en 1963. Nommé cardinal par Paul VI le 26 juin 1967, il vint régulièrement à Rome pour participer à la plupart des synodes romains, avant de quitter définitivement sa Pologne natale en 1978, au moment de son élection sur le Siège de Pierre. (apic/imedia/sh)




