Non à une ’conception relativiste’ des droits humains

New York: Benoît XVI prend la parole à la tribune de l’ONU

De New York, Antoine-Marie Izoard, agence I.MEDIA

New York, 18 avril 2008 (Apic) Après Paul VI (1963-1978) et Jean Paul II (1978-2005), Benoît XVI est le 3e pape à prendre la parole à la tribune des Nations Unies. A New York, le 18 avril, il y a dénoncé une ’conception relativiste’ des droits de l’homme. Devant les représentants des 192 Etats membres, le pape a aussi invité l’ONU à soutenir le dialogue interreligieux et à respecter le droit à la liberté religieuse.

A l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le pape a ainsi affirmé que «tout comme leur universalité», leurs «indivisibilité» et leur «interdépendance» étaient «autant de garanties de protection de la dignité humaine». Le pape a alors mis en garde contre une «conception relativiste» des droits de l’homme, «pour laquelle le sens et l’interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses».

«Le mérite de la Déclaration universelle a été d’ouvrir à des cultures, à des expressions juridiques et à des modèles institutionnels divers la possibilité de converger autour d’un noyau fondamental de valeurs et donc de droits : mais c’est un effort qui, de nos jours, doit être encore plus soutenu face à des instances qui cherchent à réinterpréter les fondements de la Déclaration et à compromettre son unité interne pour favoriser le passage de la protection de la dignité humaine à la satisfaction de simples intérêts, souvent particuliers», a estimé Benoît XVI.

Les droits humains doivent inclure la liberté religieuse

Dans son long discours prononcé en français et en anglais, le pape a aussi expliqué que «les droits de l’homme doivent évidemment inclure le droit à la liberté religieuse», c’est-à-dire le «libre exercice du culte» mais aussi «la dimension publique de la religion et donc la possibilité pour les croyants de participer à la construction de l’ordre social». «Il n’est (.) pas imaginable que des croyants doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs», a-t-il continué. «Il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits».

Benoît XVI a aussi invité les Nations Unies à soutenir le dialogue interreligieux. «Les Nations unies peuvent compter sur les fruits du dialogue entre les religions et tirer des bénéfices de la volonté des croyants de mettre leur expérience au service du bien commun». «La reconnaissance de la valeur transcendante de tout homme et de toute femme favorise la conversion du coeur, ce qui conduit alors à un engagement contre la violence, le terrorisme ou la guerre, et à la promotion de la justice et de la paix», a-t-il affirmé.

Installé à la célèbre tribune des Nations Unies, Benoît XVI a également invité la communauté internationale à travailler pour promouvoir «en toute bonne foi» et «dans le respect du droit», la «solidarité dans les zones les plus fragiles de la planète». Devant les représentants des Etats membres de l’ONU, il a alors évoqué «certains pays d’Afrique et d’autres continents qui restent encore en marge d’un authentique développement intégral, et qui risquent ainsi de ne faire l’expérience que des effets négatifs de la mondialisation».

L’indifférence ou la non-intervention causent des dommages

D’une voix éternellement douce, le pape a également insisté sur «le principe de la responsabilité de protéger», selon lequel «tout Etat a le devoir primordial de protéger sa population contre les violations graves et répétées des droits de l’homme, de même que des conséquences de crises humanitaires liées à des causes naturelles ou provoquées par l’action de l’homme». Soulignant l’importance que la communauté internationale pallie l’incapacité de certains Etats à «assurer une telle protection», le pape a assuré que son action (.) ne devrait jamais être interprétée comme «une coercition injustifiée ou comme une limitation de la souveraineté». «A l’inverse, c’est l’indifférence ou la non-intervention qui causent de réels dommages», a-t-il précisé.

Le pape a enfin mis en garde contre «la manière dont les résultats de la recherche scientifique et des avancées technologiques ont parfois été utilisés», dénonçant une «violation évidente de l’ordre de la création». Le pape a alors invité à «adopter une méthode scientifique qui soit véritablement respectueuse des impératifs éthiques».

Avant de prendre congé, le pape a adressé ses voeux en 6 langues aux nations représentées. «Paix et prospérité, avec l’aide de Dieu !», leur a-t-il lancé en anglais, en français, en espagnol, en arabe, en chinois et en russe.

A son arrivée, le pape avait été accueilli par le secrétaire général de l’ONU, le Sud-coréen Ban Ki-moon, avec qui il s’était entretenu en privé au 38e étage du Palais de verre, avant de saluer quelques-uns de ses collaborateurs et de se rendre dans la salle de l’Assemblée générale pour y prononcer son discours. Un grand silence a d’abord accueilli le pape suivi d’un tonnerre d’applaudissements alors que les représentants des 192 Etats membres de l’ONU se tenaient tous debout.

Après avoir prononcé son discours, le pape devait s’entretenir en privé avec le président de la 62e session de l’Assemblée générale, le Macédonien Srgjan Kerim, puis avec l’actuel président du Conseil de sécurité, le Sud-africain Kumalo Dumisani.

Benoît XVI devait ensuite s’adresser au personnel de l’organisation avant de visiter la ’meditation room’, un lieu de culte du «Dieu que l’homme adore sous de nombreux noms et de multiples formes». (apic/imedia/ami/ms/bb)

20 avril 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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