Des voix catholiques pour le départ de l’archevêque de Managua

Nicaragua: La hiérarchie catholique se confronte au gouvernement d’Enrique Bolanos

Managua, 23 juin 2004 (Apic) La hiérarchie catholique au Nicaragua a choisi la confrontation avec le président libéral Enrique Bolanos, engagé dans la lutte contre la corruption. Elle accuse son gouvernement d’opprimer l’Eglise. Dans un climat de corruption avérée, le cardinal a pris fait et cause pour l’ex-président Arnoldo Aleman, condamné à vingt ans de prison pour avoir détourné et blanchi près de 100 millions de dollars.

Des voix catholiques, certaines appartenant même au propre camp conservateur du cardinal Miguel Obando y Bravo, demandent son départ. Malgré ses 78 ans, l’archevêque controversé de Managua est toujours en place. Mais le cardinal Obando et son entourage répliquent. Ils ont renouvelé leur accusation contre le gouvernement nicaraguayen – lancée il y a deux ans déjà – de manoeuvrer en coulisses pour le faire partir. Ils l’ont accusé d’avoir envoyé des délégués à Rome pour que le pape Jean Paul II accepte, avec effet immédiat, la renonciation canonique pour raison d’âge de l’archevêque de Managua.

Divers milieux au Nicaragua, au sein de l’Eglise et à l’extérieur, soulignent que la hiérarchie ecclésiale nicaraguayenne a bénéficié d’avantages matériels sous le régime corrompu du président Arnoldo Aleman, qui tirait pour sa part profit du prestige de l’Eglise au sein de la population.

Censure «pire que sous la dictature somoziste ou le régime sandiniste»

De son côté, l’évêque auxiliaire de Managua, Mgr Jorge Solorzano, dénonçant les «pressions» du gouvernement actuel sur l’Eglise catholique nicaraguayenne, a déclaré publiquement qu’elle n’avait jamais auparavant souffert d’une telle censure, «même de la part de la dictature somoziste ou du régime sandiniste». Mgr Solorzano affirme également que le gouvernement utilise l’arme économique – suppression des annonces publicitaires officielles pour les récalcitrants – contre les médias locaux écrits ou audiovisuels pour les censurer et les empêcher de publier des informations sur les oeuvres que réalise l’Eglise dans le pays.

L’évêque d’Esteli, Mgr Juan Abelardo Mata Guevara, secrétaire de la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), a quant à lui accusé le gouvernement libéral, allié de Washington, de conduire les Nicaraguayens au sous-développement et au retard culturel. L’ignorance et la marginalisation de l’Eglise de la part du gouvernement nicaraguayen «constitue une forme d’attaque sans violence», déclarait-il récemment.

Même le journal de droite «La Prensa» critique la hiérarchie

Le journal de droite «La Prensa», qui a milité avec persévérance contre les sandinistes et appuyé sans état d’âme le cardinal Obando y Bravo, se demande dans son éditorial du 22 juin s’il s’agit dans ce cas d’»évangélisation ou de politique». Dans son article, Maria José Zamora rappelle la situation peu enviable de l’Eglise catholique sous les sandinistes. Il s’interroge sur ce que veut vraiment la hiérarchie, tout en dénonçant les «pharisiens, les loups dans la peau de l’agneau et les sépulcres blanchis». Et de déplorer que ce soit la hiérarchie elle-même qui «fomente la division et/ou la désertion de tant de catholiques, en abandonnant sa mission évangélisatrice et en se consacrant davantage à diffuser sa position politique». Et de conclure: «Espérons que le Vatican n’abandonne pas le peuple du Nicaragua!»

Lundi dernier, le directeur de la Caritas du Nicaragua, le Père Eddy Antonio Rojas Rodriguez, a reproché au gouvernement Bolanos de créer des chicanes à la hiérarchie au passage de la douane et au service de migration.

Le Père Rojas accuse les autorités de vouloir reléguer l’Eglise dans la sacristie. Il relève que l’Eglise est «le plus vieux gouvernement existant dans le monde», et que le cardinal Miguel Obando y Bravo, avec sa «vaste expérience», est en mesure d’orienter quelquel gouvernement qu’il soit. «Nous sommes au milieu des loups, et nous savons que beaucoup se vêtissent de peau de brebis, mais ce sont des loups voraces, alors l’Eglise les distingue parfaitement, parce qu’elle est assistée par l’Esprit Saint».

La polémique a éclaté quand les gardiens de la prison où est détenu l’ex-président fraudeur Arnoldo Aleman ont refusé – en application du règlement carcéral – l’entrée à un inconnu (il s’agissait d’un prêtre) accompagnant le cardinal Obando venu faire une «visite de charité» à son ami. Dans l’entourage du cardinal Obando, on dénonce aussi les problèmes rencontrés par l’archevêque de Managua auprès des autorités du service de migration, qui l’ont empêché de sortir du pays pour des problèmes de visa.

Mgr Solorzano affirme que les autorités empêchent ainsi l’Eglise d’accomplir sa mission. Dans le même temps, la Conférence épiscopale du Nicaragua s’est solidarisée dans un communiqué avec le cardinal Obando en dénonçant les tentatives de discréditer l’image de l’Eglise catholique en «manipulant la vérité».

Dimanche 20 juin, dans le contexte des polémiques entre l’Eglise et l’Etat qui agitent le pays, l’archevêque de Managua a célébré une messe à la cathédrale métropolitaine «pour la réconciliation et la paix au Nicaragua». La célébration faisait suite aux excuses présentées par les responsables du gouvernement de Managua, dont les ministres Julio Vega et Eduardo Montealegre. (apic/aci/laprensa/be)

23 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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