Catholiques et protestants craignent une islamisation

Niger: Après l’amendement du projet de constitution

Niamey, 17 juin 1999 (APIC) Niger: Après l’amendement du projet de constitution du Niger. La religion, celle de l’islam, majoritaire dans le pays, apparaît de plus en plus comme un élément de conquête ou de conservation du pouvoir. Les craintes sont fondées, surtout après l’amendement du projet de Constitution. L’histoire politique du Niger de ces neuf dernières années a été marquée par une instabilité sans précédent. La forme de conquête la plus classique et la plus violente est celle des militaires. Ceux-ci totalisent trois irruptions sur la scène politique: 1974, 1996 et 1999.

Arès l’amendement du projet de Constitution, la communauté chrétienne du Niger émet des réserves sur des modifications pouvant remettre en cause la laïcité de l’Etat. Dans un document, les Eglises catholique et protestante entendent prévenir les autorités et l’opinion contre les dangers de telles modifications qui consacreront, à leurs yeux, le contrôle du pouvoir par la religion dominante – l’islam – au détriment des minorités religieuses du pays.

Les réserves chrétiennes portent sur deux nouvelles dispositions: la création d’un conseil aux affaires religieuses et la suppression de l’article 128 du projet de constitution, qui stipule notamment que «la forme républicaine de l’Etat, le caractère unitaire de l’Etat, le principe de la séparation de l’Etat et de la religion, le multipartisme (…) ne peuvent faire l’objet d’aucune révision». Les Eglises catholique et protestante ont défini leur position dans un texte qui sera remis à la presse dans les prochains jours. Des démarches sont aussi entreprises pour rencontrer le chef de l’Etat.

Les modifications actuelles, si elles sont maintenues, constituent une remise en cause la laïcité de l’Etat en «contradiction flagrante» avec certaines dispositions de la Constitution, font remarquer les chrétiens. En effet, les articles 4, 9 et 23 consacrent la séparation de l’Etat et de la religion, la liberté d’opinion, de culte et de religion à chaque citoyen et interdit la création d’un parti sur des bases confessionnelles. Le conseil aux affaires religieuses ne présente pas de garanties aux yeux de la communauté chrétienne. «Il s’agit en réalité d’un conseil islamique qui deviendra le cheval de Troie d’un futur parti religieux», estiment-ils. Et «les minorités religieuses ont tout à craindre d’une telle institution où elles sont assurées de ne pas avoir voix au chapitre». La communauté chrétienne met en garde les autorités contre «le danger de voir le pays s’avancer vers l’exclusion, l’intolérance et le non-respect des droits des minorités».

Prendre en compte les droits des minorités

La réaction des chrétiens intervient après la fin des travaux du Conseil consultatif national, une structure créée par les autorités pour palier le vide constitutionnel né au lendemain du putsch du 9 avril qui a entraîné la mort du président Baré. Ce conseil, qui comprend 106 membres issus de toutes les couches sociales et politiques – dont tous les anciens hauts responsables politiques, judiciaires du pays – a un rôle consultatif. Sa tâche est d’examiner et d’amender tous les textes de loi et de faire des propositions aux militaires sur la conduite de la transition. Les Eglises catholique et protestante sont représentées au sein du parlement de transition, avec un siège chacune.

Les représentants des chrétiens ont déploré l’attitude de leurs collègues des associations islamiques qui ont proféré des «menaces ouvertes». Aussi ont-ils dénoncé le vote à mains levées ayant sanctionné les débats sur la création du conseil aux affaires religieuses, procédure qui a placé les deux représentants des chrétiens devant le fait accompli.

Après avoir rejeté la création du conseil aux affaires religieuses, Mgr Guy Romano, évêque de Niamey, s’est insurgé contre le principe du vote: «C’est extrêmement dangereux de décider en fonction du nombre. Les minorités ne se défendent pas aux voix. Elles ont des droits reconnus par la Charte des Nations Unies. «Pour l’instant, le Conseil de réconciliation nationale, instance militaire qui dirige le pays depuis les événements d’avril, constitue l’unique recours des chrétiens avant l’adoption de la constitution par voie référendaire le 11 juillet prochain.

La culture des coups d’Etat

L’histoire politique du Niger de ces neuf dernières années a été marquée par une instabilité sans précédent. La forme de conquête la plus classique et la plus violente est celle des militaires. Ceux-ci totalisent trois irruptions sur la scène politique: 1974, 1996 et 1999. Les civils, syndicalistes et universitaires notamment, font parler d’eux. Le forum populaire de 1991 leur a permis de mettre fin à seize ans de règne militaire. La religion, l’islam principalement, apparaît de plus en plus comme un élément de conquête ou de conservation du pouvoir. Les révisions de la constitution en 1991, 1996 puis 1999, où les islamiques ont remis en cause de la laïcité de l’Etat, en sont de parfaites illustrations.

Situé au sud du Sahara, le Niger est l’un des pays les plus islamisés de l’Afrique noire. D’après les statiques officielles, 98,7% des 9 millions de Nigériens confessent leur foi à l’islam. Pourtant, le Niger connaît un islam traditionnel tolérant et peut être cité en modèle de cohabitation religieuse pacifique sur le continent. L’instauration du pluralisme politique à partir de 1992 a favorisé la naissance de plusieurs courants religieux, principalement les wahhabites, incarnant un islam radical, et les nyassistes (modérés) issus de la confrérie Tidjane. (apic/spp/pr)

17 juin 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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