Les raisons d’une indifférence

Niger: Crise alimentaire et famine: deux voix du front pour analyser la situation

Niamey, 26 juillet 2005 (Apic) Le Niger est un pays politiquement stable: pas de conflit ni de réfugiés provenant d’autres pays. De l’avis de Stéphanie Savario, porte-parole du Programme alimentaire mondial (Pam), c’est peut-être là l’un des motifs pour lequel il n’est pas en tête de liste des urgences considérées comme telles au niveau international».

Dans une interview accordée à l’Agence Misna à Niamey, Stéphanie Savario rappelle les raisons de cette crise alimentaire qui frappe le pays depuis l’automne dernier, à cause d’une invasion de criquets pèlerins, suivie de la sécheresse. Deux phénomènes qui mettent aujourd’hui en péril près de 3 millions de personnes, selon les estimations concordantes des organisations humanitaires qui travaillent sur le terrain.

Le Pam a mis en place un pont aérien entre Brindisi (Italie) et le Niger pour le transport des biens de première nécessité. D’ici la fin de la semaine, le Pam compte distribuer plus de 4’000 tonnes d’aides, dont des biscuits à haute teneur énergétique, destinées à 263’000 Nigériens qui présentent des symptômes de dénutrition avancée. «Notre objectif est d’assister au total 1,2 millions de personnes au moins jusqu’en septembre, en attendant les prochaines récoltes» poursuit la porte-parole du Pam, qui confirme l’absence de statistiques officielles sur le nombre de victimes de la crise. Parmi elles, un grand nombre d’enfants de moins de 4 ans.

Autre interlocuteur de Misna, Serge-Xavier Oga, porte-parole de Caritas-Niger, estime que «la particularité de cette urgence est qu’elle a touché la population rurale, qui vit déjà dans des conditions très précaires». Selon lui, les gens ont dû changer leurs habitudes alimentaires: de trois repas par jour, ils n’en consomment plus qu’un. Serge-Xavier Oga souligne les difficultés d’approvisionnement des aliments de base, tels que le manioc et le mil, «pratiquement introuvables, et à des prix exorbitants, alors que 63% des 12 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Prix doublés

Un exemple, avance-t-il: un demi kilo de «gari», farine de manioc non raffinée, coûtait environ 300 francs (45 centimes d’euros) avant la crise. Aujourd’hui, il coûte au moins 700 francs Cfa. Le représentant de la Caritas souligne que le pays manque d’une politique agraire efficace: «Nous avons besoin de réserves toujours pleines parce que la faim est chronique, et malgré les bonnes récoltes de 2003-2004, nous sommes contraints de demander de l’aide à la communauté internationale».

La période actuelle est celle des semailles, «mais les semences sont en petites quantités et la pluie est insuffisante, sans compter que seul un tiers de la superficie du pays est cultivable». «Nous ne saurons peut-être jamais combien de victimes fait cette crise, les communications sont difficiles, les centres sanitaires sont souvent éloignés des zones habitées et il y en a peu. Les régions dont on parle le plus, parce qu’il est un peu plus facile d’avoir des informations et où se concentrent les activités des ONG nationales et internationales, sont Mardi et Zinder, les zones les plus peuplées et traditionnellement agricoles, où l’incidence de la famine est plus forte. Mais nous savons aussi qu’au nord, parmi des groupes moins représentatifs de la population, comme par exemple les Touareg, on souffre également de la famine». (apic/misna/pr)

26 juillet 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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