Un projet de loi déposé au Parlement

Niger: Le gouvernement du Niger interdit l’excision

Niamey, 16 août 2001 (APIC) Le gouvernement du Niger considère l’excision – une mutilation des fillettes particulièrement atroce – comme un crime. Un projet de loi de réforme du code pénal a été déposé au Parlement. Les dirigeants nigériens veulent introduire une disposition qui réprime sévèrement les mutilations sexuelles féminines, une pratique très répandue dans le pays depuis plusieurs millénaires.

L’infibulation est un acte «inhumain» et «entrave l’épanouissement des jeunes filles», a déclaré Ali Sirfi Maïga, ministre de la Justice du Niger, en commentant le projet de loi gouvernemental. Le Comité nigérien contre les pratiques traditionnelles (CONIPRAT), une organisation non gouvernementale locale qui lutte depuis plusieurs années en faveur de l’interdiction de l’excision, a salué la décision gouvernementale, tout en espérant que le Parlement adoptera le projet de loi.

Selon le CONIPRAT, les exciseuses sont des femmes âgées de 45 à 70 ans, qui gagnent par ces pratiques d’importants revenus, soit en argent, soit en nature, tels que poulets, chèvres. L’excision a plusieurs significations au Niger dont les musulmans représentent près de 98% de la population.

Dans certaines ethnies, l’excision est une forme d’hygiène corporelle. Pour d’autres, l’ablation du clitoris garantit la fidélité de la fille car elle réduit le désir sexuel. Dans toutes ces familles, les filles non excisées et leurs parents sont marginalisés par leurs voisins et clans. Ce traitement inhumain est infligé bon an mal an à quelque deux millions de fillettes ou de jeunes filles, dont 75 % en Egypte, en Ethiopie, au Kenya, au Nigeria, en Somalie et au Soudan, rapporte l’UNICEF. A Djibouti et en Somalie, 98 % des filles sont mutilées.

Aucune religion n’impose l’excision

L’UNICEF rappelle qu’une telle intervention entraîne, outre la peur et la douleur immédiates, des conséquences qui peuvent être graves: hémorragie prolongée, infection, stérilité, voire le décès. Dans la forme la plus extrême, l’excision avec infibulation, où après l’ablation totale des parties génitales externes, les deux côtés de la vulve sont recousus ensemble, le traumatisme est répété à chaque naissance, quand on coupe à nouveau pour permettre le passage de l’enfant. Même dans ses formes moins poussées, l’excision accroît les dangers de l’accouchement. Aucune religion n’impose l’excision. C’est une tradition destinée à préserver la virginité, exigée par le futur mari, et à supprimer la sexualité.

L’excision, habituellement pratiquée sur des fillettes de 4 à 12 ans, est l’une des pires violations de la Convention relative aux droits de l’enfant. Dans les années 90, groupes féminins, organisations pour les droits de l’homme, comités de protection de l’enfance et groupements professionnels ont exercé des pressions croissantes pour l’abolition de l’excision. Des mesures ont également été prises dans différents pays industrialisés où se trouvent des communautés importantes d’Africains immigrés ou réfugiés, comme par ex. l’Australie, la Norvège, le Royaume-Uni, la Suède, qui ont adopté des lois contre l’excision. (apic/ibc/unicef/mk/be)

16 août 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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