Les réfugiées de la charia

Nigeria: Asile à Chypre pour une musulmane nigériane enceinte sans être mariée

Nicosie/Lagos, 23 août (2002) Atanda Fatimo, une étudiante en informatique nigériane enceinte sans être mariée, risque de devenir la première «réfugiée de la charia» en provenance du Nigeria. Au lendemain du verdict d’un tribunal musulman nigérian condamnant à la lapidation pour adultère la jeune Amina Lawal, les autorités de Chypre ont déclaré que la jeune fille de 21 ans, enceinte de 7 mois, pourrait rester dans le pays.

«Nous n’allons pas renvoyer cette jeune fille, compte tenu de son état et des risques éventuels qu’elle court dans son pays», a déclaré à l’agence Reuters le ministre chypriote de l’Intérieur Andreas Panayiotou. Atanda Fatimo se verra garantir l’asile suite à une campagne d’organisations des droits de l’homme qui ont attiré l’attention des autorités sur le cas d’Amina Lawal au Nigeria.

Le ministre de la Justice du Nigeria a lui aussi pris ses distances avec la récente condamnation à mort par lapidation d’Amina Lawal, 30 ans, reconnue coupable d’adultère en vertu de la charia, la loi coranique. Le Garde des Sceaux nigérian Kanu Agabi a déclaré jeudi à la presse internationale qu’il était totalement opposé au verdict du tribunal islamique de Funtua, dans l’Etat de Katsina, qui a rejeté lundi l’appel d’Amina Lawal.

Tensions interreligieuses programmées

Dans un premier temps, Kanu Agabi a préféré ne pas faire de commentaires, probablement pour éviter de susciter de vives réactions politiques. Il a ensuite affirmé que des punitions telles que celle infligée à Amina violaient la Constitution fédérale du Nigeria. La sentence contre Amina a été confirmée lundi 19 août par la Cour d’Appel du tribunal islamique de Funtua.

L’intervention du ministre nigérian représentent une première prise de position nette d’un représentant de l’exécutif nigérian sur ce verdict. Bien que le gouvernement central nigérian ait ouvertement reconnu l’incompatibilité de la charia avec la Constitution fédérale du pays, le président Olusegun Obasanjo n’a jamais voulu intervenir fermement contre les Etats qui l’appliquent, se limitant à leur demander une modération. La charia prévoit le fouet pour les délits mineurs, mais l’amputation de la main pour les voleurs et la lapidation pour l’adultère.

Le gouvernement nigérian a annoncé qu’il allait assister les avocats d’Amina dans la procédure de recours qui pourrait se terminer devant la Cour suprême d’Abuja, la capitale fédérale. La tension entre chrétiens et musulmans, qui a déjà fait des milliers de morts depuis l’introduction de la charia dans 12 Etats du Nord majoritairement musulmans, risque de s’aggraver avec le verdict final de cette affaire. Dans le but de réduire les tensions interreligieuses, des responsables chrétiens et musulmans de l’Etat de Kaduna ont signé une déclaration de paix entre les deux communautés. Ils ont promis de tout mettre en oeuvre afin qu’aucune des deux religions n’encourage la violence.

Mais les groupes militants islamiques ne sont pas prêts à reculer et veulent imposer la charia coûte que coûte. Jeudi, les islamistes du mouvement «Jamatu Nasril» ont déclaré qu’»un milliard d’yeux du monde entier ne peuvent pas nous forcer à abandonner notre religion et à larguer par dessus bord notre foi telle qu’elle est dictée par la charia». (apic/bbc/misna/be)

23 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!