Nigéria : Jean-Paul II critique directement le régime du général Sani Abacha

«La clé pour résoudre les conflits, c’est la justice ”

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

Onitsha, 22 mars 1998 (APIC) Sous une chaleur de plomb, malgré le ciel voilé, Jean Paul II s’est livré dimanche à Onitsha, au sud du Nigéria, II, à une dénonciation sans précédent du régime du général Sani Abacha. S’adressant à une foule compacte de plus d’un million de personnes le pape a insisté sur la dignité de la personne humaine et sur le respect des droits de l’homme en appelant à la réconciliation nationale pour le Nigéria.

Dans la soirée, lors d’une rencontre avec les responsables musulmans, il devait lancer un appel à dimension africaine pour la collaboration entre chrétiens et musulmans.

«Tous les Nigérians a demandé Jean-Paul II doivent travailler pour libérer la société de tout ce qui offense la dignité de l’homme et viole les droits de l’homme.» Très concrètement, ajoute le pape, cela signifie «réconcilier la diversité, dépasser les rivalités ethniques et insuffler l’honnêteté, l’efficacité et la compétence dans l’art de gouverner.»

Abrité sous un vaste auvent en forme de case africaine recouvert de chaume, décoré de fanions jaunes et blancs et de simples ballons de baudruche, Jean Paul s’est adressé en anglais à la foule accablée d’une chaleur très humide, massée au pied d’un haut talus servant d’estrade naturelle. Les prélats entourant le pape à l’autel portaient tous la même chasuble violette avec l’image du continent africain et le portait du nouveau bienheureux. Visiblement éprouvé par la température, malgré la série de grands ventilateurs placés derrière l’autel, Jean Paul II a accueilli avec joie les applaudissements de la foule, les chants et les danses africaines.

Réconciliation ne signifie pas faiblesse ni lâcheté

Prenant acte de la transition politique promise avec des élections démocratiques prévues en août prochain le pape a dressé la liste des qualités requises pour les responsables politiques, hommes ou femmes : ” ils aiment profondément leur peuple et désirent le servir plutôt que d’être servi» Sans nommer le régime autoproclamé actuel, Jean-Paul II l’a implicitement critiqué : «Il ne peut pas y avoir de place pour l’intimidation et l’oppression des pauvres et des faibles, pour l’exclusion arbitraire des individus et des groupes de la vie politique, pour l’usage erroné de l’autorité et pour l’abus de pouvoir».

Se référant à l’exemple du père Tansi, prêtre nigérian mort en 1964 qu’il a béatifié lors de la messe célébrée en anglais et dans diverses langue locales débordante de couleur africaine et d’enthousiasme, Jean-Paul II a proposé une voie nouvelle pour le Nigéria : ” En fait, la clef pour résoudre les conflits économiques, politiques, culturels et idéologiques, c’est la justice. Et la justice n’est pas complète sans l’amour pour le prochain, sans une attitude de service humble et courageuse.»

En conclusion de son homélie, le pape a donné une interprétation très actuelle au récit de l’Evangile de «l’enfant prodigue» lu quelque instants plus tôt en langue locale. «Quand nous considérerons les autres comme des frères, alors il sera possible de donner le départ à un processus d’apaisement des divisions à l’intérieur de la société et entre les groupes ethniques. Cette réconciliation est la voie qui conduit à la vraie paix et au progrès authentique du Niger et de l’Afrique. Cette réconciliation n’est pas une voie de faiblesse ou de lâcheté. Au contraire, elle exige du courage et parfois de l’héroïsme. C’est une victoire sur soi-même plutôt qu’une victoire sur les autres. Jamais elle ne devrait être considérée comme un déshonneur. Il s’agit plutôt de l’art patient et sage de la paix.»

Les catholiques doivent être des témoins efficaces

Au premier rang des acteurs de cette réconciliation figurent «les catholiques du Nigéria qui doivent être d’authentiques et efficaces témoins de la foi dans tous les aspects de la vie, tant au niveau public que sur le plan privé». «Quand nous parlons d’un monde réconcilié, ajoute le pape, nous ne parlons pas seulement des individus, mais aussi de toutes les communautés : familles, clans, tribus, nations et Etats.»

Pour illustrer sa pensée, Jean-Paul II a eu largement recourt à l’exemple de la vie du Père Tansi qu’il béatifiait. Ce prêtre nigérian mort en 1964 comme moine trappiste en Angleterre alors qu’il s’apprêtait à rentrer dans son pays pour y fonder un monastère, avait durant toute sa vie de pasteur, comme prêtre de paroisse au Nigeria, donné un exemple hors du commun. Très en avance dans le combat pour la formation et l’éducation des femmes africaines, il s’est aussi beaucoup battu pour l’éducation des jeunes et la formation des jeunes couples. Il insistait énormément sur le sacrement de la réconciliation. Parmi les concélébrants on a surtout remarqué la présence du cardinal nigérian Francis Arinze, aujourd’hui président du Conseil pour le dialogue interreligieux et autrefois élève du nouveau bienheureux. (apic/jmg/mp)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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