Nécessité de créer et de développer le dialogue inter-religieux

Nigeria: L’instauration de la loi islamique viole la Constitution, estime Mgr Onaiyekan

Dakar, 9 août 2001 (APIC) Venu à Dakar pour prendre part au 10ème Congrès de l’Association Panafricaine des Exégètes Catholiques (APECA), tenu du 25 au 31 juillet, Mgr John Onaiyekan, archevêque d’Abuja, Capitale fédérale du Nigeria, et président de la Conférence épiscopale donne son avis sur les relations, parfois difficiles, entre chrétiens et musulmans dans son pays. L’instauration de la loi islamique viole la Constitution du Nigeria, estime-t-il, dans un entretien accordé à l’Agence vaticane Fides. Il souligne cependant la nécessité, pour la communauté chrétienne du Nigeria, de créer et de développer le dialogue inter-religieux dans ce pays le plus peuplé d’Afrique.

Mgr John Onaiyekan: Au Nigeria, la population a atteint maintenant la barre des 120 millions d’habitants; 25% des Nigérians sont catholiques. Mais, entre chrétiens et musulmans, il y a pour ainsi dire une égalité de nombre 50% / 50%. La situation religieuse pose parfois des problèmes au Nigeria, parce que les relations entre les deux plus grandes confessions religieuses sont souvent difficiles.

Q.: A quoi cela est-il dû?

Mgr John Onaiyekan: Je suis convaincu que toutes ces difficultés sont dues à des considérations politiques, sociales et économiques. Ce sont les hommes politiques qui essaient de jouer avec les sentiments religieux, pour des raisons politiques évidentes. Malheureusement, il est très facile de manipuler les gens, surtout ceux qui sont dans les villages, et qui ne comprennent pas bien. Il y a aussi le problème des fanatiques et des extrémistes. Ce sont des gens qui ont fait leurs études en Iran avec les Ayatollahs, ceux qui ont bénéficié de bourses d’études en Libye ou à Al-Azhar en Egypte (ndlar l’Arabie Saoudite accueille nombre de ces «étudiants»). Quand ils rentrent au Nigeria, ils se présentent comme des missionnaires de l’islam. Ils cherchent alors à changer les choses, et veulent instaurer une société islamique sans laquelle, pensent-ils, il y aurait des problèmes. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont actifs. Il faut aussi reconnaître que des chrétiens ont parfois un langage dur à l’égard de l’islam. Eux aussi causent des problèmes. Mais, dans la grande majorité des cas, les Nigérians vivent sans problèmes les uns avec les autres. Je suis archevêque d’Abuja, ce qui n’empêche pas que dans ma famille, j’ai des cousins et des proches qui sont musulmans. Et nous vivons ensemble sans difficulté.

Q.: Face à la montée de l’intégrisme religieux, que fait la Conférence épiscopale du Nigeria?

Mgr John Onaiyekan: Nous avons des démarches à différents niveaux. Par exemple, il y a un petit groupe, le Conseil inter-religieux du Nigeria (»Nigeria inter religious Council»). Il comprend 25 chrétiens et 25 musulmans. Nous nous réunissons de temps en temps pour parler des grands problèmes de collaboration inter-religieuse dans notre pays, avec l’appui du gouvernement qui s’intéresse à cette question. En dehors de cela, chaque responsable religieux s’adresse à sa communauté, pour tenter de nouer et d’entretenir de bonnes relations. Pendant les fêtes musulmanes, j’envoie des lettres de félicitations aux responsables musulmans d’Abuja, et ils font la même chose à l’occasion des fêtes de Noël et de Pâques. Ce sont ces petits gestes qui peuvent avoir de grands effets. Nous nous connaissons très bien, et nous entendons continuer dans cette direction. Quand il y a des problèmes, les chefs religieux travaillent à les régler. Il nous arrive de réussir, il nous arrive aussi d’échouer.

Q.: Est-ce pour cela que vous êtes un fervent partisan du dialogue inter-religieux?

Mgr John Onaiyekan: Oui. Parce que l’engagement dans le dialogue inter-religieux est indispensable. C’est une nécessité de vie pour nous. La situation du Nigeria nous met dans une position de devoir contribuer de manière valable aux problèmes du dialogue entre les musulmans et les chrétiens. De nombreux pays dans le monde ont plus de chrétiens que chez nous au Nigeria. D’autres ont plus de musulmans que le mien. En revanche, je ne connais pas de pays où les chrétiens et les musulmans sont en nombre égal, comme au Nigeria. Ce n’est pas le cas, par exemple, au Sénégal, où il est clair que les musulmans sont beaucoup plus nombreux, les chrétiens ne représentant qu’une petite minorité. Chez nous, tout ce que nous pouvons faire pour vivre ensemble notre conviction religieuse respective, nous devons le faire. Nous devons montrer au monde entier comment musulmans et chrétiens peuvent vivre ensemble au Nigeria. Notre Pays doit donner l’exemple.

Q.: Dans le Nord du pays, des Etats ont adopté la «charia» comme législation. Comment la communauté chrétienne a-t-elle vécu cet état de fait?

Mgr John Onaiyekan: Nous autres chrétiens, nous avons déclaré que lorsqu’un Etat adoptait la «charia» comme loi officielle, cet Etat était officiellement Etat islamique. On nous répond que c’est seulement une loi qui est instaurée. La Constitution de l’Etat Fédéral interdit pourtant aux Etats membres de la Fédération de favoriser une religion au détriment des autres. Aujourd’hui, le débat se situe à ce niveau. Nous autres chrétiens, nous avons toujours déclaré que tous les Etats du pays qui avaient adopté la loi islamique étaient, de fait, dans l’illégalité, parce qu’ils avaient pris une direction contraire à la Constitution de l’Etat fédéral. Nous attendons que le gouvernement fédéral nous donne l’occasion de régler ces affaires en suspens, à l’occasion d’un Forum qui doit se tenir prochainement. C’est pour cela qu’il y a de nombreuses difficultés, parce que l’introduction de la «charia» comme loi fondamentale, représente un problème réel! Cela veut dire en effet que les chrétiens qui vivent dans ces Etats, se trouvent dans la situation d’étrangers, ou de citoyens de deuxième catégorie, dans leur propre pays! Pour nous, ce n’est pas admissible. Nous espérons que nous pourrons nous asseoir autour d’une même table pour discuter de ces questions. C’est ainsi que nous pourrons avoir des idées claires sur ces différentes questions. Et c’est ce que nous n’avons pas encore fait.

Q.: Dans combien de temps pensez-vous pouvoir le faire?

Mgr John Onaiyekan: J’espère que nous allons le faire bientôt; pour moi, en effet, c’est un enjeu politique qui n’a rien à voir avec la religion. Et, dans l’état actuel des choses, il n’est pas possible d’avoir une paix politique et religieuse stable au Nigeria, si l’on ne règle pas cette question de l’instauration de la «charia». (apic/fides/mk/pr)

9 août 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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