Nigeria: Le gouvernement fédéral s’oppose à la lapidation d’une femme

«Un jugement rude et primitif, indigne du Nigeria de 2001»

Lagos, 18 novembre 2001 (APIC) Le gouvernement fédéral du Nigeria s’est déclaré opposé à l’exécution d’une jeune femme jugée coupable d’adultère. Il a pris en main l’affaire de cette jeune fille enceinte condamnée à mort, il y a près d’un mois, par un tribunal islamique.

Un juge de droit musulman de Gwadabana (nord-ouest du Nigeria) a demandé le mois dernier l’application de la loi islamique contre Safya Tungar-Tudu âgée de trente-trois ans, après l’avoir reconnue coupable de relations sexuelles hors mariage.

La sentence doit encore être approuvée par le gouverneur de l’état de Sokoto. Au cas où celui-ci donnerait son feu vert, la jeune femme sera enterrée vivante dans un trou jusqu’au cou, et lapidée à coups de pierre jusqu’à la mort. «C’est un jugement rude et primitif», a déclaré Bola Ige, ministre fédéral de la Justice, soulignant que ce genre de verdict ne sera pas appliqué dans «le Nigeria de 2001». «Le gouvernement fédéral a pris l’affaire en main», a-t-il ajouté.

Jugement en appel

Safya a recouru contre le jugement. La cour d’appel statuera de nouveau sur le procès le 27 novembre prochain. Entre temps, la jeune femme a fui son village. Son compagnon n’a pas été condamné, faute de preuves. La charia ou loi islamique en vigueur dans l’état de Sokoto et dans une dizaine d’autres du Nigeria, est très contraignante en matière de jugement pour adultère. Elle fait obligation aux plaignants de présenter au moins trois personnes crédibles pouvant attester, preuves formelles à l’appui, du délit.

Depuis l’annonce du jugement, un vaste mouvement de solidarité a lieu autour de Mlle Tudu. Le gouvernement français et Danièle Mitterrand, veuve de l’ancien président François Mitterrand, ont appelé à la clémence. De nombreuses autres organisations de défense des droits de l’homme se mobilisent pour la tirer d’affaires. Pour ces organisations, la sentence prononcée contre Safya Tungra-Tudu est comme une «guerre à l’encontre de la constitution fédérale», de mai 1999. (apic/ibc/at)

18 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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