Calme précaire dans la ville: gouvernement accusé

Nigeria: Les humanitaires redoutent les conséquences des violences à Jos

Lagos, 4 décembre 2008 (Apic) Les travailleurs des organisations humanitaires redoutent les conséquences sanitaires et sociales des violents troubles politico-religieuses de la semaine dernière à Jos, au Nigeria. Plusieurs centaines de personnes sont mortes, et plus de 10’000 habitants de cette ville du Nord, ont trouvé refuge dans les mosquées, les églises et casernes locales de l’armée et de la police.

Selon l’agence de presse humanitaire de l’ONU, IRIN (réseau régional d’information intégrée), la Croix-Rouge nigériane soigne des blessés dans les camps et dans trois hôpitaux de la ville. Ces structures fonctionnent « bien au-delà de leurs capacités » sanitaires, indique Ishia Pam, directeur médical en chef du Centre hospitalier universitaire de Jos. «Nous manquons de matériel médical, et nous n’avons même pas assez de nourriture à donner aux patients, car nous en avons tellement», a-t-il assuré.

L’Agence nigériane de gestion des urgences (NEMA) distribue quant à elle des couvertures, des seaux, des bouilloires, des vivres et de l’eau aux familles déplacées.

«Dans une caserne de l’armée, deux mille personnes dorment à même le sol et ne disposent pas des installations les plus essentielles. La plupart des magasins sont fermés et le prix des vivres est en train de grimper en flèche », a déploré pour sa part, Francis Ayinzat, coordinateur de programme auprès de l’Organisation non-gouvernementale (ONG) Oxfam, à Jos. «Il pourrait bientôt ne plus y avoir d’eau, puisque « personne ne tient les stations de pompage», a-t-il poursuivi.

Témoignages

Ibrahim Yahaya, un habitant hébergé à la mosquée centrale de Jos, relate ces terrible moments: «Mma maison a été entièrement brûlée et mes deux enfants sont toujours portés disparus. Je ne peux pas les chercher parce qu’on m’a tiré une balle dans la jambe. Ma vie a été complètement bouleversée».

Jonathan Tawkek, un chrétien, s’est quant à lui réfugiée dans la caserne militaire de Rukba. «Heureusement, ma famille est saine et sauve, mais j’ai perdu tout ce que je possédais au cours de ces violences».

Sama Ila Abdullahi Mohammed, député de la région au parlement fédéral, a de son côté assuré que 444 corps avaient été enterrés jusqu’ici. Sur place, les observateurs estiment que le bilan pourrait être plus lourd.

Calme précaire

Selon les observateurs, un calme précaire s’est installé à Jos depuis lundi 1er décembre, en partie grâce au déploiement de trois mille soldats, venus des Etats voisins. Le président Umaru Yar’adua a donné ordre au chef de l’armée de déployer davantage de soldats. Sur place, les langues se délient, pour accuser le gouvernement nigérian et les dirigeants de l’Etat du plateau, de n’avoir pas su prévenir les affrontements. En raison des risques de violence, dit-on, ils auraient dû prendre davantage de mesures de protection pour éviter les troubles post-électoraux.

A noter enfin qu’une équipe de parlementaires est arrivée à Jos le 1er décembre pour former une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les massacres. (apic/ibc/pr)

4 décembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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