27 personnes tuées et des prêtres catholiques chassés

Nigeria: Les laissés pour compte s’affrontent pour la terre dans l’Etat de Nasarawa

Abuja, 5 juillet 2001 (APIC) Les affrontements se poursuivent dans l’Etat de Nasarawa, au centre du Nigeria: 27 personnes au moins ont été tuées dans les combats entre les groupes Azara et Tiv. La cause immédiate a été l’assassinat d’un chef local des Azara. En réalité, a expliqué à l’agence vaticane Fides Mgr John Olorunfemi Onaiyekan, archevêque d’Abuja, le conflit entre les deux groupes dure depuis longtemps.

Les Tiv se sont installés depuis deux générations dans l’Etat de Nasarawa pour cultiver la terre. Au début, ils ont été bien accueillis par les tribus locales, Azara et autres. Mais, ces derniers temps, avec la croissance démographique, les Tiv sont devenus majoritaires, et ils ont commencé à prendre les terres aux tribus locales. C’est ainsi qu’ont commencé les affrontements.

«L’assassinat du chef local n’a fait qu’accentuer les affrontements, déclare l’archevêque. Le conflit était latent au temps de la dictature militaire, mais la répression de toute forme de désaccord l’empêchait d’éclater. Avec l’arrivée de la démocratie, les rivalités entre groupes ethniques se sont réveillées. Et cela pour deux raisons: une liberté plus grande, qui permet aux extrémistes d’agir en plein jour, et le fait que les minorités craignent d’être écrasées lors des élections. Dans le cas de Nasarawa, la croissance démographique des Tiv peut leur permettre de gagner les élections locales. «

Une guerre plutôt économique

Le conflit n’est donc pas religieux, ce n’est pas un affrontement entre musulmans et chrétiens: c’est une guerre pour maintenir le contrôle des maigres ressources du territoire. «Le fait est que le gouvernement n’est pas parvenu à améliorer les conditions économiques de vie de la population. Aussi, les gens trouvent refuge dans l’ethnie, pour s’y assurer un minimum de subsistance. Il se crée ainsi une guerre entre gens pauvres… Quoi qu’il en soit, poursuit l’archevêque d’Abuja, on peut se demander qui souffle sur le feu. Il y a des forces qui alimentent ces violences pour des raisons qui ne sont encore claires».

Malgré l’intervention de l’armée qui a déployé ses hommes dans la région, la situation reste grave. «Les forces gouvernementales contrôlent les centres habités les plus importants, mais il est difficile d’empêcher les violences dans les centres plus petits et dans la savane, fait remarquer Mgr Onaiyekan. En outre, cette région est traversée par une route d’une importance capitale pour les liaisons entre le nord et l’est du pays. Elle a été interrompue, en entraînant de graves dommages économiques.

L’Eglise a été touchée par le conflit. De nombreux prêtres du Nasarawa sont des Tiv, et ils ont dû quitter cet Etat. «Il y a eu toutefois des actes de solidarité, déclare Mgr Onaiyekan. Un prêtre Tiv a été sauvé par ses paroissiens qui appartiennent à l’ethnie rivale». L’Eglise a lancé une médiation pour faire cesser les violences. (apic/cip/mk/pr)

5 juillet 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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