Augmenter la démocratie et renforcer le tissu social
Nigéria: Message final du pape au dernier jour de sa visite
Abuja, 23 mars 1998 (APIC) «Le respect de toute personne humaine, dans sa dignité, dans ses droits, doit toujours être le principe de base de vos efforts pour renforcer la démocratie et renforcer le tissu social». Tel est, en synthèse, le message final de Jean Paul II pour le Nigéria au terme d’un voyage de trois jours dans ce pays. Mais il appelle de manière toute spéciale, les Eglises chrétiennes de ce pays, à prendre leur part de responsabilité «dans la période de transition qui s’ouvre, afin d’éviter tout débordement de violence».
Cette phrase, il l’a prononcée lors de l’homélie de la messe dans la capitale Abuja où 700’000 personnes l’écoutaient. Malgré une chaleur de 38°, le pape, 78 ans en mai prochain, aura fait preuve d’une résistance étonnante pendant cette cérémonie de trois heures comme d’ailleurs pendant tout ce voyage aux conditions climatiques équatoriales particulièrement harassantes. Le pape a pris son avion mercredi après-midi à 16h:45 pour une arrivée prévue à Rome à 22:00 heures.
Outre la cérémonie d’adieu à l’aéroport, le pape a déjeuné avec les évêques du Nigéria à qui il a remis un long message destiné plus particulièrement à l’Eglise catholique du pays. Il leur demande de jouer un rôle d’unité et de pacification au sein d’une société multiethnique et multireligieuse. Revêtu de superbes vêtements liturgiques africains, Jean Paul II a visiblement apprécié les différentes danses extrêmement lentes et harmonieuses exécutées par différents groupes de jeunes africaines à plusieurs moments de la messe.
400 ethnies
Une diversité que le pape a pris en compte, en nommant les sept plus importantes éthnies de ce pays qui en compte plus de 400 (et 260 langues),»les Hausa, les Yoruba, les Igbo, les Efik, les Tiv, les Edo, et les Gwari. Il s’agit, explique Jean Paul II, de construire une «maison spirituelle» où chacun, dans sa diversité, se sente autant chez lui que dans son éthnie d’appartenance. Pour illustrer sa pensée, le pape a rappelé l’exemple du Père Tansi, prêtre nigérian qu’il a béatifié la veille, et qui, «sans perdre sa lignée ancestrale l’a transcendé pour devenir un membre de la maison de Dieu».
Jean Paul II a ensuite demandé à ses auditeurs de répondre avec compassion à ceux qui sont dans le besoin: les pauvres, les malades, les personnes âgées, les réfugiés, les hommes, les femmes et les enfants touchés par le sida qui continue à faire de nombreuses victimes sur ce continent et dans le monde entier. L’Eglise enseigne à chacun le respect pour chaque personne et pour toute vie humaine.
Droits fondamentaux inaliénables
En effet, continue le pape, il existe «des droits de l’homme fondamentaux dont personne ne peut être légitimement privé: Un principe de base qui doit renforcer la démocratie et renforcer le tissu social de votre pays. Pour la construction d’un Nigéria nouveau et meilleur.» Et le pape de lancer: «Faites que cet esprit soit l’authentique climat de votre vie nationale. Que ce temps de transition soit un temps de liberté, de pardon, d’union et de solidarité.»
De nombreux séminaristes
Le Nigéria est l’une des plus grandes Eglises d’Afrique, a poursuivi le pape. Les vocations sacerdotales et religieuses comme le nombre des fidèles augmentent. Il y a plus de 3’000 séminaristes et les évêques pensent construire de nouveaux séminaires. Attention toutefois, prévient Jean Paul II, à la «sélection» des candidats au sacerdoce. De même, les prêtres doivent recevoir une «très profonde formation spirituelle» et ils doivent refléter «un esprit de profonde pauvreté évangélique et de détachement des biens et attitudes du monde. Le signe du célibat doit être gardé avec soin, et toute attitude qui conduirait au scandale, doit être soigneusement évitée et si nécessaire, corrigée.»
Jean Paul II a insisté sur la pastorale d’unité que doit conduire l’Eglise du Nigéria pour être «vraiment nationale»: «Les difféérences ethniques doivent être dirigées avec harmonie vers un esprit de collaboration et de communion ecclésiale authentique». Le pape a aussi encouragé les évêques à envoyer des missionnaires hors du Nigéria.
Il ne faut pas non plus oublier les jeunes nigérianes, souvent happées par la prostitution, «victimes d’exploiteurs sans scrupules qui les contraignent à des formes d’esclavages particulièrement dégradantes, avec des conséquences tragiques et dévastatrices.»
Les évêques doivent aussi soutenir le dialogue interreligieux, y compris avec les religions traditionnelles. Le pape a conclu en insistant une nouvelle fois sur ce qui sera la dominante de ce voyage au Nigéria: le combat pour les droits de l’homme et l’engagement des chrétiens en ce domaine capital pour la crédibilité de la foi chrétienne. (apic/imed/ba)



