Forte mobilisation pour éviter la lapidation de l’accusée d’adultère

Nigeria: Safiya Hussaini devant la cour d’appel islamique de Sokoto

Varsovie/Lagos, 18 mars 2002 (APIC) La Nigériane Safiya Hussaini Tungar- Tudu, accusée d’adultère et condamnée par un tribunal islamique, l’automne dernier, à être lapidée à mort, est apparue lundi 18 mars devant la cour d’appel de la charia de Sokoto, dans un des Etats du Nigeria qui ont adopté la loi islamique.

A la veille du procès en appel, les chefs d’Etats européens réunis à Barcelone ont fait part samedi de leur «profonde préoccupation» concernant le sort de la jeune condamnée à mort. La pression monte pour que le gouvernement fédéral nigérian intervienne. Un groupe de 77 parlementaires européens et de nombreuses associations de défense des droits de l’homme à travers le monde ont également sollicité l’intervention du président nigérian Olusegun Obasanjo, qui est par ailleurs un chrétien pratiquant. L’Etat fédéral, cependant, hésite à intervenir dans les affaires de la justice, pour ne pas brusquer la douzaine d’Etats à majorité musulmane du Nord du Nigeria qui ont introduit la loi islamique.

La jeune femme, âgée de 35 ans, a admis devant la cour avoir eu un enfant plusieurs années après son divorce, mais affirme que l’enfant est de son ex-mari. Au départ, elle avait affirmé que le père de sa fille Adama, âgée d’un an, était un homme de son village qui l’avait violée, puis s’est rétractée. Il s’agit du premier cas de condamnation à la lapidation dans un Etat qui a imposé la charia, la loi islamique, dans le Nord du Nigeria à prédominance musulmane.

Le président polonais plaide la clémence

De son côté, le président polonais Aleksander Kwasniewski, est lui aussi intervenu auprès de son homologue nigérian, Olusegun Obasanjo, pour demander la clémence de Safiya Hussaini. Dans un appel au chef de l’Etat nigérian, A. Kwasniewski lui demande d’accorder la clémence à la condamnée à mort. «Que la Constitution nigériane, qui garantit le droit à la vie à chaque être humain, la protège. Que la Convention des droits de l’enfant empêche ses enfants de devenir orphelins», écrit le président polonais dans sa missive.

Safiya Hussaini a été jugée conformément à la loi islamique en vigueur dans 12 des 36 Etats qui constituent la Fédération du Nigeria. Son exécution avait été initialement prévue pour le 12 janvier dernier. Elle a été reportée à la suite d’une vaste mobilisation internationale en sa faveur. A la veille de la reprise du procès, elle s’est déclarée confiante quant à l’issue du jugement. «Je m’attends à obtenir que justice soit faite», a-t-elle confié à la presse.

L’homme qu’elle avait accusé de l’avoir violée est, selon elle, est son ex-mari, Yusuf Ibrahim. «Quand tout sera terminé, je vais me remarier avec lui. Il me l’a demandé et j’ai accepté», a-t-elle souligné. Le magistrat qui avait jugé et condamné Safiya a renvoyé le procès en appel en janvier dernier du fait, avait-il fait remarquer, qu’elle était revenue sur ses premières déclarations. L’islam, au nom duquel le tribunal a tranché, reconnaît à une personne accusée le droit de revenir, devant le tribunal, sur des déclarations faites auparavant, si elle a été forcée.

Dans la défense de sa cliente, l’avocat Abdulkadir Imam Ibrahim, a soutenu que le père d’Adama était le dernier mari de sa cliente, dont elle avait divorcé en 1999. Dans ce cas de figure, la charia prévoit qu’elle ne peut pas être jugée coupable d’adultère, puisqu’elle a donné naissance à un enfant dont le père est son ex-mari. Le délai peut aller jusqu’à sept ans après la dissolution du mariage.

Les observateurs sont relativement optimistes sur l’issue du procès en appel, car en janvier dernier, une Nigériane de 18 ans jugée pour adultère, crime passible de la lapidation au regard de la charia, a été acquittée par un tribunal islamique également dans l’Etat septentrional de Sokoto. Le tribunal avait estimé que les preuves étaient insuffisantes pour justifier la condamnation de la jeune Hafsatu Abubakar.

Selon son avocat, le verdict apporte une lueur d’espoir pour Safiya Hussaini, qui est mère de six enfants. Ibrahim représente également Safiya Hussaini. «Cela crée un précédent que les juges devront désormais considérer dans des cas similaires», a-t-il souligné.

Après le verdict en appel du tribunal islamique de l’Etat de Sokoto, le dossier pourra être porté devant la Cour d’appel fédérale, puis devant la Cour suprême, précise le Ministère de la Justice du Nigeria. Le gouverneur de l’Etat du Sokoto pourrait encore gracier l’accusée si elle était définitivement condamnée. (apic/allafrica/bbc/be)

18 mars 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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