L’explication au malaise est économique, estime Mgr Onaiyekan
Nigeria: Tribalisme et religion sont utilisés pour ralentir le changement
Abuja, 9 août 1999 (APIC) La classe politique et le pouvoir au Nigeria utilisent le tribalisme et la religion pour ralentir le changement dans le pays, estime Mgr John Onaiyekan, archevêque de Abuja, dans un entretien accordé à l’Agence Fides à Rome.
«Les combats sont le fruit d’une utilisation des facteurs ethniques et religieux, le vrai problème se trouve dans la structure économique et sociale du pays», expliquent le prélat pour tenter de comprendre les racines des récents combats qui ont fait plus de 100 morts à Shagamu et à Kano.
Les affrontements ont commencé le 18 juillet à Shagamu, la ville la plus importante de l’Etat de l’Ogun au Nigeria. Au cours d’une fête traditionnelle des Yorubas, l’ethnie majoritaire du sud-est, les Hausas, d’une autre ethnie, n’ont pas respecté la convention selon laquelle ils restent chez eux pendant la période des célébrations. Une femme Hausa, trouvée dans la rue, a été tuée, ce qui a entraîné la réaction des membres de sa tribu, et les affrontements qui ont suivi ont fait au moins 50 morts. Le transport des victimes Hausas, qui a été effectué en camion vers Kano, au nord, a été accueilli avec fureur par les membres de cette tribu habitant cette ville. Le 22 juillet, il se sont vengés contre les Yorubas présents dans la ville. Les affrontements ont fait 90 morts.
L’explication ethnique et religieuse avancée par les autorités n’a cependant pas convaincu Mgr Onaiyekan. Qui donne son point de vue à ce sujet.
Mgr Onaiyekan: Nos craintes se sont concrétisées. Mais le facteur ethnique et religieux n’est présent que pour être utilisé et par calcul. Le président actuel, Olusegun Obasajan est un Yoruba; son prédécesseur, le général Abusalem Abubakar, était un Hausa. Quand les hommes politiques du nord accusent le président Obasanjo de vouloir écarter de la vie politique les Hausas, et quand les Yorubas font des déclarations éclatantes sur leur nouveau rôle, ils fomentent la division pour des raisons exclusivement politiques. Le président, en revanche, s’efforce de remettre de l’ordre au Nigeria sans regarder à l’appartenance ethnique. Mais les déclarations des hommes politiques, ces derniers mois, ont créé un climat de tension et d’affrontement. Il suffit alors d’une étincelle…
Q.: Comme à Shagamu où tout a commencé…
Mgr Onaiyekan: Apparemment. Le problème fondamental dans ce cas précis, était le droit à la possession de la terre. A Shagamu, région traditionnellement Yoruba, la terre était entièrement dans les mains de familles Yorubas. Mais il y a des Hausas qui vivent là depuis deux générations et qui commencent à considérer comme étant la leur la terre où ils habitent. C’est surtout à cause de cela qu’ont éclaté les représailles contre les Hausas de Shagamu. Enfin, avec le transport des corps à Kano, il y a eu les représailles Hausas contre les Yorubas présents dans la ville depuis des décennies.
Q.: Et que faire pour changer une situation et des problèmes d’un autre siècle…?
Mgr Onaiyekan: Ces affrontements sont le signe d’un malaise profond. Il y a une question fondamentale: que veut dire aujourd’hui être citoyens du Nigeria? C’est un problème nouveau pour ce pays, après le retour de la démocratie. Les Hausas sont originaires du nord; mais vivent depuis des générations dans toutes les parties du pays. C’est la même chose pour les Yorubas originaires du sud, mais répandus dans tous les Etats du Nigeria. Dans chaque ville, les Yorubas et les Hausas vivent ensemble depuis plus d’un siècle. Pour leurs pièces d’identité, ils restent cependant inscrits dans leurs lieux d’origine. Ce sont là des règles qu’il faut changer, parce que un Nigérian est un Nigérian dans chaque endroit de ce grand pays. Il faut trouver un moyen d’opérer ce changement de mentalité pour désarmer tous ceux qui se servent du tribalisme et de la religion comme arme politique.
Q.: Comment a réagi le gouvernement ?
Mgr Onaiyekan: Il a renforcé sa présence dans les villes à plus haut risque: l’armée s’est déployée à Shagamu et à Kano pour empêcher les jeunes de piller les maisons, de les brûler, et, pire, de tuer. En outre, le président a convoqué tous les dirigeants religieux et tribaux et leur a donné comme mission de parler à leurs communautés pour calmer les esprit. Olusegun Obasajan doit faire face au défi du redressement économique et de la justice sociale au Nigeria. Nous ne pouvons nous permettre le luxe d’affrontements politiques sous le couvert d’appartenances ethniques ou religieuses. Tous les Nigérians savent que c’est une spirale extrêmement dangereuse. (apic/fides/pr)



