Nigeria: Un prêtre craint une extermination de l’ethnie «Tiv»
Lagos, 26 octobre 2001 (APIC) «Le gouvernement a envoyé des troupes et des chars armés qui ont assailli des habitations privées et tué des civils sans défenses. Nous craignons qu’il n’existe la volonté d’exterminer les membres de l’ethnie Tiv, en majorité chrétienne. Voici ce qu’a dénoncé à l’agence missionnaire MISNA le Père Michael Angula, secrétaire de Mgr Athanasius Atule Usuh, évêque de Makurdi, la capitale du Benoué.
«Nous demandons au gouvernement fédéral d’Abuja de retirer l’armée – poursuit le prêtre – et aux Nations Unies d’intervenir car personne ne sait à présent ce qui peut se passer».
Deux parlementaires nigérians, Daniel Saror et Gabriel Suswan, originaires du Benoué, ont eux aussi déclaré à la presse locale que le péril d’une conjuration visant à perpétrer le génocide des Tivs était réel, accusant clairement les forces armées et des membres du gouvernement.
Selon des témoignages publiés par l’agence Irin, l’agence de presse de l’Onu, des détachements militaires auraient fourni de l’aide aux membres de l’ethnie Junkun, rivale traditionnelle des Tivs. Selon certains observateurs, les opérations auraient été réalisées grâce au consentement du ministre de la Défense, l’ex-général Theophilus Danjuma. «Je ne sais pas si les soldats envoyés dans la zone sont eux-mêmes des Junkuns, mais je ne serais pas surpris si j’apprenais que le ministre a joué un rôle dans cette affaire», commente le secrétaire de Mgr Usuh. Les violences en cours depuis plusieurs jours dans la zone frontalière entre le Benoué et le Taraba ont fait au moins 200 morts parmi les civils. Les responsabilités de l’armée dans les massacres ont immédiatement été évidentes.
Tout a commencé après qu’à Vase, une bande armée probablement composée d’hommes d’ethnie Tiv, a enlevé et tué 19 militaires, dont les corps mutilés ont été ensuite découverts dans les locaux d’une école élémentaire à Zaki Biam. Ces deux localités, ainsi que celle de Gbeji e Anyiin, ont justement été le théâtre de tueries de civils, dont un grand nombre de femmes et d’enfants. «La mort des soldats – poursuit le prêtre – ne peut en aucun cas justifier le meurtre de personnes dans un pays démocratique. Personne ne sait en outre si ce sont véritablement les Tivs qui ont tué les militaires».
Afflux de déplacés
Hier, la situation est redevenue calme à Makurdi, mais l’afflux de déplacés venant des zones rurales s’est poursuivi sans interruption. «Les gens fuient les villages et vont dans la forêt – dit Père Angula – puis ils arrivent par centaines en ville ou à Gboko, chaque jour. Personne ne peut dire ce que fait l’armée. Mais ce qui est sûr, c’est qu’à présent, Makurdi est de fait une capitale envahie par les soldats». (apic/mna/bb)




