Nigéria: «Une constituante est nécessaire», estime Mgr Onaiyekan, archevêque d’Abuja
La junte militaire résiste et s’accroche au pouvoir
Abuja, 23 juillet 1998 (APIC) «Les militaires disent toujours qu’ils veulent aider à la transition vers la démocratie, mais, en fin de compte, tout reste pareil : ou bien ils n’en veulent pas, ou bien ils n’en sont pas capables». Mgr John Onaiyekan, archevêque catholique de Abuja, au Nigéria, ne mâche pas ses mots. Un mois après la mort du chef de l’Etat, le général Sani Abacha, puis du chef de l’opposition Moshood Abiola, la junte militaire s’accroche au pouvoir. Les prisonniers politiques restent nombreux.
Le nouveau gouvernement d’Abdusalem Abubakar est en train de préparer une proposition pour la transition démocratique, après avoir consulté des représentants de la société civile, y compris des membres de l’opposition. Nous attendons d’en connaître le contenu, a expliqué Mgr Onaiyekan à l’agence missionnaire Fides. «Mais le fait est que ceux qui sont au pouvoir sont les mêmes qui gouvernaient avec Abacha. Même si Abubakar cherche à donner des signes symboliques de changement, la dictature militaire résiste. Les prisonniers politiques sont toujours détenus. Le petit nombre des libérations n’est que symbolique.»
La mort du chef de l’opposition Abiola a provoqué une vague de colère et de violences à l’est et dans le sud du pays. C’est le signe que les gens sont en proie à l’exaspération. Mais le vide politique dont souffre le Nigéria n’a pas été créé par la mort d Abiola. Certes, sa mort l’a aggravé, mais il remonte au régime militaire d’Abacha, souligne l’archevêque.
Les décrets militaires avec lesquels gouverne la junte sont toujours en vigueur. Ils sont le seul instrument qui la maintient au pouvoir. Ce gouvernement n’a pas de légitimité démocratique, relève l’archevêque. Plusieurs décrets empêchent le simple citoyen d’en appeler à un tribunal. Le fameux décret n° 2 permet au gouvernement et à ses agents d’arrêter toute personne qui constitue «un danger pour la sécurité nationale». Le malheur est qu’il n’est écrit nulle part ce qu’est un attentat contre la sécurité nationale: seul le gouvernement peut en décider. Nombre de personnes se retrouvent ainsi en prison sans raison. L’abolition de ce décret permettrait à de nombreux détenus de retrouver la liberté, ou au moins de voir reconnu leur droit de recourir à un tribunal pour faire valoir leurs droits.
Retour de la démocratie le 1er octobre ?
Selon les promesses faites déjà par le général Abacha, les militaires devraient laisser le pouvoir le 1er octobre. Cela se fera-t-il ? s’interroge Mgr Onaiyekan. ” La situation est critique, parce que l’on ne peut à proprement parler de véritables partis politiques. Il faut travailler beaucoup pour construire une alternative. En attendant, il est nécessaire de penser à une structure gouvernementale transitoire qui permette, après le 1er octobre, la construction de partis démocratiques et d’élections libres. Cette structure provisoire pourrait durer de 6 à 8 mois, et ramener la démocratie effective dans le pays.»
Un des premiers éléments d’une démocratie est un cadre constitutionnel reconnu. La Constitution de 1977-1978 a eu de grands amendements et a été profondément modifiée pendant vingt ans d’abus, constate l’archevêque d’Abuja. «Ou bien l’on retourne à cette Constitution, ou bien on va de l’avant avec une nouvelle constituante qui élaborerait et approuverait une nouvelle charte fondamentale pour l’avenir du Nigéria. Il ne peut y avoir de transition vers la démocratie avec des méthodes dictatoriales. Un arbre malade ne peut donner de bons fruits», conclut-il. (apic/fides/mp)



