Rome : Devant la communauté Sant’Egidio, le pape François fustige une «Europe fatiguée qui a renié ses racines »
Non à la culture du rejet
Rome, 16 juin 2014 (Apic) Le pape François a une nouvelle fois déploré le 15 juin 2014 la culture actuelle qui rejette à la fois jeunes et les personnes âgées. Il a surtout fustigé une «Europe fatiguée qui a renié ses racines». Dans la basilique Sainte-Marie-en-Trastevere, le pape est allé à la rencontre des pauvres, des personnes âgées, des malades et des immigrés auxquels vient en aide la communauté Sant’Egidio.
Lors de cette visite dans le quartier romain du Trastevere, le pape a d’abord salué le travail de la communauté Sant’Egidio, fondée en 1968, aux «périphéries du monde», l’invitant à suivre sa route de prière, auprès des pauvres et pour la paix.
Mais le pape a surtout lancé pour la première fois un appel au vieux continent européen après avoir fortement fustigé la «culture du rejet» qui touche à ses yeux les jeunes comme les personnes âgées. «Le traitement des personnes âgées comme celui des enfants est un indicateur de la qualité d’une société», a affirmé le pape avant d’assurer que, «lorsque les personnes âgées sont écartées, isolées et s’éteignent parfois sans affection, c’est mauvais signe».
«Un peuple qui ne protège pas ses personnes âgées, qui ne prend pas soin de ses enfants, est un peuple sans avenir, un peuple sans espérance, parce que les jeunes et les vieux font avancer l’histoire», a insisté le pape, vantant au contraire l’alliance entre jeunes et vieux. Et le pontife d’ajouter : «Lorsqu’une société perd la mémoire, elle est finie. Qu’il est moche de voir une société, un peuple, un culture, qui a perdu la mémoire».
Dès lors, le pape François a encore fustigé «la culture du rejet». «Il suffit de penser au taux de natalité en Europe», a-t-il dit avant d’évoquer aussi le rejet des personnes âgées «avec ces attitudes derrière lesquelles se trouve une forme d’euthanasie cachée : celui qui ne sert pas on le rejette, celui qui ne produit pas on le rejette». «La crise est tellement grande que l’on rejette les jeunes, il suffit de penser aux 75 millions de jeunes de moins de 25 ans qui n’ont ni travail ni formation, cela se passe aujourd’hui dans cette Europe fatiguée».
«L’Europe est fatiguée, nous devons l’aider à rajeunir, à trouver ses racines», a encore lancé le pape, salué par des applaudissements. L’Europe, a ajouté le pape François, «a renié ses racines, c’est vrai, mais nous devons l’aider à les retrouver». Le pape François a également fustigé «ceux qui veulent enlever du dictionnaire le mot solidarité». «Sans dialogue, a-t-il lancé par ailleurs, le monde étouffe».
Bain de foule
A son arrivée sur la place Sainte-Marie-en-Trastevere en milieu d’après-midi, sous un ciel menaçant, le pape François s’était livré à un très long bain de foule, serrant d’innombrables mains et embrassant les jeunes enfants. Il était accompagné notamment par le fondateur de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, et le président de la communauté, Marco Impagliazzo.
Avant de prendre la parole dans la majestueuse basilique Sainte-Marie-en-Trastevere, le pape François avait longuement écouté huit témoignages émouvants : l’archevêque syro-orthodoxe de Damas qui a évoqué la souffrance du peuple syrien «otage de la guerre», une femme de 90 ans qui l’a remercié pour son attention pour les personnes âgées, une jeune fille de 12 ans membre des «jeunes pour la paix» de Sant’Egidio, un chômeur de 28 ans, une femme handicapée de 58 ans qui a raconté avec émotion ses épreuves, un Rom accompagné de son fils, un réfugié afghan confiant son calvaire pour parvenir en Italie, et enfin un Salvadorien évoquant les tribulations de son pays.
Trop d’injustices
En accueillant le pape François, le fondateur de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, avait rappelé quant à lui que sa communauté était tournée depuis sa naissance en 1968 vers «la périphérie», reprenant l’une des préoccupations majeures du pontife. Il avait évoqué le dialogue avec «entre ennemis» promu par Sant’Egidio dans son action de diplomatie parallèle, notamment en Afrique, et le dialogue avec les religions dans lequel la communauté est engagée depuis le milieu des années 1980.
«Il y a beaucoup de souffrance dans le monde : trop d’injustices, de vies piétinées», a jugé Andrea Riccardi avant de lancer au pape François : «Votre prédication est en train de libérer des énergies bonnes, car il est nécessaire de sortir avec plus de générosité, de créativité, d’amour». «Nous n’avons pas abandonné le rêve de changer le monde», a également assuré Andrea Riccardi.
Après avoir passé plus d’une heure et demie dans la basilique Sainte-Marie-en-Trastevere, où il a aussi prié avec les membres de Sant’Egidio, le pape s’est rendu à pied jusqu’à la petite église de ce vieux quartier romain qui a donné son nom à la communauté.
En quittant les lieux, le pape François a brièvement pris la parole, invitant les personnes rassemblées devant l’église à prier pour les peuples en guerre mais aussi pour les nouveaux pauvres, évoquant alors «les nombreuses personnes qui n’ont pas le nécessaire pour vivre, chaque mois, et doivent quitter leur maison pour aller Dieu sait où». «La prière est l’arme que nous avons pour toucher le cœur de Dieu», a encore confié le pape avant de lancer cette dernière invitation en souriant : «Priez pour moi car vous savez que mon travail est un travail insalubre, alors j’ai besoin de vos prières extraordinaires !» (apic/imedia/ami/mp)




