Rome: Le conseil pontifical Justice et Paix prône des mesures pour la réduction de la dette

Note aux rédactions: Des photos de la manifestation de Soleure peuvent être obtenues auprès du Bulletin de la paroisse alémanique de Berne

Lier la réduction de la dette à la lutte contre la pauvreté

Rome, 5 décembre 2000 (APIC) «L’idée de lier le processus de réduction de la dette des pays pauvres à celui de la lutte contre la pauvreté est un concept révolutionnaire». C’est ce qu’a affirmé Mgr Diarmuid Martin, sous-secrétaire du Conseil pontifical «Justice et Paix» en présentant le 4 décembre les travaux d’un séminaire d’étude d’une journée sur la réduction de la dette des pays pauvres. Pour le pape, la réduction de la dette des pays pauvres n’est qu»une partie d’un effort plus large pour parvenir à de nouvelles relations entre les peuples.

L’initiative des Institutions Financières Internationales pour les pays les plus pauvres et les plus endettés appelée HIPC (Higlhy Indebted Poor Countries) doit s’accompagner par des mesures précises contre la pauvreté, a affirmé Mgr Martin lors du séminaire organisé au Vatican du 3 au 6 décembre par le Conseil pontifical «Justice et Paix» et d’autres organismes catholiques. Il a qualifié ce concept de «révolutionnaire, quand on pense qu’il y a cinq ans, les négociations sur la réduction de la dette se faisaient à porte close», sans la présence des pays pauvres concernés. D’autant plus, ajoute Mgr Martin, que «la société civile n’est pas toujours prête à être interpellée, comme par exemple après une guerre civile ou une dictature».

Une stratégie nationale contre la pauvreté

«Pour entrer dans ce processus, chaque pays pauvre doit préparer une stratégie nationale pour la lutte contre la pauvreté» a-t-il affirmé. «Ils doivent ainsi écouter les citoyens pour fixer les objectifs d’un tel programme». Cette politique demande par ailleurs, selon Mgr Martin, une grande ouverture de la part des gouvernements: «Si les citoyens ne sont pas co-responsables dans la gestion de leur pays, les programmes internationaux échouent. Il est inutile d’interpeller des ONG dans ce cadre, car elles n’auront pas la mentalité que seuls les citoyens locaux peuvent donner». Il déplore ainsi que «de nombreux projets n’ont en effet pas abouti dans le passé par manque de connaissance de la réalité locale, des traditions, ou encore de sa géographie humaine et sociale». C’est dans cette optique, dit-il, que «la participation de l’Eglise catholique, présente géographiquement dans la totalité du pays, pourrait être importante».

Ces «mesures révolutionnaires», énoncées par Mgr Diarmuid Martin sont pour lui une évolution dans la vision du règlement de la question de la dette et dans sa concrétisation. «Une nouvelle stratégie n’est pas une camisole de force. Nous devons être flexibles, reconnaître les erreurs et être prêts à changer de direction si cela est nécessaire». Mgr Martin a ainsi reconnu que les «principes» énoncés dans le document du Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix, publié en 1986 sur la dette des pays pauvres, «sont encore valides, mais on n’y parle pas des pauvres».

A quelques jours de la fin du Jubilé, Mgr Martin estime que les résultats ne sont pas «suffisants». «Il est absurde de contraindre un pays à utiliser 30 à 40% de ses épargnes nationales pour rembourser ses dettes». Il prône en effet une économie nationale qui permettrait de réinvestir dans le pays. Un autre grand problème souligné par Mgr Diarmund Martin est le protectionnisme. «On estime que le protectionnisme des pays de l’hémisphère nord coûte 100 milliards de dollars américains par an aux pays de l’hémisphère sud.

De nouvelles relations entre les peuples

Jean Paul II pour sa part, dans un message adressé au président du Conseil pontifical «Justice et Paix», a insisté sur le fait que la réduction de la dette des pays pauvres n’est qu’»une partie d’un effort plus large» pour parvenir à de «nouvelles relations» entre les peuples, et établir entre eux «un véritable sens de solidarité et de partage». «Malgré de grands progrès scientifiques, le scandale d’une pauvreté importante reste extrêmement répandu dans notre monde», a déploré le pape, pour qui le fait le plus «scandaleux», est la présence, aux côtés de communautés extrêmement pauvres, de sociétés de «consumérisme» et de richesses utilisées avec ostentation.

France: Les évêques disent «non» à l’esclavage de la prostitution

La situation est particulièrement alarmante en Europe

Paris, 4 décembre 2000 (APIC) Les évêques de France considèrent la prostitution comme une forme d’esclavage humain, car «en ramenant les relations humaines au rang d’une marchandise, elle méconnaît l’œuvre du Créateur». Dans une déclaration publiée le 4 décembre, la Commission sociale de la Conférence des évêques réfute la distinction entre prostitution libre et prostitution forcée, estimant que l’être humain ne peut faire l’objet de commerce.

La Commission sociale des évêques de France commence par rappeler que plus de cinq millions d’êtres humains sont prostitués dans le monde, dont deux millions d’enfants. Le phénomène a pris en Europe ces dernières années «un tour particulièrement alarmant». En France, les flux d’argent drainés par la prostitution représentent 10 milliards de francs français par an, 60 milliards en Europe et 400 milliards dans le monde, soit l’équivalent de la moitié des flux d’argent liés à la drogue. Ce trafic est d’ailleurs lié aux mêmes réseaux que ceux de la drogue et du blanchiment d’argent. La Commission sociale des évêques attire d’abord l’attention sur l’arrivée en France de jeunes femmes, parfois mineures, des pays de l’Est, venues par des réseaux dont il convient de parler en termes de trafic, de «traite», d’esclavage. Ces femmes, dont la situation est précaire, sont souvent victimes de sévices.

Simultanément, des femmes venant d’Afrique ou d’Amérique s’enferment dans le cercle infernal de la drogue et de la prostitution. Des femmes, des hommes, des enfants sont poussés à se prostituer contre leur gré. 80 % des personnes prostituées ont été l’objet d’abus sexuels dans leur enfance. «C’est dire leur souffrance et leur désarroi. Leurs vies sont meurtries, brisées», souligne le texte.

Moyen de gagner l’argent du ménage

Dans les territoires français d’outre-mer, la situation est également préoccupante. Les flux migratoires et la misère économique en sont, là aussi, les principales raisons. S’ajoute, comme aux Antilles, un phénomène de société plus global qui fait de la prostitution un moyen «normal» non seulement de survivre, mais de gagner l’argent nécessaire à l’achat de biens de consommation. Enfin, il ne faut pas oublier non plus les ravages du tourisme dit sexuel, «qui concerne une part non négligeable de la population française», souligne la déclaration.

Une prostitution consentie, un «métier»? Les évêques notent que l’évolution du phénomène de la prostitution et son caractère alarmant n’ont pas échappé à de nombreux acteurs de la vie sociale en France et à plusieurs courants associatifs. En témoigne l’accueil réservé à un colloque organisé en mai 2000 à Paris (UNESCO) par un collectif de onze associations sous le titre  » Peuple de l’Abîme, la prostitution aujourd’hui».

Les conventions internationales sont claires. De la Déclaration Universelle des droits de l’homme à la Convention des droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1989, en passant par la Convention pour la répression de la traite des Etres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui, celle sur «l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes» ou encore la Charte du tourisme: toutes disent que la prostitution et le mal qui l’accompagne sont incompatibles avec la dignité de la personne humaine et que les Etats conviennent de punir toute personne qui embauche, entraîne ou détourne en vue de la prostitution une autre personne, même consentante.

Prostitution libre ou forcée?

La déclaration des évêques met le doigt sur le danger de banalisation de la prostitution en introduisant une distinction entre «prostitution libre» et «prostitution forcée». Cette distinction implique d’établir juridiquement une frontière entre une «bonne» et une «mauvaise» prostitution. Il s’agit, en réalité, de savoir si l’être humain peut être objet de commerce. La prostitution est une atteinte à la dignité des personnes: «Elle exprime un mépris du corps et rabaisse la relation sexuelle au niveau d’un marché».

En France, de nombreux chrétiens cherchent à faire face au phénomène de la prostitution, en militant bénévolement au sein d’associations ou travaillant comme salariés pour rencontrer les personnes prostituées et leur offrir les moyens de quitter le  » milieu «, rappellent les évêques.

Engagements concrets des évêques

Le document conclut par quelques orientations pratiques. Si la législation française est «globalement positive», des améliorations sont nécessaires, estime la commission sociale. Les évêques prêteront une grande attention, au plan national, à l’application réelle des dispositions sur la répression du proxénétisme, la prévention et la réinsertion, ainsi que l’amélioration de la protection des mineurs entre 15 et 18 ans et la reconnaissance formelle, dans le Code civil, que le corps ne peut être l’objet d’un commerce.

Au plan européen et mondial, les évêques demanderont aux instances internationales de refuser que la prostitution soit assimilée à un métier et de faire pression auprès des Etats non-parties à la Convention internationale du 2 décembre 1949 contre la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui, afin qu’ils ratifient ce texte au plus vite et l’appliquent sur leur territoire. Ils demanderont également la création par l’ONU d’un mécanisme de contrôle veillant à l’application de la Convention de 1949, comme il en existe pour d’autres textes internationaux, tels la Convention contre la torture ou celle relative aux droits de l’enfant.

Les évêques concluent: «Le 19e siècle a vu la fin de l’esclavage. Le 20e sera reconnu comme celui où la peine de mort a été abolie dans la plupart des pays du monde. Le 21e sera, si nous le décidons, celui de l’éradication progressive de l’exploitation sexuelle». (apic/cip/bb)

5 décembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 7  min.
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