Rome: Le Vatican justifie son choix de faire avancer le processus de béatification de Pie XII

Note vaticane diffusée à la veille de Noël

Rome, 23 décembre 2009 (Apic) Quatre jours après le feu vert donné par Benoît XVI à la Congrégation pour les causes des saints pour la reconnaissance des ’vertus héroïques’ de Pie XII (1939-1958) et les vives réactions d’une partie du monde juif, l’Eglise catholique a justifié son choix de faire avancer le processus de béatification de ce pape controversé pour ses prétendus ’silences’ face à la shoah.

Le Vatican a défendu sa décision de poursuivre la béatification de Pie XII, contesté pour son silence pendant la Shoah. Selon lui, cette béatification valorise un «témoignage de vie chrétienne» et non «la portée historique de tous ses choix». Benoît XVI a signé samedi un décret reconnaissant les «vertus héroïques» de Pie XII, le proclamant «vénérable», dernière étape avant la béatification, suscitant de nombreuses protestations des communautés juives dans le monde.

Dans une note diffusée à la presse le 23 décembre, le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a souhaité fournir quelques «explications» sur ce processus qui n’entend pas, selon lui, être une «évaluation de la portée historique de toutes (les) décisions» d’Eugenio Pacelli mais se réfère à son «témoignage de vie chrétienne». Nous publions de larges extraits de cette note.

«La signature par le pape du décret sur les ’vertus héroïques’ de Pie XII a suscité un certain nombre de réactions dans le monde juif, probablement car il s’agit d’une signature dont le sens est clair pour l’Eglise catholique et les ’experts en la matière’, mais qui peut mériter quelques explications pour un public plus large, en particulier les juifs, très sensibles, de façon compréhensible, à cette période historique de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste».

«Lorsqu’un pape signe un décret sur les ’vertus héroïques’ d’un Serviteur de Dieu (…) il confirme l’évaluation positive que la Congrégation pour les causes des saints a déjà votée. (…) Naturellement, dans cette évaluation, les circonstances dans lesquelles la personne a vécu sont prises en compte. Un examen d’un point de vue historique est ensuite nécessaire, mais l’évaluation se réfère essentiellement au témoignage de vie chrétienne donné par cette personne (sa relation intense avec Dieu et sa recherche perpétuelle de la perfection évangélique…) et non à l’évaluation de la portée historique de toutes ses décisions».

«Lors de la béatification de Jean XXIII et de Pie IX, Jean-Paul II disait : ’La sainteté vit dans l’histoire et chaque saint n’est pas exempt des limites et des conditionnements propres de notre humanité. En béatifiant un de ses fils, l’Eglise ne célèbre pas les choix historiques particuliers qu’il a fait, mais le désigne plutôt en imitation et vénération de ses vertus louant la grâce divine qui resplendit en elles».

«Ceci n’entend donc aucunement limiter la discussion autour des choix concrets faits par Pie XII dans la situation dans laquelle il se trouvait. En ce qui la concerne, l’Eglise affirme qu’ils ont été réalisés dans le seul but d’accomplir au mieux le service de très haute et importante responsabilité du pape. Dans tous les cas, l’attention et la préoccupation de Pie XII pour le sort des juifs – qui ont certainement été prises en compte pour l’évaluation de ses vertus – ont été largement témoignées et reconnues même par de nombreux juifs».

«La recherche et l’évaluation des historiens dans leur domaine spécifique reste donc ouverte. Et, dans le cas présent, on comprend la demande d’ouverture de toutes les possibilités de recherches sur les documents. (…) Pour l’ouverture complète des archives, comme cela a déjà été dit plusieurs fois, il faut d’abord procéder à la mise en ordre et au classement d’une masse énorme de documents qui demande techniquement un délai de quelques années encore».

«Le fait que les décrets sur les ’vertus héroïques’ des papes Jean-Paul II et Pie XII aient été promulgués le même jour ne signifie pas une ’association’ des deux causes à compter d’aujourd’hui. Elles sont complètement indépendantes et suivront chacune leur propre processus. Il n’y a donc pas lieu d’envisager une éventuelle béatification simultanée».

«(…) Il est donc clair que la récente signature du décret ne doit en aucune façon être vue comme un acte hostile envers le peuple juif, et nous espérons qu’elle ne sera pas considérée comme un obstacle au dialogue entre le judaïsme et l’Eglise catholique. Nous souhaitons bien sûr que la prochaine visite du pape à la synagogue de Rome sera l’occasion de réaffirmer et de renforcer en toute cordialité ces liens d’amitié et d’estime». (apic/imedia/ami/ct/pr)

23 décembre 2009 | 14:17
par webmaster@kath.ch
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