Suisse

Notre-Dame de Lausanne: que faire des retouches de la fresque?

Dans le cadre de la restauration de la fresque de Gino Severini, dans la basilique Notre-Dame de Lausanne, un certain nombre de retouches réalisées lors de précédentes rénovations ont été constatées. Les responsables des travaux s’interrogent sur l’opportunité ou non de les conserver.

Les personnages doivent-ils léviter ou rester posés sur l’herbe? Telle est l’une des questions soulevées à la suite de la découverte de retouches sur la fresque réalisée en 1935 par l’artiste Gino Severini, dans la basilique Notre-Dame de Lausanne, située dans le quartier du Valentin. Les restaurateurs ont en effet récemment repéré – entre autre – qu’une bande de peinture noire, sous les pieds de personnages inférieurs de la fresque, n’était pas d’origine, rapporte Silvia Kimmeier, membre du Conseil de paroisse et de la Commission des travaux. La retouche a été ajoutée par une restauratrice italienne en 1976.

D’autres modifications du même genre ont été repérées par les experts. Des anges se sont en particulier retrouvés avec «les yeux fermés». Par endroits on repère une «simplification» des motifs.

Panel d’experts

La question se pose donc de la conservation de ces retouches ou d’un retour à l’état initial de l’œuvre. Des décisions importantes, qui ne seront pas prises à la légère, assure Silvia Kimmeier. Elles seront étudiées par la Commission des travaux, qui se réunit normalement tous les deux mois. Le groupe inclut les institutions concernées par le projet de rénovation. Y participent ainsi des membres du Conseil de paroisse, dont Silvia Kimmeier, des Monuments historiques du canton de Vaud et de la Ville de Lausanne et des experts impliqués dans la rénovation. Des chercheurs de la Scuola Universitaria Professionale della Svizzera Italiana (SUPSI), qui ont évalué l’état de conservation de la fresque dans un projet du Fonds national suisse, ont notamment été invités.

Délicats dilemmes

L’une des principales questions examinées sera celle de l’état de la fresque sous les repeints. Mais aussi: «Les retouches changent-elles le message» de l’œuvre? Le trait noir apposé sous les pieds des personnages donne par exemple l’impression qu’ils sont au-dessus du sol. Alors que Gino Severini avait voulu qu’ils soient bien terrestres.

D’un autre côté, l’aspect actuel est celui que les personnes ont l’habitude de voir, et les fidèles pourraient être déconcertés par les modifications. Il se peut également que l’on découvre que la peinture est en mauvais état aux endroits des ajouts. Ce qui nécessiterait de nouvelles retouches. La question fondamentale se pose aussi de la prise en compte des retouches dans les œuvres. N’appartiennent-elles pas finalement à part entière à ces dernières? La Commission des travaux devra trancher ces délicats dilemmes.

Or retrouvé

Selon des derniers échanges avec les restaurateurs, le 17 mars, il est apparu que chaque jour qui passe et chaque progression dans le travail permet d’entrer plus profondément dans la compréhension de l’intervention de la restauratrice des années 1970, Antonietta Beneyton, indique Silvia Kimmeier. Son intervention apparaît ainsi plus conservative qu’on ne le pensait au début du travail. Pour avoir une bonne vision globale de ce qui a été fait et dans quelles intentions lors de cette première restauration de la fresque, il faut terminer l’opération de nettoyage commencée, dont les premiers résultats sont spectaculaires, note la conseillère de paroisse. Surtout au niveau de l’or, mais aussi au plan des couleurs. En retirant le vernis devenu crasseux des années 1970, on retrouve les tons frais et mats de la fresque d’origine, mais aussi toutes les lacunes qu’Antonietta Beneyton a dû combler.

Restauration collective

La restauration de la fresque est l’un des volets d’une rénovation plus large de l’intérieur de la basilique. Lancée en février 2021, elle s’étendra jusqu’en 2024. En été 2020, une équipe d’experts scientifiques a été mobilisée pour observer, sous toutes ses coutures, la monumentale œuvre peinte dans l’abside. Les résultats ont indiqué que la peinture murale devait être urgemment rafraîchie. Une démarche réalisée avec la Fondation d’Olcah, qui se charge de la recherche de fonds pour la rénovation intérieure de l’édifice.

Il manque actuellement moins d’un million de francs pour couvrir le coût des travaux. Silvia Kimmeier note que l’équipe est confiante quant à la poursuite du financement. Celle-ci s’achemine vers une nouvelle phase. Elle fait appel aux petits donateurs après avoir interpellé les plus grands. Une prochaine action permettra aux fidèles de financer un morceau de vitrail. L’objectif est que chaque paroissien puisse être associé à la splendeur bientôt retrouvée de la basilique, note la conseillère de paroisse. (cath.ch/rz)

La fresque du Valentin, réalisée par le peintre italien Gino Severini en 1935, est considérée comme un chef d’œuvre de l’art sacré. Liée au Groupe de Saint-Luc pour le renouveau des arts sacrés en Suisse romande, elle représente un cycle marial résolument moderne. L’artiste y a allié tradition et modernité dans une époque de changements dans la décoration des édifices religieux. Il s’agit d’un syncrétisme de l’iconographie traditionnelle et des courants avant-gardistes- dont les mouvements futuriste et cubiste. L’équipe de chercheurs a déjà pu déterminer que Gino Severini a perfectionné son art, par rapport aux quatre autres peintures murales réalisées dans des églises suisses, notamment à Semsales et à La Roche, dans le canton de Fribourg. RZ

La restauration de la fresque de Gino Severini a commencé | © CONSORTIUM OLIVIER GUYOT JULIAN JAMES
18 mars 2021 | 14:43
par Raphaël Zbinden
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