Suisse: Lettre pastorale des évêques suisses pour la Fête fédérale d’action de grâce, de pénitence et de prière 2010

«Notre temps a besoin d’un témoignage de foi vivant et authentique»

Fribourg, 2 septembre 2010 (Apic) «Notre temps a besoin d’un témoignage de foi vivant et authentique», écrivent les évêques suisses dans la traditionnelle la lettre pastorale qui va être lue aux messes du Jeûne fédéral, les 18 et 19 septembre prochain. Ils invitent les fidèles à cette occasion à témoigner d’une vie authentiquement chrétienne «dans cette société confrontée à différentes cultures et religions vivant dans un espace restreint».

Les évêques relèvent qu’il y a quelques décennies seulement, les fidèles des différentes religions du monde vivaient dans des espaces éloignés les uns des autres. Ils n’avaient donc que peu d’occasions de contacts entre eux. En Suisse, il en était de même entre les différentes confessions chrétiennes. «Aujourd’hui, soulignent-ils, la cohabitation des religions est une réalité de notre monde moderne et de notre vie quotidienne. De fait, elle est un défi exigeant pour les chrétiens. Par cette lettre, nous, les évêques suisses, souhaitons vous encourager à témoigner de la foi par une vie authentiquement chrétienne dans cette société confrontée à différentes cultures et religions vivant dans un espace restreint».

L’Eglise ne peut s’isoler

Les évêques suisses rappellent ainsi que le Concile Vatican II a donné d’importantes impulsions pour cette période agitée de l’histoire. «Les Pères conciliaires ont perçu les signes des temps il y a 50 ans déjà, et nous ont préparés aux changements imminents par trois documents majeurs qui enseignent, premièrement, que l’Eglise ne peut s’isoler, qu’elle doit faire face au monde par le dialogue (Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps «Gaudium et spes»); deuxièmement, que l’Eglise ne rejette rien de ce qui est vrai et sacré dans les autres religions (Déclaration sur la liberté religieuse «Nostra aetate»); troisièmement, que l’Eglise reconnaît expressément le droit à la liberté religieuse de chaque homme et de toutes les communautés religieuses (Déclaration sur la liberté religieuse «Dignitatis humanae»).

Ces documents ont jeté une base pour le dialogue et, par la suite, pour une nouvelle relation avec les autres religions. Les évêques suisses soulignent que «tout homme est une créature de Dieu», que «Jésus Christ est mort pour tous les hommes», et que «nous avons tous une même vocation profonde, telle que le pape Benoît XVI l’a définie dans sa dernière encyclique ›L’amour dans la vérité’». De plus, «chaque homme a le devoir de chercher la vérité» (Dignitatis humanae no 2).

Mère Teresa de Calcutta, «peut-être la sainte la plus populaire du 20e siècle»

Mère Teresa de Calcutta, «peut-être la sainte la plus populaire du 20e siècle, nous montre que la présence de différentes cultures et religions ne nous empêche pas de vivre d’une manière authentique notre vocation chrétienne». Ainsi, relèvent les évêques suisses, Mère Teresa est née à Skopje en Macédoine à l’ombre des minarets d’où le muezzin appelait à la prière. Sa langue maternelle était l’albanais. A l’école, elle a dû apprendre le serbo-croate. Elle a vécu sa vocation à Calcutta, cette mégapole indienne dont la population compte plus de 75% d’hindous, 20% de musulmans et moins d’1% de chrétiens. «Le message de Mère Teresa nous affirme que la vie chrétienne ne dépend pas nécessairement d’un environnement de culture chrétienne. Notre vie de chrétiens dépend de notre relation authentique et vivante avec le Christ».

La foi chrétienne ne se limite pas à un lieu, poursuivent-ils. «Nous sommes appelés à nous confronter à notre temps et à témoigner du Christ. Dieu est présent dans notre monde. Nous Le cherchons dans le concret, là où nous vivons, où nous Le servons, où nous Le célébrons. Une tendance dans notre société voudrait que la religion disparaisse de la vie publique».

C’est là une revendication derrière laquelle se cache la crainte d’une puissance qui au cours de l’histoire n’a pas uniquement contribué au bien des hommes, admettent les évêques suisses. Qui rappellent que des luttes et des conflits ont éclaté et éclatent encore, au nom de la foi, «mais ont pour cause réelle la volonté de domination et la cupidité» (cf. Caritas in Veritate no 29).

«Notre foi n’est pas un instrument de pouvoir mais un humble service»

«Baptisés, nous ne sommes malheureusement pas à l’abri de ces excès. Il ne s’agit pas de défendre un pouvoir ou prétendre à quelque domination. Nous devons toujours cultiver le seul souci de chercher Dieu dans notre temps, d’aider les hommes, avec la grâce de Dieu, à ouvrir leurs yeux à sa divine présence et leur coeur à l’Evangile. Notre foi n’est pas un instrument de pouvoir mais un humble service».

«Nous voulons, à l’exemple du Christ, témoigner avec bonté et simplicité, en actes et en paroles, de sa présence aimante, certains de ce que la vérité de l’Evangile ›ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance’. (Dignitatis humanae no 1). Nous voulons assumer notre responsabilité dans l’Etat, conscients d’avoir à en répondre devant Dieu. Notre foi doit pénétrer là où nous vivons: le monde politique et économique, à l’école et dans la vie de famille, au travail et dans les loisirs».

Les fidèles d’autres religions ont le droit de pratiquer leur foi en toute liberté

«Chrétiennes et chrétiens, écrivent-ils, nous sommes convaincus que les fidèles d’autres religions ont le droit de pratiquer leur foi en toute liberté. Le sérieux de leur témoignage doit être pour nous un encouragement à vivre vraiment de la grâce du baptême, et à annoncer le Christ par toute notre vie».

«On entend souvent dire chez nous que, pour une réelle intégration des étrangers dans notre monde sécularisé, ceux-ci devraient s’y adapter, refoulant leur foi, – si elle est encore vivante, – à l’intérieur de leur vie privée. Mais ce n’est justement pas cela, le droit à la liberté religieuse. Bien au contraire: ce droit garantit la liberté de pratiquer sa foi et ne signifie en aucun cas une interdiction de la manifester».

Ne pas mettre sur un même plan intégration et indifférence religieuse

«Nous ne pouvons jamais mettre sur un même plan intégration et indifférence. Le fondement du droit à la liberté religieuse est la dignité même de la personne humaine. Deux attitudes diamétralement opposées menacent ce droit: d’un côté, le laïcisme total, qui cherche à reléguer toute expression religieuse dans l’espace privé; de l’autre côté, le fondamentalisme, qui renonce pratiquement au respect dû à la dignité de chaque être humain».

«L’exclusion de la religion du domaine public, comme, par ailleurs, le fondamentalisme religieux, empêchent la rencontre entre les personnes et leur collaboration en vue du progrès de l’humanité», insistent-ils en faisant référence à l’encyclique de Benoît XVI «L’amour dans la vérité» (Caritas in Veritate no 56).

En conclusion, les évêques suisses soulignent que «Dieu nous demande de L’aimer et d’aimer le prochain; c’est le premier des commandements. ›Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en oeuvre pour cela’, nous dit le pape Benoît XVI dans son encyclique sur le développement humain intégral dans la charité et la vérité (Caritas in Veritate no 7). Nous exprimons notre gratitude envers tous ceux qui, dans notre pays, s’engagent au service du bien de chaque personne et de toute la communauté pour la gloire de Dieu, l’annonce de l’Evangile, le salut des hommes et l’édification de la société». (apic/com/ces/be)

2 septembre 2010 | 11:45
par webmaster@kath.ch
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