Bâle: Bientôt des EMS réservés aux musulmans?
Nourriture, langue et pudeur font les différences
Bâle, 5 juillet 2011 (Apic) Le canton de Bâle-Ville envisage de mettre sur pied un modèle de prise en charge spécialement conçu pour les personnes âgées de confession musulmane, ont révélé les quotidiens romands 24heures et le 20 minutes online, le 5 juillet 2011. Des EMS spéciaux devraient ouvrir leurs portes.
Le nombre toujours plus élevé de migrants nécessitant des soins incite les autorités du canton de Bâle-Ville à réfléchir à des modèles de prise en charge spécialement conçus pour les musulmans. Des mesures qui impliqueraient des soins uniquement prodigués aux aînés par des personnes du même sexe, une alimentation «halal», etc.
«Nous devons réfléchir aux offres qui seront nécessaires à l’avenir», a déclaré Philippe Waibel, chef des services de santé du canton, dans les colonnes du «Basler Zeitung» du 4 juillet.
400 places en EMS d’ici 15 ans
Selon le quotidien bâlois, les autorités estiment que le changement se fera véritablement remarquer dans 15 ans et que 400 places en établissement médico-social (EMS) seront alors nécessaires à cette population d’immigrants. Reste que c’est surtout au niveau de la nourriture, de la langue ou encore de la pudeur que les différences se feront le plus sentir.
«Les solutions vont des systèmes de colocation jusqu’à la création de centres d’habitation pour migrants musulmans», explique Felix Bader, chef des soins à long terme au Département bâlois de la santé, dans 20 minutes online.
Encore peu de musulmans
Actuellement, les EMS suisses accueillent très peu de musulmans. Les raisons? Les immigrés sont encore jeunes et, surtout, la tradition islamique veut que les familles prennent soin des aînés.
Quand bien même, à Bâle, la réflexion a été lancée en février 2011 par deux députés socialistes d’origine turque. «Nous avons jusqu’à présent un peu négligé comment, et surtout où, nous allons soigner la première génération de migrants», expliquait Gülsen Oeztürk. Les deux députés avaient alors proposé l’ouverture de ce type de maisons de retraite.
Attention aux ghettos
«L’idée n’est pas incongrue», estime Tristan Gratier, président de l’association faîtière des EMS suisses (Curaviva), dans les colonnes du 24 heures. «Après, cela devient une question politique. Aujourd’hui, dans le canton de Vaud, l’Etat paie pour le 75% des résidents. Aura-t-il envie de créer des structures peut-être plus coûteuses pour une petite partie de la population?» Mais Tristan Gratier affiche sa préférence pour des établissements ouverts à des aînés de toutes origines, car il craint «l’effet ghetto».
Même son de cloche dans 20 minutes online, où Patrick Bodenmann, médecin associé à la Policlinique médicale universitaire du CHUV, se dit guère enthousiasmé par le projet bâlois. «Il faut éviter toute sorte de séparation en privilégiant la formation du personnel, afin d’assurer la même qualité de soins pour tous les patients.» De son côté, Sophie Durieux-Paillard, des Hôpitaux universitaires de Genève, insiste sur le fait que «le respect des cultures est primordial et qu’il faut éviter à tout prix une forme de communautarisme».
Pas une nouveauté
Après la construction de minarets, la création de maisons de retraite pour musulmans pourrait faire débat en Suisse. Selon 24heures, la Coordination des organisations islamiques (COIS) et la Fédération des associations faîtière islamique de Suisse (FIDS) sont en train de mettre sur pied un organe politique commun.
L’un de ces chevaux de bataille sera justement la mise en place de ce type d’EMS lié à une confession religieuse. Une institution qui existe déjà en Suisse, notamment pour les juifs et les adventistes. (apic/20minutes/24heures/nd)



