«Nous demandons au Saint-Esprit d'éclairer et d'inspirer les avocats qui plaideront notre cause»
Philippines: La Cour suprême examine le recours de l’Eglise catholique contre la contraception
Manille, 9 juillet 2013 (Apic) La Cour suprême des Philippines a commencé le 9 juillet 2013 à examiner la requête de l’Eglise catholique qui entend faire invalider une loi sur le contrôle des naissances, rapporte l’Agence France Presse (afp). Cette loi facilite l’accès des plus pauvres à la contraception. L’Eglise catholique philippine menace d’excommunication les élus qui la défendent.
Il s’agit du dernier recours judiciaire pour la puissante Eglise philippine qui a organisé des prières publiques mardi matin avant le début des audiences. La Cour suprême avait suspendu la promulgation de la loi en mars après sa saisine par l’Eglise.
«Nous demandons au Saint-Esprit d’éclairer et d’inspirer les avocats qui plaideront notre cause (…) et nous lui demandons d’éclairer les juges de la Cour suprême», a déclaré l’évêque Gabriel Reyes lors d’une messe à Manille.
Un coût exorbitant pour les plus pauvres
La contraception est déjà légale sur l’archipel de 90 millions d’habitants catholique à 80%, mais son coût la rend hors de portée des plus démunis, notamment dans les campagnes et les bidonvilles.
La nouvelle loi fait obligation aux centres médicaux de fournir gratuitement préservatifs et pilules contraceptives. L’avortement lui-même reste proscrit mais le texte autorise et facilite les soins post-avortement.Il met également en place des cours d’éducation sexuelle à l’école.
Le gouvernement et le président Benigno Aquino espèrent freiner la hausse de la population de ce pays pauvre d’Asie du sud-est, et réduire la pauvreté et la mortalité maternelle, élevée.
Aux Philippines, plus d’un quart des 100 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté. Huit Philippins sur dix sont catholiques.
«Nous perdons 14 à 15 mères chaque jour à cause de complications pendant la grossesse», ont expliqué l’ONG médicale Merlin et l’association philippine Likhaan. «Cette loi nous permet de fournir une solution à bas coût qui va sauver les vies des femmes et de leurs bébés».
Aucun calendrier n’a été rendu public pour les travaux de la Cour suprême.
De longues années de combat
Après quinze ans de débats et de combats acharnés entre l’Eglise catholique et le gouvernement philippin, la «loi sur la santé reproductive», appelée RH Bill, avait finalement été votée le 19 décembre 2012 par les deux chambres du Congrès philippin, puis approuvée par décret par le président Benigno Aquino. Le ministère de la Santé avait annoncé que les nouvelles mesures entreraient en vigueur le jour de Pâques, le 31 mars 2013, un choix qui avait choqué dans l’Eglise de ce pays à la population très majoritairement catholique, selon l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie.
A quelques jours de la mise en application de la loi, coup de théâtre: le 19 mars 2013 la Cour suprême a annoncé avoir voté, à une majorité des deux tiers, la suspension durant 120 jours de l’application de la RH Bill, le temps d’étudier les nombreuses pétitions protestant dénonçant son inconstitutionnalité qui lui avaient été adressées.
L’Eglise catholique, dont les fidèles aux Philippines forment plus de 80 % de la population, s’est réjouie de ce sursis inattendu de quatre mois, qui lui permet de relancer sa mobilisation contre la RH Bill et une bataille qu’elle semblait pourtant avoir définitivement perdu en décembre dernier.(apic/ag/eda/cw)



