«Nous devons nous donner les moyens d’agir ou nous taire»

Werner Inderbitzin, porte-parole de la Conférence de Biberbrugg à propos de la récente lettre de l’évêque de Coire

Zurich, 17 août 2010 (Apic) Martin Grichting reste le favori de l’évêque de Coire pour le poste d’évêque auxiliaire. C’est la conviction de Werner Inderbitzin, porte-parole de l’Association des Eglises cantonales du diocèse de Coire. Dans une interview à l’Apic, il déplore le manque de volonté de Mgr Huonder de collaborer avec les instances de droit ecclésiastique: «Pour l’évêque, notre tâche consiste uniquement à réunir les fonds nécessaires au fonctionnement de l’Eglise; pour le reste, nous n’avons rien à dire.»

Apic: Mgr Vitus Huonder a publié ces jours une lettre adressée à tous les collaborateurs du diocèse de Coire. Il y réagit avec force contre les critiques adressées à son vicaire général Martin Grichting. Est-ce que cela confirme la crainte que vous aviez exprimée en juillet que Martin Grichting, «personne de division», puisse devenir le deuxième évêque auxiliaire du diocèse de Coire?

Werner Inderbitzin: Oui. Dans sa lettre, l’évêque admet qu’il s’est rendu au Vatican à propos de cette affaire, mais qu’il laisse ouverte la question de la personne à choisir. Mais, pour moi, les justifications que donne l’évêque sur la personnalité de Grichting sont une confirmation que ce dernier continue à être son favori.

Apic: L’évêque de Coire se considère, selon sa lettre, partiellement dérangé dans l’exercice de sa fonction par les organisations de droit ecclésiastique. Celles-ci instrumentaliseraient, selon lui, les médias et chercheraient à embrigader les instances fédérales et cantonales en vue de leurs propres fins. Que répondez-vous?

Werner Inderbitzin: D’aucune manière je ne partage ce point de vue! La Conférence de Biberbrugg a toujours agi avec honnêteté et cherché le dialogue pour créer une base de confiance. L’initiative n’est jamais venue de Mgr Huonder. Malheureusement, il n’y a jamais eu de discussions au sens d’un véritable dialogue. Il s’est toujours agi bien plutôt de simples audiences.

Il est dès lors évident que nous, laïcs, avons le sentiment de ne pas être pris au sérieux. Il appartient à l’évêque, non seulement d’accepter les traditions suisses, mais aussi de collaborer avec confiance avec les instances en place.

Apic: Quelle est votre évaluation de sa critique?

Werner Inderbitzin: Les corporations ecclésiastiques ont démontré, pendant et après la crise traversée par le diocèse suite à l’affaire Haas, par leur collaboration avec les deux évêques auxiliaires, puis avec l’évêque Amédée Grab, qu’une collaboration amicale, humaine et à la fois structurelle et financière est possible. Les tensions ont à nouveau augmenté avec la nomination de Mgr Vitus Huonder. Pour l’évêque, notre seule tâche consiste à constituer les moyens nécessaires fonctionnement de l’Eglise. A part cela, nous devons nous taire.

Apic: Cela confirme-t-il la crainte exprimée aussi par l’évêque de Coire qu’il pourrait y avoir des troubles et divisions dans le diocèse?

Werner Inderbitzin: «Tout renouveler dans le Christ», telle est la devise de Mgr Huonder. Mais renouveler ne signifie pas détruire la collaboration confiante que ses prédécesseurs ont construite. Le manque de collaboration avec les instances de droit ecclésiastique ne porte pas seulement dommage au diocèse, mais risque de mettre en danger la collaboration durable au sein de la Conférence des évêques suisses.

J’aimerais bien entendre de notre évêque qu’il nous dise ce qu’il veut construire, et comment il entend conduire l’Eglise de son diocèse vers l’avenir. J’ai toujours espéré être le bienvenu à la cathédrale de Coire, non seulement pour des célébrations officielles. Avec un évêque auxiliaire du style Martin Grichting, je peux définitivement enterrer cet espoir.

L’intervention de la Conférence de Biberbrugg est un signe que nous voulons lancer pour éviter une division au sein de l’Eglise et une «crise Grichting». C’est avec un évêque auxiliaire qui construit des ponts et qui ne divise pas que cela est possible. La question reste cependant ouverte de savoir si le diocèse de Coire a besoin d’un second évêque auxiliaire.

Encadré: La Conférence de Biberbrugg

La conférence de Biberbrugg comprend aujourd’hui les organisations de droit ecclésiastique du diocèse de Coire issues des cantons de Glaris, de Nidwald, d’Obwald, de Schwyz, d’Uri, des Grisons et de Zurich. Sur suggestion de certains délégués de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ), et activée par l’entrée en fonction de Mgr Wolfgang Haas, la conférence s’est officiellement constituée le 23 novembre 1992. La conférence a servi avant tout à favoriser l’échange mutuel, la coordination dans le domaine financier, ainsi que la communication avec les instances politiques et le grand public, à l’époque du difficile conflit qui régnait au sein du diocèse de Coire.

Remarque: Interview réalisée par courrier. (apic/job/ak/js)

17 août 2010 | 16:35
par webmaster@kath.ch
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