«Nous n’avons pas la possibilité de protester», déplore Mgr Ruggero Franceschini
Turquie: Tentatives de manipulations dans l’affaire de l’assassinat de Mgr Luigi Padovese
Istanbul, 10 décembre (Apic) Mgr Ruggero Franceschini, président de la Conférence épiscopale de Turquie, a dénoncé les conclusions médicales prouvant que l’homme qui a brutalement assassiné le 3 juin dernier son prédécesseur, Mgr Luigi Padovese, était un «déséquilibré».
«Le ministre turc de la Justice semblait plutôt sincère quand il a promis la vérité, mais notre Eglise est réduite au silence par cette manipulation du tribunal et de l’opinion publique», a affirmé Mgr Ruggero Franceschini, archevêque catholique d’Izmir (Smyrne). Ce capucin italien, originaire de Saltino di Prignano sulla Secchia, a été nommé administrateur apostolique «sede vacante et ad nutum Sanctae Sedis» du vicariat apostolique d’Anatolie, après l’assassinat de Mgr Luigi Padovese par son chauffeur à Iskenderun, dans le sud de la Turquie
Mgr Franceschini, âgé de 70 ans, avait été vicaire apostolique d’Anatolie de 1993 à 2004, quand le pape Jean Paul II l’avait nommé archevêque de Smyrne. Il sera administrateur apostolique en attendant la nomination d’un successeur.
«Je n’ai moi-même pas été interrogé; personne ne m’a jamais rien demandé, et nous n’avons pas la possibilité de crier ni de protester. Au contraire, nous sommes la cible de critiques de la part de personnes qui ne devraient pas nous critiquer, de personnes qui devraient plutôt nous aimer».
L’évêque réagissait au rapport rendu par une commission médicale dans la ville d’Adana, dans le sud de la Turquie. Selon le rapport, publié au début du mois dans le quotidien turc «Hürriyet», Murat Altun, l’assassin de 26 ans de l’évêque d’origine italienne, était mentalement déséquilibré quand il a poignardé l’ecclésiastique en juin dernier.
De graves contradictions
Dans une interview accordée à l’agence de presse catholique AsiaNews le 2 décembre, l’archevêque Franceschini a indiqué que les conclusions des «professeurs et avocats» contredisent radicalement un autre rapport médical concernant Murat Altun – effectué avant l’assassinat – qui l’avait déclaré sain d’esprit. «Malheureusement, je ne peux pas m’exprimer dans un tribunal», a déclaré l’archevêque Franceschini à l’agence AsiaNews. Selon lui, les doutes et les suspicions de certains catholiques locaux semblent avoir été ignorés.
«Le Vatican le peut, à travers son nonce; l’ambassadeur italien le peut, parce que Mgr Padovese était citoyen italien; et les membres de sa famille peuvent aussi intervenir, tout comme les évêques de l’Eglise catholique. Mais personne n’est obligé des les écouter, puisque l’Eglise catholique (en Turquie) n’est pas reconnue comme un sujet juridique»
Mgr Padovese, le haut responsable catholique de Turquie, a été poignardé à mort à l’âge de 63 ans dans sa maison d’Iskenderun en juin par Murat Altun, son chauffeur, qui, d’après des témoins, aurait scandé «Allah est grand!» après son acte.
L’évêque a été victime de «l’islamisme militant»
Le gouverneur provincial d’Anatolie, où travaillait Mgr Padovese en tant que vicaire apostolique, a déclaré aux journalistes que Murat Altun avait déjà suivi un traitement pour désordres psychiatriques, tandis que certains journaux turcs ont rapporté une prétendue liaison homosexuelle entre les deux hommes. Cependant, ces allégations ont été vigoureusement rejetées par l’avocat de l’Eglise, Ercan Eris, qui a déclaré que le meurtre du religieux capucin était la marque de l’islamisme militant et a instamment appelé les autorités à élargir leur enquête.
Cet assassinat est le plus récent d’une série d’actes de violences ciblant l’Eglise catholique en Turquie, qui compte quelque 32’000 membres. Les minorités chrétiennes se plaignent régulièrement de discriminations et d’hostilité à leur encontre en Turquie, dont la majeure partie des 71,5 millions d’habitants sont musulmans sunnites, malgré les mises en garde répétées de la part de la Commission européenne, qui appelle le pays à protéger les droits religieux s’il souhaite adhérer à l’Union européenne d’ici à 2015. (apic/eni/be)



