«Nous ne parvenons pas à unir la voix des chrétiens»

Interview: Gottfried W. Locher a été élu président du Conseil de la FEPS

Herisau, 16 juin 2010 (Apic) L’assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) a élu le 14 juin Gottfried W. Locher à la présidence de son conseil. Il succédera fin 2010 au pasteur Thomas Wipf.

Le pasteur Locher a été interviewé par l’Apic sur l’oecuménisme et l’identité réformée. Il estime que les cultes réformés devraient offrir davantage pour les yeux.

Apic: Les Eglises réformées, selon une récente étude, traversent une période difficile marquée notamment par une constante baisse du nombre de membres. Que faire dans cette situation?

Gottfried Locher: Il faut être prudent avec les études. Les études sont des projections. Mais dans ce cas, il y a des éléments qui sont totalement clairs, comme l’évolution démographique. Les réformés ont actuellement peu d’enfants. Cela signifie que l’Eglise va se modifier. Chaque Eglise, et non seulement l’Eglise réformée, a la possibilité d’entreprendre quelque chose afin qu’elle soit davantage crédible. Et cela est peut-être même plus facile si elle est plus petite. C’est pourquoi cela ne m’inquiète pas. Ce qui me préoccupe par contre c’est de savoir s’il est possible de rester crédibles dans l’annonce de l’Evangile, au point que les gens soient incités et encouragés à participer à la vie communautaire.

Apic: Et que doivent entreprendre les Eglises réformées pour atteindre ce but?

G. Locher: Elles devraient surtout se demander comment proposer des célébrations qui soient intégrantes. Une bonne prédication reste pour moi indispensable. Mais cela n’exclut pas qu’il y ait quelque chose pour les yeux. Il existe tant d’éléments que l’on pourrait adopter, qui datent de centaines d’années et avec lesquels on peut malgré tout garder l’impression d’être réformés. Les réformés ont parfois peur de perdre leur identité lorsqu’ils reprennent quelque chose qui leur paraît catholique.

Apic: Comment considérez-vous la situation oecuménique en Suisse?

G. Locher: Cela me chagrine. Nous ne parvenons pas à unir la voix des chrétiens, de façon à ce qu’elle soit perçue comme une seule voix. Mais j’ai maintenant suffisamment travaillé dans le domaine oecuménique – autant au plan ecclésial qu’académique – pour savoir que cela ne se passe pas par la force. Nous sommes contraints d’accomplir un travail pénible sur énormément de petites questions. Nous devons réfléchir aux fonctions, à la liturgie. Il n’est pas possible de se dire: nous parlons d’abord d’une seule voix, et ensuite nous résolvons les problèmes.

Apic: Mais même à l’intérieur des Eglises il n’y a pas de voix unanime.

G. Locher: C’est une forme de consolation. Lorsque, en tant que protestant, je regarde l’Eglise catholique, j’ai pourtant une compréhension claire de son catéchisme. Mais il est vrai que le paysage religieux ne se présente pas si unifié.

Apic: Quel doit être le but du cheminement œcuménique? Une seule Eglise?

G. Locher: L’unité du corps du Christ doit être perceptible. Cela ne signifie pas «une Eglise». Mais nous devons pouvoir exprimer à l’intérieur des communautés locales et des Eglises que nous sommes ensemble ce corps. Cela nécessite des structures et des éléments qui le rendent visible et clair. Jusqu’à maintenant on ne l’a pas trouvé dans nos confessions. Les protestants le voient tout autrement que les catholiques, et les catholiques encore autrement que les orthodoxes.

Apic: Cela semble un idéal que l’on ne peut atteindre.

G. Locher: Je ne le vois pas ainsi. Il ne s’agit justement pas de faire «une Eglise», mais une communauté d’Eglises locales. Il en est ainsi dans la Fédération des Eglises: lorsque nous ne parvenons pas à faire une seule communauté des différentes Eglises, avec une identité commune, nous ne pouvons pas le faire non plus dans l’œcuménisme avec les différentes confessions.

Apic: Quelle position doit prendre l’Eglise réformée face à l’islam?

G. Locher: Il faut mener une discussion objective. Une Eglise réformée ne peut mener un dialogue autrement qu’en portant un témoignage à travers lui. Nous avons un arrière-plan au niveau de la foi qui nous conduit et nous identifie au dialogue. Cela nécessite en même temps une bonne capacité de dialogue et un point de vue clair. Mettre en place ces deux éléments est difficile, car certains dans l’Eglise se positionnent plutôt pour un dialogue libre, et d’autres pour une délimitation claire. Mais nous avons besoin des deux, et c’est tout un art de les concilier. Nous sommes encore en train de chercher comment cela doit fonctionner.

Apic: Le rapport 2009 de la FEPS cite un responsable d’Eglise cantonale, qui dit que la FEPS ne doit pas prendre la parole à toutes les occasions. Quelle attitude doit-elle donc adopter?

G. Locher: Lorsque l’on se prononce sur tout, on n’est plus entendu. Il faut donc se demander: est-ce d’une importance telle que nous devons dire quelque chose à ce sujet? Ou alors d’autres pourraient-ils en parler, comme des Eglises membres ou des personnes en particulier? Il n’est pas toujours nécessaire que «les réformés» expriment un point de vue. La question n’est pas seulement de déterminer si un sujet est politique ou non, car nous devons aussi nous exprimer sur certains sujets politiques.

Apic: Y a-t-il quelque chose que vous voudrez entreprendre autrement ou de la même façon que votre prédécesseur?

G. Locher: Thomas Wipf a bien réussi à rendre visible la voix du protestantisme en Suisse, et à la faire entendre. On le connaît, on sait qui il est. Dans les médias on a bâti une relation de confiance avec lui. J’espère y arriver également.

Indication aux rédactions: Des photos du pasteur Locher peuvent être commandées à kipa@kipa-apic.ch. Prix pour publication: 80 frs la première, 60 frs les suivantes. (apic/pem/bb)

16 juin 2010 | 15:10
par webmaster@kath.ch
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