Brésil: Plus de 10 millions de francs suisses détournés au sein de la Croix Rouge

«Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis»

Sao Paulo, 26 juillet 2014 (Apic) Le quotidien brésilien «Folha de Sao Paulo» a révélé, dans son édition du 25 juillet, que la Croix Rouge brésilienne a détourné 25 millions de réais (10,15 millions de CHF). Ce détournement porte sur plusieurs campagnes humanitaires, entre 2010 et 2012, en aide aux victimes du tsunami au Japon, à celles des inondations et glissements de terrain à Petropolis dans l’état de Rio de Janeiro, aux victimes du conflit en Somalie, ainsi qu’une récolte de dons pour lutter contre la dengue.

Ces malversations financières ont été découvertes suite à un audit international réalisé par la compagnie britannique Moore et Stephens, dont les conclusions ont été directement transmises à la justice brésilienne et au Ministère Public Fédéral. D’après, la «Folha de Sao Paulo», au moins 15, 8 millions de reais (6 ,4 millions de CHF) avaient été reversés sur le compte de l’Institut Humanus, une ONG basée à Sao Luis, la capitale de l’état du Maranhao, au nord-est du pays. Une ONG dont la responsable n’est autre que la mère d’Anderson Marcelo Choucino, président de la Croix Rouge brésilienne à l’époque.

Demande de sanctions

Dans un communiqué de presse, l’organisation internationale, a assuré qu’elle allait demandé « des sanctions contre les responsables de ces filiales à l’époque où ont eu lieu ces détournements de fonds. La Croix Rouge envisage aussi ces mesures judiciaires pour tenter de réparer les dommages causés à l’image de l’organisation auprès de l’opinion publique. » Pas sûr pour autant que cela suffise à réhabiliter l’image de l’entité auprès des brésiliens. C’est en tout cas le souci du colonel Paulo Roberto Costa e Silva, secrétaire général de la Croix-Rouge brésilienne depuis 2013.

Evoquant les suspects des détournements, l’ancien militaire a fustigé leur manque d’éthique. «Ce sont des personnes qui n’ont pas compris le principe de base qui guide l’esprit de la Croix Rouge, qui est l’aide humanitaire et l’intérêt du prochain.» Pour ne pas avoir respecté ces règles, la Croix-Rouge risque en effet de traverser une période de turbulence et de discrédit. «Nous sommes en train de couper la branche sur laquelle nous sommes assis», a lâché le secrétaire général, qui a l’intention «de travailler pour récupérer l’image et la crédibilité de l’institution.

Une commission internationale pour «des changements»

Paulo Roberto Costa e Silva sera sans doute épaulé par la Croix Rouge Internationale, qui a décidé d’envoyer, fin septembre, une commission de crise composée de représentants de plusieurs pays. Objectif? Établir un audit de gestion de l’entité brésilienne et «procéder à des changements au sein de la Croix Rouge brésilienne». Une commission qui pourrait aller jusqu’à dissoudre l’entité. Un scénario pourtant écarté par le secrétaire général, considérant cette hypothèse comme «lointaine», notamment parce que la Croix-Rouge brésilienne a tout de suite joué la transparence en confiant cette affaire de détournement à la justice.

Un audit «équivoque, confus et tendancieux»

De son côté, Anderson Marcelo Choucino, l’ancien président de la Croix Rouge brésilienne, a déclaré que le résultat de l’audit effectué par le cabinet Moore et Stephens a donné un résultat «équivoque, confus et tendancieux, qui convient à l’actuelle gestion». L’ancien responsable a également souligné qu’il n’avait pas eu le droit de se prononcer durant l’audit et que les paiements effectués au bénéfice de Humanus relevaient d’un «accord de partenariat entre la Croix-Rouge brésilienne et sa filiale de l’état du Maranhao». (apic/jcg/bb)

26 juillet 2014 | 17:49
par webmaster@kath.ch
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